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Bordeaux Cultivons Demain : les vins de Bordeaux veulent labelliser leur RSE

Engagement
lundi 03 mai 2021

"Verdir" les parcelles de vigne fait partie des pistes envisagées pour améliorer le bilan carbone - crédit photo CIVB

Le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) a lancé lundi la démarche « Bordeaux Cultivons Demain ». Elle doit permettre de labelliser l’engagement des acteurs de la filière vin en matière de RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Le CIVB se fixe comme objectif que 30% des volumes commercialisés en 2030 portent ce nouveau label.

En gestation depuis deux ans au sein de la direction technique du CIVB, la démarche « Bordeaux Cultivons Demain » s’apprête à rentrer dans une phase plus opérationnelle, avec le recrutement des premières entreprises candidates à ce futur label qui sanctionnera les actions de la filière vin en matière de RSE. « Ce projet s’adresse à l’ensemble des acteurs. Il vise à montrer ce que nous sommes, ce que nous voulons être et ce vers quoi nous allons. Il porte l’ensemble de nos actions pour l’environnement, les consommateurs, notre région, nos salariés et nos voisins », a déclaré lundi Bernard Farges, président du CIVB, en introduction de l’assemblée générale de l’interprofession.

28 entreprises ont participé au travail de cocréation lancé par la direction technique du CIVB pour élaborer le cahier des charges de ce qui deviendra peut-être l’un des nouveaux labels phare du Bordelais. Pour alimenter ses réflexions, le CIVB a commandité une enquête auprès de l’institut indépendant Labbrand. Dans ce cadre, il a interrogé 18 prescripteurs (acheteurs, sommeliers, influenceurs) du monde du vin, français et américains. « Ils expriment de façon assez véhémente une attente majeure de transformation, commente Marie-Catherine Dufour, directrice du service technique du CIVB, avec une attente spontanée autour d’un investissement de la RSE ».

Savoir-faire et faire savoir

Entre autres pistes visant à améliorer la perception des vins de Bordeaux, les sondés font remonter la nécessité de mieux valoriser les actions déjà entreprises en matière d’environnement ou de diversité, en incarnant au maximum le propos. « Plutôt que de dire "je réduis mes intrants", montrez la diversité du vivant du vignoble », illustre Marie-Catherine Dufour. D’où l’idée de créer un label, pour structurer et faire résonner les initiatives relevant du champ de la RSE. « Ce projet peut être perçu comme un gadget ou come de nouvelles contraintes, mais il a vocation à accompagner et porter des mouvements profonds en cours dans toute la filière », estime Bernard Farges.

Le futur label Bordeaux Cultivons Demain s’appuie sur quatre piliers : l’attractivité de la filière (qualité de vie au travail, développement des talents, inclusion, diversité) ; l’ancrage dans le territoire (relations avec le voisinage, approvisionnement local et responsable, valorisation du patrimoine) ; le dialogue (traçabilité, sécurité, écoute clients, consommation responsable) ; et bien sûr le respect de l’environnement (réduction ou captation des émissions carbone, réduction des consommations d’eau ou d’énergie, protection de la biodiversité).

Sur cette base, le CIVB indique avoir construit un outil de diagnostic initial, préambule à une procédure d’accompagnement collectif assuré par des animateurs accrédités, avec le soutien d’un socle de formation. « L’idée est de construire un plan d’action, puis de progresser au travers d’un plan de formation, pour faire évoluer ses pratiques et se préparer à la labellisation », explique Marie-Catherine Dufour. L’étape finale sera confiée au bureau Veritas, avec un label répondant à la norme ISO 26.000.

Plus de 150 professionnels déjà intéressés

D’après le CIVB, 148 viticulteurs, 16 négociants et une cave coopérative ont déjà manifesté leur intérêt pour rejoindre ce futur parcours. La labellisation sera déclinée selon trois paliers, avec un premier niveau très accessible pour encourager l’adhésion des acteurs concernés, et deux niveaux permettant de se réclamer du label Bordeaux Cultivons Demain. Le CIVB se fixe comme objectif de parvenir à ce que 1500 professionnels soit au niveau 1, 500 au niveau 2 et 100 au niveau 3 d’ici 2030. S’il est tenu, 30% des volumes commercialisés à cette échéance pourraient porter l’étiquette associée à la démarche. Il restera ensuite à trouver comment faire connaître et reconnaître le label Bordeaux Cultivons Demain en France comme à l’international, des professionnels du circuit jusqu’au client final. « La communication viendra plus tard, mais on sait qu’il faudra trouver une solution pour se démarquer d’autres labels », admet Marie-Catherine Dufour.

Le CIVB optimiste en dépit de l’épisode de gel
« Il n’est pas question de donner une estimation de récolte, elle serait fausse. Nous devrons attendre les déclarations de récolte, mais nous savons que les dégâts seront très lourds. Il faudra concentrer les aides et les soutiens vers les entreprises les plus touchées », a déclaré Bernard Farges en référence au récent épisode de gel qui a frappé les vignobles dans la toute France. Pour autant, le président du CIVB a tenu à faire preuve d’optimisme face aux professionnels de la filière. « A court terme, c’est la commercialisation de nos vins qui nous occupe et nous avons l’atout de beaux millésimes à la vente », se réjouit-il. Premier motif de satisfaction : une campagne des primeurs réussie, à quelques semaines d’une reprise espérée de la consommation du fait de la restriction des contraintes sanitaires. Il salue par ailleurs la suspension des taxes américaines instaurées par l’administration Trump, et l’amélioration du climat géopolitique autour de Hong-Kong et de la Chine, où les perspectives sont « encourageantes ».


Sur le sujet, lire aussi notre dossier : Les vins de Bordeaux en mal d'amour ? (1/5)

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