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Avion vert et industrie 4.0 : Aerospace Valley met le cap sur 2025

Écosystème
vendredi 21 janvier 2022

« La montée en cadence de la gamme Airbus A320 va représenter 65 avions par mois en 2023, au-delà des chiffres pré-crise », indique Bruno Darboux, président d'Aerospace Valley - photo Airbus - Stefan Kruijer

Fort de ses 800 membres répartis entre la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie, le pôle de compétitivité Aerospace Valley a fixé ses priorités à horizon 2025 pour accompagner la filière aéronautique et spatiale dans ses nécessaires évolutions, de l’avion vert à l’industrie 4.0.

Si les stigmates sont encore loin d’être effacés, la filière aéronautique retrouve des couleurs. « La crise sanitaire a été dévastatrice, avec 35% de chiffre d’affaires perdus sur l’aéronautique et 10% sur le spatial, mais la situation est en voie de redémarrage au niveau du trafic aérien. Les difficultés d’approvisionnement et de logistique désorganisent les chaînes d’assemblage mais elles n’empêchent pas de livrer des avions », attaque Bruno Darboux (Airbus), président d’Aerospace Valley depuis le mois de septembre. Les nombreuses commandes passées en 2021, aussi bien sur le volet civil que du côté militaire, laissent augurer une reprise significative des activités de production, aussi bien pour les grands avionneurs que pour les nombreuses PME qui les fournissent. « La montée en cadence de la gamme Airbus A320 va représenter 65 avions par mois en 2023, au-delà des chiffres pré-crise », illustre-t-il, se félicitant par ailleurs de la « bienveillance institutionnelle » dont a bénéficié le secteur pendant la crise. « Les plans de survie ou de relance s’orientent maintenant au niveau national sur de l’offensif, avec un plan France 2030 qui pose de vraies ambitions en matière d’avion décarboné ou d’industrie 4.0 ».

Et Aerospace Valley compte bien, à son niveau, accompagner le mouvement. « Avec 807 membres, qui vont de Nîmes à Poitiers et des établissements d’enseignement supérieur aux grands groupes en passant par près de 600 PME, nous sommes l’unique communauté qui réunit l’ensemble de la chaîne de valeur », rappelle Eric Giraud, son directeur général, arrivé en fonction il y a près d’un an. Le pôle de compétitivité se fixe de ce fait une feuille de route visant à accompagner les secteurs aéronautique et spatial face aux enjeux de compétitivité que posent à la fois la transformation numérique des process industriels, la concurrence mondiale exacerbée et la course à l’avion vert.

L'avion vert comme une opportunité

Première de ces ambitions : faire reconnaître le rôle d’Aerospace Valley aux niveaux national et européen, en multipliant les conventions, puis les plans d’action, avec les organismes étatiques, mais aussi les pôles et les clusters d’autres pays européens, notamment pour favoriser l’accès des entreprises du sud-ouest aux programmes européens tels Horizon Europe. Un préalable indispensable au deuxième objectif que se fixe le pôle : le développement de la filière par l’innovation, au service de la transition écologique. « Il faut prendre ce sujet comme une opportunité pour nos membres de renforcer leurs positions, créer de nouvelles gammes de produits et rencontrer de nouveaux marchés. L’aviation légère est depuis quelques décennies relativement confidentielle. Elle pourrait connaître un essor significatif en proposant des produits décarbonés », illustre Bruno Darboux, qui invite à ne pas résumer la question de l’avion vert à celle des sources d’énergie. « Les technologies relais de la décarbonation concernent toute la filière. Il peut s’agir d’électrique, d’hybride, d’hydrogène, mais aussi de nouveaux matériaux pour des avions plus légers, ou de reconception des aéronefs pour les rendre plus aérodynamiques ». L’initiative MAELE (Mobilité AÉrienne Légère et Environnementalement responsable), lancée par Aerospace Valley fin 2020, vise précisément à servir cet objectif. Elle fera d’ailleurs bientôt l’objet de deux nouveaux appels à manifestation d’intérêt, destinés à accélérer des projets démonstrateurs.

Innovation toujours, mais au service de l’appareil industriel cette fois, avec l’ambition d’accélérer l’avènement de l’usine aéronautique 4.0, avec une fusée à trois étages : d’abord, des machines-outils numériques ; suivies d’un système de supervision global ; avant de venir ajouter une couche d’intelligence artificielle pour optimiser les process. Sur ce volet, Aerospace Valley compte s’appuyer sur la plateforme toulousaine Pad’Occ, conçue comme une usine école, ainsi que sur la future plateforme d’accélération de l’usine du futur girondine (nom de code PFA-UdF, qui devrait finalement s’appeler Propuls, et fera l’objet d’une inauguration en bonne et due forme fin janvier). « Les chefs d’entreprise peuvent venir sur ces plateformes, opérées par des étudiants en formation, pour découvrir ce que sont ces moyens connectés et choisir les technos nécessaires à la modernisation de leur outil industriel », illustre Eric Giraud.

Outre ses efforts en direction des startups, avec son accélérateur Distric, et son accompagnement à l’export, Aerospace Valley entend enfin aider la filière en travaillant, à son niveau, sur l’évolution des compétences et sur l’adéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises. « Nos filières sont fortes en région parce que s’y sont développées des compétences variées que le monde nous envie. En qualité, les compétences sont là, mais en quantité on commence à être un peu juste », résume Bruno Darboux. Rappelant les 15.000 postes à pourvoir dans le secteur en 2022 - chiffre avancé quelques jours plus tôt par Guillaume Faury, président d’Airbus, il indique que le pôle « prendra des initiatives » pour aider à déterminer et qualifier les besoins associés aux sujets émergents tels que la cybersécurité, l’IA, le quantique ou l’hydrogène.

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