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Impact au-delà de la Nouvelle-Aquitaine avec la feuille de route « biocontrôle et biosolutions »

Écosystème
lundi 15 mai 2023

Plusieurs des signataires de la feuille de route "biocontrôle et biosolutions", un an après, au Salon de l'Agriculture Nouvelle-Aquitaine 2023. Crédit : DM

Adoptée en début d’année dernière par la Région, la feuille de route « biocontrôle et biosolutions » opère un point d’étape dans le cadre du Salon de l’agriculture Nouvelle-Aquitaine, pendant la Foire internationale de Bordeaux. L’occasion de mettre en avant les premières avancées concrètes et de mesurer aussi le chemin qui reste à parcourir.

En début d’année dernière, les élus du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine adoptaient à l’unanimité la feuille de route 2022-2026 sur le biocontrôle et les biosolutions. « Derrière elle, il y a la volonté de sortir de plus en plus vite des pesticides de synthèse et des produits chimiques de rendement, qui atteignent une asymptote », rappelait ce matin le président Alain Rousset à l’occasion de la matinée de restitution des premiers travaux issus de ce document cadre. Le pilotage et l’animation de cette feuille de route ont été confiés au pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation, qui s’appuie sur le cluster dédié BiosolutioNA. Dont les membres, une quarantaine à sa création en 2019, sont aujourd’hui une petite centaine. Un tiers sont des entreprises productrices de solutions (dont DeSangosse et Ceva, mais aussi Elicit Plant, M2i, Axioma, Bioboon…) et une quinzaine des structures de recherche. S’il fallait faire œuvre de pédagogie au démarrage, la dynamique s’est aujourd’hui inversée avec des adhésions de plus en plus spontanées, signe de la connaissance et de la compréhension de la démarche par le tissu local. Et le cluster dispose désormais de sa propre plate-forme web.

L’une des idées est de favoriser l’émergence de solutions nouvelles. Avec deux priorités en matière de recherche, souligne l’élue régionale Lydia Héraud (déléguée Viticulture & Spiritueux) : « d’une part aller là où les molécules traditionnelles vont être supprimées, avec parfois des impacts sur l’existence locale de filières entières. Et d’autre part adresser les nouveaux risques liés au changement climatique. » Il s’agit aussi d’expérimenter. Ainsi de la mise en place par le Vinopôle Bordeaux Aquitaine de plate-formes d’essai en microparcelles sur le mildiou ou encore le black-rot, en Gironde mais aussi en Charente. Ou de ces essais en grandes parcelles avec des viticulteurs. « On leur fournit des stratégies et on compare avec les leurs », résume Séverine Dupin, de la Chambre d’agriculture de la Gironde. Au soutien de la diffusion des pratiques innovantes, une réflexion est en cours pour un campus de formation baptisé NAVI, dédié à la viticulture de demain.

Aller plus vite sur le marché

Autre enseignement fort qui émerge de cette matinée de restitution : le « défi des autorisations de mise sur le marché », pour reprendre la formule du président Rousset, reste à accomplir. D’où l’intérêt du partenariat fort qui est tissé avec l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), qui a souhaité être membre d’Agri Sud-Ouest Innovation pour disposer d’un relais d’informations. « Nous avons dialogué avec eux, ils mettent parfois beaucoup trop de temps pour homologuer, il faut qu’ils aillent plus vite. Qu’on ne perde pas 10 ans, comme avec les médicaments. La récente crise du covid a montré qu’on pouvait aller très vite », s’emporte le président de la Région. Dans un cadre réglementaire incontournable et très contraint, le maître-mot est l’anticipation. « Il faut prévoit un budget et se préparer au processus réglementaire », résume François Hervieu, chef du service régional de l’alimentation au sein de la DRAAF Nouvelle-Aquitaine. Qui précise le processus : « il y a une phase d’évaluation du risque et un phase de gestion pour la prise de décision, si le risque est accepté ou pas. Là où ça pèche, c’est si le curseur est élevé, c’est le cas sur les produits phytopharmaceutiques. Il faut être très préparé. Si le dossier est “propre”, ça prend 12 mois environ, soit le délai réglementaire fixé par l’UE. C’est assez rarement respecté ». Le GIE de la Transition Ecologique en Agriculture, l’un des signataires de la feuille de route, rappelle sa capacité à accompagner sur ce sujet.

Si la conversion à l’usage de ce type de solutions est difficile à quantifier, une dynamique socio-économique semble se dessiner. Un premier diagnostic direct a été réalisé auprès des entreprises du cluster. Pour le tiers de répondants, le chiffre d’affaires aurait progressé de 13% en un an et les effectifs de 17%, en moyenne. Au-delà, il a ce matin plusieurs fois été rappelé que cette feuille de route est sans équivalent dans les autres régions de France. « Cela donne une visibilité nationale et européenne », souligne Guadalupe Garcia, coordinatrice du projet BiosolutioNA. Un constat savouré par Alain Rousset : « c’est une petite révolution qu’on fomente depuis plusieurs années. La méthodologie de notre feuille de route est en passe d’être reprise au niveau de l’Europe », indiquait-il ce matin en conclusion des travaux de restitution de cette première année.

Focus sur Solnovo et l’agriculture régénératrice des sols
Agri Sud-Ouest Innovation a notamment présenté ce matin le programme de recherche-action multipartenarial baptisé Solnovo, résumé comme un « living lab sur l’agriculture régénératrice, unique en Europe ». L’objectif ? Démontrer l’intérêt de ce type de pratique et accompagner la transition. Cela repose sur 3 principes : « couvrir les sols en permanence, avoir une rotation plus diversifiée et éviter le travail du sol induit par les 2 premiers principes », résume Laurent Augier, directeur général d’Agri Sud-Ouest Innovation. « On peut éviter l’érosion des sols, favoriser la fertilité, la rétention d’eau, la biodiversité. Le sol, c’est le capital agronomique de demain », rappelle-t-il. « On veut aussi démontrer que les agriculteurs gagnent mieux leur vie, pour cela on les accompagne dans toutes les étapes, techniquement et financièrement. C’est un risque, ils n’ont pas forcément appris à faire comme ça ». Pendant 5 ans, Solnovo accompagnera 9 collectifs (dont 5 concernent la Nouvelle-Aquitaine) réunissant plus de 160 agriculteurs et plus de 15.000 hectares, sur 4 grandes filières : grands cultures, polyculture-élevage, arboriculture et viticulture.