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Suppression de postes chez ArianeGroup : « il faut qu’Ariane 6 soit un succès »

Écosystème
mercredi 29 septembre 2021

Le premier vol d'Ariane 6 devrait avoir lieu au second semestre 2022. Crédits : Adobe Stock Alexandra Lande

D’ici à la fin de l’année prochaine, ArianeGroup déploiera un plan de départs volontaires qui touchera 600 postes. L’inquiétude plane en Gironde, car le groupe est le premier employeur privé du département.

L’annonce est tombée jeudi 23 septembre : ArianeGroup supprimera 600 postes, en France et en Allemagne, d’ici la fin de l’année prochaine. Cette décision intervient alors que le constructeur de la fusée Ariane, né en 2016 d’une fusion entre Airbus et Safran, subit de plein fouet la concurrence américaine. Et notamment celle de SpaceX, la société d’Elon Musk, qui conçoit des lanceurs réutilisables… Contrairement à ceux d’ArianeGroup.

Les salariés ont appris la nouvelle par voie de presse, et les trois sites girondins du groupe, deux à Saint-Médard-en-Jalles et un au Haillan, seront concernés par ce plan de départs volontaires. « Malheureusement, ce n’est pas une surprise », lâche Philippe Géry, délégué syndical central CFE-CGC. « Il faut idéalement 11 vols réalisés chaque année, or dans le meilleur des cas, il y en a sept. La concurrence a progressé très rapidement, les prix se sont effondrés. Clairement, ils ont été divisés par deux. » Une réunion de crise s’est tenue cet été, à la demande de l’industriel, pour revoir le dimensionnement de la filière spatiale européenne. « Un accord a été trouvé avec l’Agence spatiale européenne, l’ESA. C’est, je pense, un bon accord, même si la cadence chute de 30 % par rapport à ce qui était prévu. » Mécaniquement, donc, ArianeGroup s’est vue contraint de réduire ses coûts… Et ses effectifs.

3000 emplois dans le département

En Gironde, le groupe est le premier employeur privé, avec quelque 3000 salariés. Qui n’ont, pour l’instant, aucune information précise au sujet des suppressions de postes prochaines. « Tous les sites de l’Hexagone seront touchés, à des degrés divers », reprend Philippe Géry.

ArianeGroup développe aujourd’hui deux technologies : des moteurs à propulsion liquide, majoritairement fabriqués sur le site de Vernon dans l’Eure ; et des moteurs à propulsion solide, fabriqués en partie en Gironde. « Tous les postes seront concernés, présage le délégué syndical. Sauf ceux en contact direct avec les activités de production. Les équipes des ateliers sont déjà configurées à minima, si on devait réduire les effectifs, il y aurait un souci de sortie de la production. » Une réunion devrait se tenir dans les différents établissements du groupe le 8 octobre prochain, pour leur donner une vision locale du plan de départs volontaires.

Ariane 6, ça passe ou ça casse

Pour Philippe Géry, cette décision de supprimer 600 postes s’appuie sur la réussite hypothétique d’Ariane 6, qui devrait effectuer son premier vol au second semestre 2022. « L’avenir du groupe est entre ses mains. Il faut qu’on effectue le tir à la bonne date, on ne peut plus reculer. Surtout, il faut que ce soit un succès. » À partir de ce moment, selon lui, le meilleur comme le pire est possible pour ArianeGroup et ses 7500 salariés (avant suppression de postes). Le carnet de commandes peut se remplir, et offrir le champ des possibles pour trouver la confiance de nouveaux clients.

En 2018 déjà, le groupe avait envisagé la suppression de 2300 emplois. Si, finalement, cette décision n’avait pas abouti, Philippe Géry redoute que d’autres plans de ce type soient mis sur la table « si Ariane 6 n’est pas au rendez-vous ». Mais avant d’imaginer le pire, il se focalise sur les récentes annonces. Et notamment, sur celle du directeur exécutif André-Hubert Roussel, qui déclarait en début de semaine vouloir « privilégier le dialogue social ». « On attend qu’il passe des paroles aux actes, commente le délégué syndical. Les annonces entraînent de l’anxiété pour les salariés et il faudra en effet du dialogue social dans les mois qui viennent. Établir une relation de confiance entre partenaires sociaux et direction pour comprendre d’où vient le nombre de 600 postes à supprimer, comment on y arrive et quels métiers sont concernés. »

Plus important encore, pour lui : veiller sur les salariés qui resteront dans l’entreprise, pour ne pas augmenter les risques psycho-sociaux. « Il faudra travailler sur une simplification des processus, pour qu’ArianeGroup puisse continuer à tourner. »

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