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Agnès Tardy (Simone à Bordeaux), des colliers de surfeurs au Bon Marché

Inspiration
lundi 10 mai 2021

Agnès Tardy expose ses créations dans le showroom de Simone à Bordeaux - Crédits : MB

De la « conciergerie de luxe » chez Clarins et Cartier, au monde de la bijouterie avec sa marque Simone à Bordeaux, Agnès Tardy poursuit son chemin professionnel avec résilience. Cette entrepreneuse créative qui a gagné deux batailles contre le cancer voit grand, rejointe désormais par son mari.

Dans le très chic triangle d’or, au dernier étage d’un immeuble, se trouvent les locaux de Simone à Bordeaux. La marque de bijoux lancée l’été dernier connaît un succès naissant, pour le plus grand bonheur de sa créatrice, Agnès Tardy. Une vraie reconnaissance après ces trois dernières années, qui n’ont pas été un long fleuve tranquille. Dans son travail, cette entrepreneuse allie la qualité des service comme des produits : deux notions qui lui viennent de son parcours professionnel.

« J’ai démarré ma carrière en tant qu’attachée de presse durant dix ans, se remémore Agnès Tardy. Puis j’ai travaillé pour les parfums Clarins, auprès des égéries de la marque. » Ce métier la fait voyager aux quatre coins du monde auprès de personnalités comme Eva Mendes, Enrique Iglesias ou encore le rockeur Julian Casablancas. « Et puis je suis partie chez Cartier, continue de raconter l’entrepreneuse. J’étais en charge des relations publiques et en particulier des clients VIP. » Elle voyage encore, emmène les dix plus grands clients de la marque avec elle, leur fait découvrir les collections. « J’ai rencontré des personnalités assez exceptionnelles et uniques. En fait, nous étions presque des concierges de luxe. Ce n’était pas dire ‘oui’ à toutes leurs demandes, mais c’était faire en sorte qu’ils soient heureux et restent chez nous. »

1er round : naissance de Simone à Bordeaux

Si les voyages forment la jeunesse, Agnès Tardy décide en 2016 de changer de vie. Avec son mari, Eric, et leur petite fille, ils quittent Paris et s’installent à Bordeaux. Lui continue son métier de toujours dans l’événementiel, elle, travaille dans l’immobilier commercial. Et puis, en 2018, tout se stoppe. « J’apprends que j’ai un cancer du sein triple négatif, c’est-à-dire le stade le plus grave, qui se métastase très vite. J’ai 42 ans à ce moment et heureusement, il a été pris à temps. » La spirale du cancer démarre en mars et dure neuf mois. 12 chimiothérapies, une mastectomie et 25 radiothérapies sont nécessaires pour qu’Agnès Tardy soit guérie.

Durant ces mois de traitement, Simone à Bordeaux voit le jour. « J’ai commencé à créer des colliers de surfeurs pour m’amuser, se remémore l’entrepreneuse. Et je me suis rendu compte que ça plaisait. Je suis tombée sur la plateforme de vente en ligne Etsy et j’y ai mis mes bijoux. Un exemplaire de chaque seulement au départ, je ne faisais pas du tout les mêmes choses qu’aujourd’hui. » Les colliers s’écoulent, un ou deux par semaine puis entre 10 et 15 par jour. Agnès Tardy décide de se professionnaliser, s’aménage son atelier à domicile, et crée. « Je me suis dit qu’il fallait lancer un site internet. »

2nd round : être résiliente

Mais la maladie revient à la charge. Un an après le diagnostic de son cancer, en mars 2019, elle effectue un premier contrôle. Le verdict tombe : deuxième cancer du sein, gauche cette fois-ci. « Les médecins me préviennent qu’on refait le même traitement. Le premier cancer s’est relativement bien passé, entre guillemets. On est moteur, motivé, entouré, en forme – du moins au départ. Le second, c’est un tsunami incommensurable car on sait vers quoi on va. »

Pour avancer, Agnès Tardy se plonge dans son second enfant, sa marque. « C’est une vraie résilience, du courage et beaucoup d’espoir avec le lancement de cette activité commerciale. C’est tout ce que j’aime : la création, la couleur, entreprendre. C’est une renaissance, complètement. » Simone à Bordeaux grossit et l’été dernier, la nouvelle boutique en ligne est lancée. Eric Tardy met son entreprise d’événementiel de côté pour rejoindre sa femme dans l’aventure, et une première salariée est recrutée.


