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Comment la Communauté de Communes du Pays de Nay veut diversifier son activité économique

Écosystème
lundi 04 décembre 2023

Safran Helicopters Engines représente 2.600 emplois, sur les 8.000 emplois privés que compte la plaine de Nay. | Photo Adobe Stock

La plaine de Nay, historiquement tournée vers l'aéronautique, cherche aujourd'hui à attirer de nouveaux types d'activités pour se diversifier et limiter ses risques. Pour cela, l'intercommunalité mise sur une offre de services très complète, adossée à l'acteur incontournable du territoire : Safran Helicopter Engines, qui représente à lui seul près d'un tiers de l'emploi privé. Serge Castaignau, vice-président de la Communauté de Communes, et François Gonnet, chargé du développement économique, ont répondu aux questions de Placéco Béarn.

Le siège de la Communauté de Communes du Pays de Nay est à Bénéjacq, mais vous nous accueillez au service de développement économique, situé à Bordes, dans une zone d’activité dénommée Aéropolis… cela en dit long sur l’importance du secteur aéronautique pour le territoire !
Serge Castaignau : Nous avons un peu souffert d’être très centrés sur l’aéronautique. Après la crise de 2008, on a bien vu que le pôle aéronautique était bloqué dans son développement. Dès que l’intercommunalité a repris Aéropolis en 2017, nous avons créé une zone de services pour le développement au-delà de l’aéronautique. Bien sûr que l’on sera toujours intéressés si une grande entreprise aéronautique veut s’installer, on les aidera, on sait faire, mais aujourd’hui nous visons d’autres secteurs d’activité.
François Gonnet : Nous sommes tournés sur la filière métallurgique, mécanique, et nous essayons d’offrir une offre de services complète pour les employés et les usagers. En 2024, nous allons créer une association dont les principaux membres seront la Communauté de Communes et Safran Helicopter Engines. Toute structure intéressée pourra y adhérer : entreprises, partenaires consulaires, UIMM… sa première action sera de recruter un animateur autour de la décarbonation de l’industrie, la décarbonation de la supply chain des sous-traitants, l’accompagnement à la transition énergétique.

Quel sera le rôle de cette association ?
FG : L’animateur ira voir les sous-traitants de tout le bassin Lacq-Pau-Tarbes pour les accompagner, les aider à aller chercher du financement sur leur transition,à mettre en place des actions pour être plus sobres… Par exemple, aider aux déclarations CO2 dans leur production, à mettre en avant des modes de mobilité des salariés moins énergivores, plus collectifs… L’idée est d’aller présenter toute cette offre de services à d’autres entreprises de l’aéronautique, leur proposer d’en profiter et de participer au financement de l’association. Safran HE est très demandeur pour que les sous-traitants se tournent vers la transition énergétique. 

« Ouvrir Aéropolis à d'autres filières »

FG : La deuxième action de l’association sera de mettre sous le même pavillon toute une offre de services et d’attractivité du pôle. Aujourd’hui, on a une crèche avec 15 places ouvertes à toute personne du territoire. On a un restaurant d’entreprise qui peut faire 2.000 repas par jour et en fait aujourd’hui 1.700. Ils sont en capacité de nourrir 300 personnes de plus, et donc d’accueillir une nouvelle entreprise et de nouveaux salariés. On a une offre de transport développée par Safran qui s’appelle SAFIR, un transport à la demande qui permet de rejoindre le site ou d’en partir à toute heure de la journée, avec des bus de 50 places et de 9 places, une application smartphone, des points de ramassage, et une location de vélo électrique. On a un projet de conciergerie d’entreprise dans le courant de l’année, avec une offre de services classique : pressing, dépôt colis, réparation de voiture… l’idée est de proposer tous ces services aux entreprises qui viendraient s’installer à Aéropolis.
SC : Ça permet d’être plus attractif sur le recrutement, les enjeux des entreprises sont là aujourd’hui. Par exemple, Safran a fait venir une cinquantaine d'ouvriers tunisiens récemment, pour répondre à des problèmes d’urgence qu’ils n’arrivent pas à régler. Ils ont, en plus, un souci avec les pièces détachées qui n’arrivent pas : ils ont un plan de charge à mille moteurs qu’ils ont du mal à tenir parce qu’ils n’ont pas de pièces et pas de main-d’œuvre.
FG : On veut faire du site Aéropolis un site majeur sur l’attractivité de l’aéronautique dans le secteur Béarn-Bigorre, mais l’ouvrir aussi à d’autres filières pour sortir de la monodépendance à l’aéronautique.

