Placéco, Le média qui fait rayonner l’écosystème girondin

Votre édition locale

Découvrez toute l’actualité autour de chez vous

Entrepreneuriat féminin : « Il y a un gros travail à faire dans la formation »

Écosystème
jeudi 15 septembre 2022

Les Premières sont installées à Bordeaux, au sein de l'écosystème Darwin. Crédits : Les Premières

Ce mois-ci, l’incubateur Les Premières Nouvelle-Aquitaine, qui accompagne les femmes et les équipes mixtes dans l’entrepreneuriat, fête ses dix ans. Pour Placéco, sa directrice Christine Panteix revient sur l’entrepreneuriat féminin, ses évolutions et les freins qui persistent.

En 2012, pourquoi avoir créé Les premières ?
C’était une création à l’échelle nationale, car nous sommes membres d’une fédération d’incubateurs comme le nôtre. Tout est parti d’un constat, les femmes sont sous-représentées dans l’écosystème de l’entrepreneuriat, et en particulier dans l’innovation et les projets ambitieux. Les Premières se sont déployées à Paris, Lyon, Marseille, et il en a été de même ici. Marie-Christine Bordeaux, la cofondatrice de Paris Pionnières, s’est dit qu’il y avait tout intérêt à avoir un incubateur dans le sud-ouest, en démarrant par Bordeaux. Pour amener les femmes qui ont les compétences et l’envie d’entreprendre à porter des projets plus ambitieux, éviter l’auto-censure, plutôt que de mettre en œuvre des micro-projets lorsqu’il y a un vrai potentiel.

10 ans après, vous avez accompagné 300 entrepreneures, et des entreprises se sont montées, comme Minuit sur Terre, Dipongo ou Linksider. Les freins de l’entrepreneuriat féminin sont-ils levés ?
En 10 ans on a fait beaucoup de progrès, les chiffres ont bien augmenté. En Nouvelle-Aquitaine, tous statuts confondus, 38% des entreprises sont créées par des femmes. Mais on reste tout de même sur une typologie de projets qui est toujours la même, ce sont plutôt des micro-projets, dans des secteurs d’activité très féminins. Professions libérales, éducation, commerce de proximité… A contrario, les femmes dans la tech représentent 15% des effectifs, et cela tombe à 2 ou 3% dans la deeptech. Là, il y a encore du boulot. Pour autant on voit beaucoup plus de femmes entreprendre des projets qui ne sont pas dans leurs compétences métier de base, elles osent plus se lancer.

Encore des freins à lever

Comment expliquez-vous que certains secteurs comme la tech, manquent encore, en 2022, de femmes ?
Il y a la question de la formation d’origine, et de filières qui ne sont pas du tout mixtes. Si déjà, il y a très peu de femmes dans un secteur, statistiquement, il y en aura très peu qui créeront leur entreprise. Il y a un gros boulot à faire dans les filières de formation. Concernant l’auto-censure, il y en a peut-être moins qu’avant, car il y a toute une communication sur l’entrepreneuriat comme alternative intéressante à un emploi salarié. Ce qui a beaucoup avancé ces dernières années, c’est que tout le monde s’est saisi de l’enjeu de l’entrepreneuriat féminin. Il faut travailler encore plus pour que les femmes se disent, « l’innovation ce n’est pas que de la technologie, il y a plein de façons différentes d’innover » ! Dans le social, la production, le commerce… Tout le monde peut être innovant, avoir des projets plus ambitieux qui adresseront un nouveau marché.

Quelle impulsion voulez-vous donner aux Premières, dans les années à venir ?
D’abord, nous aimerions monter en puissance. Aujourd’hui nous sommes présentes dans quatre départements néoaquitains, et avons accompagné 100 porteuses de projets en 2021. L’idée, c’est d’augmenter chaque département de 20, 25 accompagnements par an. Mais on reste sur des petits volumes par rapport à certaines structures, car on retient des projets qui, à terme, vont créer de l’emploi sur le territoire, et sont innovants avec des facteurs de différenciation assez forts. Ensuite, on aimerait accompagner plus de femmes dans l’industrie. On en accompagne pas mal qui créent des produits, l’idée, c’est de les aider à développer leurs propres moyens de production, plutôt qu’externaliser. C’est assez ambitieux, trop peu de femmes le font aujourd’hui alors que cela permet, en plus, de relancer l’industrie en France, de générer des emplois. Et puis, il y a toujours le sujet des femmes dans la tech… Si on pouvait en accompagner plus, ce serait bien.

Sur le même sujet