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Blanquefort : Mutares va racheter l’usine Getrag à Magna

Stratégie
vendredi 23 septembre 2022

À Blanquefort, l'usine de Magna jouxte l'ancien complexe industriel de Ford, qui accueillera bientôt l'usine d'Hydrogène de France (HDF) - photo AL

Le groupe allemand Mutares a déposé une « offre irrévocable » portant sur l’acquisition de l’usine de boîtes de vitesse détenue par Magna à Blanquefort. Le site, voisin de l’ancienne usine Ford, passerait sous contrôle de Mutares dès le 1er janvier 2023.

L’avenir de l’ex-usine Ford Getrag ne sera finalement pas dessiné par le groupe canadien Magna, mais par son repreneur, le groupe allemand Mutares, spécialisé dans le redressement d’entreprises en difficulté. Annoncée en CSE aux employés vendredi matin, l’information a été confirmée en début d’après-midi par Mutares, qui confirme le dépôt d’une « offre irrévocable » d’achat, pour ce site industriel qui réunit 740 personnes et représente un chiffre d’affaires annuel de 200 millions d’euros, réalisé pour l’essentiel auprès du constructeur automobile Ford.

Mutares indique que le site de Blanquefort complètera son segment Automobile & Mobilité, créé à partir d’une série d’opérations de croissance externe menées dans toute l’Europe depuis 2019. « Avec cette acquisition, nous démontrons une fois de plus notre capacité à acquérir des actifs de grands groupes. L'usine est bien outillée et positionnée pour bénéficier de plusieurs initiatives stratégiques de croissance à venir », commente dans un communiqué Johannes Laumann, directeur des investissements chez Mutares.

Qui est Mutares ?

Créé en 2008 à Munich et coté à la bourse de Francfort, Mutares s’est fait une spécialité du rachat d’entreprises en difficultés, que le groupe se charge ensuite de remanier et de redresser. En 2021, la holding qui chapeaute le groupe affichait un résultat net de 50,7 millions d’euros et 131,9 millions d’euros d’investissements avec 14 opérations de croissance externe sur douze mois. Le groupe dans son ensemble revendique un chiffre d’affaires de 2,5 milliards d’euros en 2021, établi à partir d’un portefeuille de 23 sociétés représentant plus de 14.000 salariés.

S’il se tourne essentiellement vers des sociétés industrielles, Mutares a tenté de se développer en France sur le segment du e-commerce, avec le rachat de Pixmania (en 2014) et Grosbill (2018). Les deux aventures se sont toutefois soldées par un échec, avec des sites finalement revendus quelques années plus tard, sur fond de liquidation judiciaire pour Pixmania. La marque Grosbill a quant à elle été reprise par un acteur bordelais, le groupe Cybertek. Fin 2020, le groupe a enclenché le rachat du fabricant et distributeur Lapeyre auprès de Saint-Gobain.

Depuis 2019, Mutares a intensifié ses investissements en direction de l’industrie automobile, avec sept acquisitions en trois ans. Le groupe a par exemple bouclé mi-septembre le rachat du groupe slovène Cimos (8 usines, 2.000 collaborateurs, 200 millions d’euros de chiffre d’affaires) qui, comme l’usine Magna de Blanquefort, propose aux constructeurs automobiles et aux équipementiers de rang 1 ou 2 des pièces de groupes motopropulseurs.

Quel avenir pour l’usine de Blanquefort ?

« Ce rachat prendra effet le 1er janvier 2023, ce qui laisse peu de temps aux organisations syndicales pour réagir et agir pour notre avenir », s’inquiète la représentation CGT de l’usine Magna, qui devrait rencontrer la direction de Mutares lors d’un CSE exceptionnel organisé le 29 septembre. Depuis la dissolution de la co-entreprise Getrag Ford Transmissions et la vente de l’usine à Magna, les employés réclament une vision de long terme et des perspectives pour leur site industriel, dont l’activité repose sur la production de boîtes de vitesses manuelles (MX65) destinées aux voitures Ford vendues sur le sol européen, dans le cadre d’un contrat qui arrive à échéance en 2026. « Sur la base des capacités technologiques du site, nous prévoyons de développer de nouvelles activités en pénétrant sur les marchés des véhicules hybrides et électriques et en tirant parti des synergies avec nos autres participations dans ce secteur », se contente d’indiquer le futur repreneur.

Bordeaux Métropole et la ville de Blanquefort ont réagi vendredi en fin de journée, exprimant elles aussi une « inquiétude » face à un projet annoncé sans aucune information préalable. « Les institutions locales feront preuve de la plus grande vigilance quant au projet industriel qui sera présenté et au dialogue qui sera mis en place avec elles. Elles seront également particulièrement attentives aux impacts de cette décision notamment sur l’emploi puisque 740 salariés travaillent actuellement sur ce site », indiquent les deux collectivités dans un communiqué.

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