Les bijoux sont assemblés dans les locaux de la marque et dans l'ESAT de Pessac - Crédits : MB

Engagée pour les autres

De ses métiers passés, Agnès Tardy retient surtout l’exigence du service client qui doit être irréprochable, mais aussi la provenance des matériaux utilisés. « A ma petite échelle aujourd’hui, même si je vends un bijou à 24 euros, je veux que tout soit parfait. » Si la majeure partie de l’assemblage se fait dans les locaux de la jeune pousse, une partie des bracelets sont créés à l’ESAT (établissement et service d’aide par le travail) de Pessac, par des femmes en situation de handicap, autistes et atteintes de Trisomie 21. « Je les appelle les personnes extraordinaires, confie tendrement la créatrice. C’est important d’aider à la réinsertion au travail. »

Simone à Bordeaux s’engage aussi, notamment aux côtés d’Octobre Rose, qui lutte contre le cancer du sein. « Je crée un bracelet spécifique chaque année, et nous reversons les bénéfices à cette cause – et à la fondation Bergonié, qui m’a soignée. » La marque a aussi rejoint le mouvement 1% for the planet, et sera l’un des partenaires de Défi d’Elles. « Les pierres que je source viennent d’Asie mais nous essayons de compenser au mieux pour l’environnement », martèle la cheffe d’entreprise.

300 commandes par mois

Aujourd’hui, le nombre de commandes est en croissance constante : environ 300 par mois, et 1.500 pièces vendues. La marque est commercialisée dans plus de 60 boutiques, en France mais aussi à l’étranger : Dubaï, Beyrouth et même Saint-Barth. « Nous avons réalisé 300.000 euros de chiffre d’affaires l’année dernière et nous prévoyons de doubler cette année, détaille Agnès Tardy. En espérant être présent dans 100 boutiques d’ici à la fin de l’été. Surtout, le 29 mai prochain, nous intégrerons le Bon Marché à Paris avec un stand Simone à Bordeaux. C’est énorme pour nous, je n’y croyais pas ! »

Cette success story naissante, la créatrice met un point d’honneur à l’entretenir sur les réseaux – et notamment sur Instagram, après presque 30.000 abonnés. Sur le e-shop, cela se traduit par un taux de récurrence de 30%. « Cette année nous voulons consolider notre partie digitale, reprend Eric Tardy. Puis en 2022 nous commencerons à chercher des plateformes internationales pour commercialiser les bijoux. »

Un futur site de production ?

« Pour dégager des marges suffisantes et garantir des prix abordables aux clients, nous sommes obligés de sourcer en Asie, poursuit Eric Tardy. Nous voudrions trouver des matières françaises et européennes mais dans l’idéal, nous aimerions avoir notre propre usine pour fabriquer les perles et les matériaux des bijoux. » Le rêve est grand, mais l’envie l’est tout autant. « Je pense qu’on pourrait y arriver, et ça me permettrait de travailler des matières un peu plus nobles », imagine la créatrice. 

Simone à Bordeaux envisage une levée de fonds en 2022 ou 2023, et aurait déjà été approchée par des investisseurs. « Pour l’instant nous arrivons à gérer la croissance sur nos fonds propres mais à un moment, nous aurons besoin de plus de moyens pour nous développer à plus grande échelle ».

Simone à Bordeaux
2 salariés
CA 2020 : 300.000€
www.simoneabordeaux.com

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