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Monnaie locale : Bordeaux et la Gemme visent l'équivalent de 100.000€ en circulation dès 2025

Écosystème
mercredi 30 novembre 2022

Yannick Lung, coprésident de l'association Gemme, Jean-Baptiste Thony, conseiller municipal de Bordeaux en charge des monnaies locales, et Sacha Colsaet, coordonatrice de la Gemme. Crédits : MB

La monnaie locale girondine, rebaptisée la gemme au printemps dernier, sera bientôt accessible en version dématérialisée. Un levier important pour redynamiser sa circulation, combiné à un soutien affiché de la Ville de Bordeaux, qui permettra notamment aux commerçants de payer, dès 2023, leurs droits de place en gemme.

Ne dites plus la miel, mais la gemme. La monnaie locale girondine officialise son changement de nom, après une fusion au printemps dernier avec la monnaie locale du Bassin d’Arcachon, l’ostreia. L’occasion pour l’association Gemme, qui gère la monnaie éponyme, de présenter ses ambitions pour 2023… Et sa volonté de passer à la vitesse supérieure, grâce notamment au soutien de la Ville de Bordeaux, qui a adhéré à l’association il y a un an. « Une monnaie locale circule beaucoup plus vite et plus longtemps sur un territoire que l’euro, rappelle Jean-Baptiste Thony, conseiller municipal pour l’économie circulaire, zéro déchet, la propreté et la monnaie locale. Si je paye une baguette de pain 1 euro, cet euro sera réutilisé pour payer le journal ou le café, mais très rapidement il quittera le territoire car il partira chez des fournisseurs étrangers, sur Internet, dans la finance… Les monnaies locales ont cet avantage de circuler localement, et donc, de stimuler l’économie de proximité. »

Elles permettent aussi de favoriser la transition de consommation, et selon le dernier rapport du mouvement SOL, dédié à ces monnaies locales complémentaires, presque 5 usagers sur 10 ont augmenté leur consommation de produits locaux grâce à ces monnaies complémentaires. « Mais c’est aussi un outil de soutien et de résilience, au service de l’économie du territoire. Un paiement en monnaie locale, plutôt qu’en euro, génère entre 25% et 55% de revenus en plus pour le territoire », complète Jean-Baptiste Thony.

La dématérialisation, un passage obligé

Le principe de la monnaie locale reste inchangé : 1 gemme = 1 euro, les adhérents peuvent récupérer des gemmes dans l’un des 30 bureaux de change du département, puis régler leurs frais en gemme auprès des professionnels du réseau. 2023 marquera un vrai renouveau pour la monnaie locale, qui comptait cette année 400 adhérents dont 150 professionnels. Ambition affichée : passer de 30.000 gemmes en circulation aujourd'hui, à 100.000 dans les 13 mois à venir. Pour accélérer le déploiement de la monnaie, une application permettra, au premier trimestre 2023, de régler en gemmes de façon dématérialisée. « Avec notre nombre d’adhérents actuels, il serait déjà possible d’avoir 100.000 gemmes en circulation, précise Yannick Lung, coprésident de l’association. Mais avec le Covid-19, la circulation de la monnaie a ralenti, et on compte beaucoup sur la e-Gemme pour se relancer. À Angoulême, 75% des échanges en monnaie locale se font aujourd’hui en version numérique. » L’association girondine espère ainsi attirer 80 nouveaux professionnels chaque année, et avoir « au minimum deux adhérents pour un commerçant ».


Les billets de gemme vont de 1 à 33, en référence à la Gironde. Ils sont sécurisés, pour garantir qu'il n'y ait pas de contrefaçons. Crédits : MB

Aller à la rencontre des acteurs locaux

Mais ce changement d’échelle ne sera possible qu’avec le soutien de collectivités. Les mairies de Bègles et de La Réole utilisent déjà cette monnaie, et celle de Bordeaux, qui a récemment obtenu l’accord du Trésor public, en fera bientôt de même. Petit à petit, les usagers pourront payer des services publics en gemme, tels que les musées municipaux, les équipements sportifs, « et pourquoi pas à terme le stationnement ou les transports publics », imagine le conseiller municipal. « L’une des régies pilotes avec lesquelles on travaille pour 2023, concerne les droits de place, reprend Jean-Baptiste Thony. Ce sont tous les droits payés par les commerçants pour leur terrasse, leur enseigne… C’est important car pour convaincre un commerçant d’adhérer, il faut qu’il puisse payer la monnaie locale. » Également, sur la base du volontariat, élus et agents municipaux pourront se faire rémunérer en partie en gemme.

Au-delà de sa simple adhésion, la Ville de Bordeaux veut « impliquer les acteurs locaux dans les réflexions autour des monnaies locales ». Chaque année, une thématique sera mise en exergue, pour « rassembler autour de la table la CCI, la CMA, les associations de commerçants, pour ensemble porter des actions communes de promotion de la monnaie locale », ambitionne Jean-Baptiste Thony. La thématique retenue pour 2023 sera « les monnaies locales et la transition écologique des professionnels ».

Aujourd’hui, la France est le premier pays européen en termes de monnaie locale. Elle en compte 80 sur son territoire, dont l’eusko (monnaie basque), première monnaie locale européenne avec 3,3 millions d’euskos en circulation. 40.000 personnes utilisent des monnaies locales à l’échelle nationale, dont 10.000 professionnels, et 13.000 communes sont couvertes par une monnaie locale.

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