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Rachat de GFT par Magna : ce qui inquiète les syndicats

Stratégie
mardi 09 février 2021

L'usine va être rachetée dans les prochaines semaines - Photo GFT

L’usine Getrag Ford Transmissions de Blanquefort, détenue à 50/50 par l’américain Ford et le canadien Magna, va être rachetée par ce dernier. Salariés et syndicats redoutent que leur usine soit condamnée, avec une diminution drastique de la production annoncée en 2024 et la possibilité de plans de sauvegarde de l’emploi. Explications.

Sur le site industriel situé à Blanquefort, les 800 salariés de Getrag Ford Transmissions produisent chaque année 390.000 boîtes de vitesse manuelles. L’usine a été cocréée par le géant américain Ford et l’allemand Getrag, et c’est en 2016 que ce dernier est racheté par le canadien Magna.

Après avoir fermé son usine voisine de Getrag le 1er octobre 2019, Ford vend désormais ses parts à Magna, qui deviendra dans quelques semaines l’unique propriétaire de GFT. Une reprise qui inquiète certains syndicats opposés à la vente. En septembre dernier ces derniers ont voté un droit d’alerte et ont désigné un expert économique en intersyndicale (CGT GFT, Force Ouvrière et la CFTC).

Une chute de la production d’ici 2024

Aujourd’hui, Ford est l’unique client de Getrag. « Mais les volumes de commande baissent dès l’année prochaine et s’effondrent en 2024, précise Vincent Teyssoneau, délégué syndical CGT GFT et élu CSE. On estime que le seuil de rentabilité de notre usine, avec un effectif moindre, serait de 300.000 transmissions produites par an. Sur les documents que l’on nous a transmis on constate que les volumes de production vont chuter pour atteindre, en 2024, 177.000 transmissions annuelles. Si l’on n’a pas de nouveaux produits ou de nouveaux clients, on sait très bien que l’on arrêtera avant. »

Du côté de Getrag Ford Transmissions, le directeur des ressources humaines Olivier Boidin précise ces chiffres. « Les 177.000 transmissions sont prévues pour 2025 et non 2024. A cela s'ajoutent 59.000 pièces d’usinage, des arbres de transmissions et des pignons. » Et selon lui, la reprise de Magna est « un avantage » pour l’usine. « Le site changera de nom, rappelle-t-il. Donc il ne sera plus bloqué par le nom Ford, car aujourd’hui il est impossible d’aller démarcher de grands constructeurs automobiles sous ce nom. Magna travaille sur ce sujet, et est en contact avec ses clients pour pouvoir apporter des projets même si aujourd’hui il n’y a pas de certitudes. » « On ne croit pas aux nouveaux clients, lâche Vincent Teyssonneau. Quand on voit que tous les constructeurs ont leurs usines de transmissions, ils ne vont pas les fermer pour nous faire plaisir. » 

La peur d’un PSE

Cette diminution de la production inquiète particulièrement les syndicats. « Ce serait la fin de notre usine, martèle le délégué syndical. Entre 2022 et 2024 sur les 800 salariés, on aura un sureffectif de 350 personnes donc ce seront sûrement des licenciements qui arriveront. Nous sommes pratiquement sûrs que petit à petit, il y aura des plans de départ volontaire ou des plans de sauvegarde de l’emploi. L’effectif a déjà diminué l’année dernière de 84 CDI. Surtout, nous avons constaté que nous ne pourrons pas produire de transmissions automatiques ou pour véhicules hybrides avant 2025, mais seulement des manuelles. Pourquoi, on ne sait pas trop, peut-être parce que Magna a déjà une usine de boîtes automatiques en Slovaquie. »

Pour Olivier Boidin cette affirmation est à nuancer. « En fait, la CGT transforme une phrase dans le formulaire qui a été déposé à la Commission européenne qui précise qu’à l’heure actuelle, pour le client Ford, on ne fabrique que des transmissions manuelles. Mais cela n’interdit pas Magna d’installer d’autres productions ! Après, est-ce leur stratégie ? Il n’y a que l’entreprise qui pourra vous le dire. »

Une usine sous-évaluée ?

Le 20 janvier dernier, le cabinet mandaté par l’intersyndicale a rendu son rapport. Ce dernier montre comment Ford et Magna se sont mis d’accord pour se répartir les quatre usines qu’ils possèdent ensemble. Ford conserve celles de Cologne en Allemagne et Halewood en Angleterre, tandis que Magna prend le contrôle du site de Blanquefort et de celui basé en Chine. Mais pour la CGT GFT, l’usine de Blanquefort a été dévaluée. « Ford et Magna ont évalué notre usine à 55 millions d’euros, détaille Vincent Teyssonneau. Mais comme les volumes de production de Ford vont diminuer, ils ont divisé ce montant par deux. Donc notre usine coûte 27,6M€. Magna en possédant déjà 50%, ils ont donné la moitié à Ford pour l’acquérir, soit 13,8M€. Il y a eu entre 110 et 130 millions d’euros investis sur le site de Blanquefort en 2017, alors quand on voit à combien il est vendu… » Le DRH de Getrag Ford Transmissions ne réfute pas ces chiffres, précisant que « c’est tout l’intérêt de Magna de récupérer l’usine la moins chère possible ». Mais Olivier Boidin l’assure, « la direction locale du groupe travaille pour maintenir le niveau d’emplois tel qu’il est aujourd’hui ».

Pour le délégué syndical, la fermeture de l’usine puis sa destruction - ou sa délocalisation - est pour l’instant inévitable. « Les terrains appartiennent à Ford. Ils démantèlent actuellement leur ancienne usine, et la nôtre suivra car ils ont toujours dit que le site est une zone industrielle, et une usine ne peut fonctionner sans l’autre.

La CGT espère des annonces avant l'été

La vente de l’usine était initialement prévue au 1er janvier dernier, puis a été repoussée au 1er février avant d’être de nouveau décalée, « pour des raisons administratives qui n’ont rien à voir avec le site de Blanquefort », précise Olivier Boidin. GFT espère désormais une signature soit au 1er mars, soit au 1er avril. Dernier espoir de l’intersyndicale, « avoir l’annonce d’un nouveau produit avant l’été, confie Vincent Teyssonneau. S’il n’y a pas d’annonce, on peut considérer que l’usine fermera en 2024. On constate que cette perspective n’inquiète pas beaucoup, y compris du côté des élus et des pouvoirs publics. Ils ont un rôle à jouer, surtout après la fermeture de l’usine Ford. »

Getrag Ford Transmissions
Basée à Blanquefort
800 salariés
CA : 200M€