Avez-vous identifié des secteurs en particulier pour vous diversifier ?
SC : On n’est pas encore à ce stade, parce que l’on est très dépendants de l’aéronautique depuis trop longtemps. Safran est arrivé ici en 1936, rendez-vous compte ! Nous avons plutôt la volonté d’accueillir toutes sortes d’intelligence, sans spécifier vraiment de secteur. On n’en est qu’au tout début de ce processus.
FG : Les compétences que l’on a sur l’aéronautique peuvent être mises en valeur sur d’autres filières mécaniques. Par exemple, les nouvelles énergies : il y a de la chaudronnerie sur l’hydroélectricité. Nous avons un bureau d’études sur la méthanisation, une société de mécanique à Coarraze qui travaille sur de l’hydroélectrique… ce sont des filières d’avenir sur les nouvelles énergies, et notre compétence sur la mécanique fait que l’on peut être attractifs sur ce champ-là.

Safran, « incontournable »

Quel pourcentage de l’emploi sur le bassin représente aujourd’hui le secteur aéronautique ?
FG: Sur la communauté de communes, il y a 8.000 emplois dans le secteur privé. Sur ces 8.000, l’aéronautique représente 3.500 emplois. Safran à lui seul, c’est 2.600 emplois. L’hôtel d’entreprises accueille 300 personnes, toutes tournées vers l’aéronautique. Le reste ce sont les sous-traitants. Il faut noter que ces employés sont loin de tous habiter sur le territoire… Le salariat de chez Safran doit être environ à moitié-moitié entre personnes habitant sur la plaine et personnes venant de Pau.
SC : La part d’employés de Safran qui habitent autour du site était beaucoup plus importante il y a cinquante ans.
SC : Nous sommes 23 au Conseil municipal de Bordes, dont un seul employé Safran. Il y a trente ans, ils étaient quinze, dont treize Safran. Ce n’est pas parce que le poids de l’entreprise a diminué sur notre territoire : c’est parce que ses employés n’habitent plus ici. Il y a cinquante ans, 80% des employés de Turboméca venaient travailler en vélo. Il y avait 80% d'ouvriers, 20% de cadres. Aujourd’hui, c’est l’inverse. C’est plus la CGT qui tient le comité d’entreprise, c’est la CGC. Ces gens ont plus de moyens, ils sont plus mobiles... et ils ont accès à autre chose : la culture est sur Pau, la côte Basque n'est qu'à 1h15 de route.

Malgré cette évolution, Safran reste structurant pour le territoire ?
SC : Incontournable. Il y a eu un risque de les voir partir à un moment donné. Au début des années 2000, ils avaient des offres très concrètes de la région Toulousaine pour les accueillir, des offres à l’étranger… Nous sommes parvenus à les garder, mais à quel prix ! L’intercommunalité a mis vingt millions d’euros sur la table, celle d’à-côté a mis 200.000 euros, à hauteur de ses moyens de l’époque, la Région a contribué aussi…
FG : il n’y a pas de risque qu’ils s’en aillent aujourd’hui, mais il y a clairement une relation à entretenir. En ce moment, ils sont demandeurs de voies cyclables, alors on pousse le sujet auprès du département. Ils soulèvent la question de la protection de leur site contre les inondations…
SC : Nous avons un projet de digue de 2,7km de longueur, qui va démarrer début 2024 et qui protègera le site contre une hypothétique inondation. Il y a des discussions permanentes et des projets en commun entre Safran et la collectivité, avec une vraie volonté de partenariat.


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