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Avec son modèle de location, H&A allonge la durée de vie des barriques viticoles

Engagement
jeudi 17 mars 2022

Richard Hardillier et Florent Arrouy ont fondé H&A en 2004. Crédits : H&A

H&A, spécialiste de la location de barriques pour les viticulteurs, augmente la durée de vie de ces produits de trois… à plus de 10 ans. Un modèle rendu possible par la démultiplication des usages, notamment pour des vins fortifiés ou du whisky. Explications.

Lorsque Richard Hardillier et Florent Arrouy fondent H&A en 2004, un service de gestion de barriques à destination des viticulteurs, tout deux partagent un constat : l’impact environnemental de ces tonneaux de chêne est très - trop - important. « On utilise des arbres qui ont 100 ans pour les utiliser seulement trois ans, avant de les jeter ou de les brader, illustre Richard Hardillier. C’est dommage car la création de barriques est un travail à haute valeur ajoutée. » Alors, le duo réfléchit à la mise en place d’un modèle économique différent : même si le client choisit le fournisseur qu’il préfère parmi ceux travaillant avec l’entreprise, il ne devient plus propriétaire des barriques, mais les loue à H&A pour éviter une dépréciation très rapide de ce produit. « C’est ce qui nous paraissait le plus adapté, reprend le cofondateur. Car il s’agit d’un ouvrage artisanal reconnu dans le monde entier, qui mérite une durée de vie plus longue que quelques années. »

Des cépages bordelais au bourbon du Kentucky

Le client va dans un premier temps recevoir des barriques neuves, permettant d’assurer une ou deux périodes de bonification du vin. « Actuellement, 70.000 barriques sont réutilisées pour un second cycle d’élevage, sur les 750.000 que nous gérons et que nous plaçons au gré des besoins des clients », détaille Richard Hardillier. Une fois ces étapes terminées, l’entreprise récupère les barriques, et les réoriente vers l’élevage de vins fortifiés au Portugal ou en Espagne pour un cycle de vie supplémentaire. Avant de les acheminer au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. « Elles viennent ensuite sublimer sous forme de "finish" des whiskys préalablement élevés entre 10 et 20 ans », ou des bourbons, précise l’entreprise. Il y a deux ans, H&A a d’ailleurs ouvert une agence à Louiseville (Kentucky), pour répondre à une demande croissante de barriques de « finish ».


Les barriques sont stockées avant d'être réutilisées. Crédits : H&A

« Nos clients peuvent suivre une barrique dans sa terminaison globale, car nous assurons la traçabilité jusqu’à sa destination finale, déroule le cofondateur. En clair, on suit chaque produit sur 10 à 15 ans. » Cette économie circulaire, plus vertueuse et ouverte à un marché colossal d’alcools, fait aujourd’hui de H&A le leader français dans son domaine. Avec presque 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, l’entreprise affirme gérer, en France, une barrique sur deux. « Nous n’avons aujourd’hui pas de chiffres pour quantifier l’impact environnemental de notre solution. Mais l’utilisation de barriques neuves en France a diminué de 30% ces dernières années », souligne Richard Hardillier.

Bientôt des barriques connectées

Depuis ses débuts, H&A réinvestit une large part de sa marge brute dans la recherche. L’entreprise est en train de développer une barrique connectée, pour améliorer l’élevage des vins. « Lorsqu’un vin ne tourne pas bien, le viticulteur utilise des produits pour rattraper cela. Notre vision, c’est d’arriver à prévenir ces incidents, affirme le cofondateur de l’entreprise. Plus on est en amont dans l’analyse, plus on fait le lien entre les laboratoires, les œnologues et les utilisateurs de nos produits. » Un projet de taille, pour lequel H&A collabore avec le groupe allemand Siemens, l’université de Bordeaux ou encore le centre nucléaire français. Données, confidentialité, tout fonctionne aujourd’hui. « Mais ce sont les capteurs qui bloquent, reprend Richard Hardillier. Ces derniers valent cher, ce sont des relevés chimiques et il faut en mettre dans toutes les barriques. Alors, nous sommes en train d’étudier la possibilité d’intégrer des puces suffisamment autonomes pour envoyer les données et enregistrer les variables. » Si le président de l’entreprise n'avance pas de date de commercialisation, l’avenir est selon lui tout tracé : « D’ici cinq à dix ans, je pense que toutes les barriques des grands crus seront connectées. »

Aujourd’hui H&A compte plus de 1.300 clients à travers le monde, et réalise plus de la moitié de son activité à l’international. Ses premiers clients se trouvent en France, aux Etats-Unis, en Espagne et en Italie. « Cette année nous poursuivrons notre croissance, avec l’ambition de capter entre 200 et 300 nouveaux clients », conclut Richard Hardillier.

H&A
80 salariés
Basée à Bordeaux
CA 2021 : 400M€

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