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En Nouvelle-Aquitaine, la filière bois fait face à plusieurs enjeux

Écosystème
vendredi 26 novembre 2021

Photo d'illustration. Crédits : Adobe Stock Pictures News

Lundi 29 et mardi 30 novembre, le réseau Fibois Nouvelle-Aquitaine organise ses journées régionales de la construction bois et biosourcée, au Rocher de Palmer. L’occasion de faire un point sur les pénuries de main d’œuvre, de produits, ou encore sur les enjeux pour la filière, avec Hugues Petit-Etienne, prescripteur bois pour Fibois.

Tout d'abord, comment se porte la filière bois en Nouvelle-Aquitaine ?
Elle se porte bien. Elle est très vaste, variée et complexe. La Nouvelle-Aquitaine est la première région en termes de superficie forestière, qui représente 34% de notre territoire. Chaque année, ce sont 10 millions de mètres cube récoltés par an. 50% des usages concernent le bois d’œuvre – la construction, l’emballage, la palette -, 40% servent au bois d’industrie – principalement le papier, les panneaux -, et 10% sont destinés à l’énergie. Au total, la filière néoaquitaine emploie près de 59.000 salariés, répartis dans 28.000 entreprises, qui génère 9,7 milliards d’euros annuellement. La filière est sur tous les fronts : en termes de matières premières, d’emplois, d’environnement aussi. Elle a des perspectives motivantes, mais de nombreux enjeux auxquels faire face.

Vous parlez d’emplois, êtes-vous également touchés par les pénuries de main d’œuvre que l’on constate ces derniers mois ?
Oui, c’est un enjeu majeur pour les acteurs de la filière bois. Ils ont du mal à recruter, soit par manque de candidats, soit parce que ceux qui se présentent ne correspondent pas aux profils recherchés. Nous essayons de travailler avec les centres de formation, initiale ou continue. L’attractivité fait partie des leviers à activer, tout comme adapter les formations aux besoins des entreprises. Il y a également un maillage du territoire à réussir, car de nombreuses sociétés sont installées en milieu rural. Il faut savoir emmener les gens dans ces zones rurales, faire en sorte qu'ils s'y installent et aient envie d'y rester.

« Nous devons accélérer notre R&D »

Quels sont les autres enjeux qui animent la filière ?
Il y en a plusieurs. Notamment, favoriser les investissements liés aux usines de transformation du bois, c’est l’une des réponses amenées à la pénurie en cours. En Nouvelle-Aquitaine, il y a des investissements en cours assez importants : 17 entreprises sont financées par le plan France Relance. Nous devons accélérer notre R&D également, de l’ingénierie à la construction de produits, pour répondre aux besoins des marchés et favoriser l’usage du bois dans la construction. Notamment l’usage du bois régional, français. On peut avoir sur notre territoire des bois transformés régionalement, mais des matières premières provenant d’autres pays européens. Nous devons apporter le plus de valeur ajoutée sur notre territoire.

Comment explique-t-on la pénurie qui touche l'Hexagone depuis plusieurs mois ?
C’est plus une pénurie de produits que de matière première. On a de la ressource en forêt, mais le goulot d’étranglement c’est aujourd’hui le sciage, la transformation du bois. Les acteurs de ce secteur, en France comme à l’étranger, ont eu un gros manque de visibilité au moment de la crise sanitaire et ont, par prudence, diminué la production. De l’autre côté, il y a eu une hausse de la demande, notamment dans le bois de construction, avec des gens qui rénovaient leurs maisons. Dans un second temps, les plans de relance ont eu un impact fort sur l'immobilier – notamment aux Etats-Unis ou au Canada, où la construction utilise énormément de bois. La demande a explosé et les fournisseurs, scandinaves ou allemands, ont du jour au lendemain boudé le marché français, pour aller outre-Atlantique. Or, le bois d’import représente, en France, environ 30% de l’offre. On ne peut pas, du jour au lendemain, compenser cette part du marché. Il y a eu un allongement des délais, puis une petite tension sur la ressource car, par effet domino, des acheteurs étrangers venaient acheter du bois chez nous. Cela a induit une crainte et une hausse du prix.

Commence-t-on à voir le bout du tunnel aujourd’hui ?
Clairement, on l’a vu outre-Atlantique où le prix du bois a commencé à chuter. Forcément, les acteurs sont revenus sur le marché européen et français pour ce qui est du bois d’import. L’escalade est terminée, mais une partie de la filière considère que le bois n’était pas acheté au prix juste, et que cette tension va permettre de le rééquilibrer. Mais on ne sait pas dans quelles mesures les prix s’ajusteront. Je suis convaincu que les investissements en cours vont contribuer à une économie d’échelle et à faire baisser les prix des produits finis.

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