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Santé : Lucine lève 5,5M€ pour lutter contre les douleurs chroniques grâce au numérique

Stratégie
mercredi 18 novembre 2020

Marine Cotty-Eslous (en bas à gauche) entourée des investisseurs participant à la levée de fonds - Photo Guillaume Detapol

La startup bordelaise Lucine vient d’annoncer avoir levé 5,5 millions d’euros pour développer son projet de thérapie numérique pour soulager les douleurs chroniques. Le produit, sous forme d’application mobile, sera disponible d’ici trois à cinq ans.

Après un an de travail, la startup Lucine annonce avoir bouclé une levée de fonds de 5,5 millions d’euros auprès de plusieurs investisseurs : Kurma Partners, Bpifrance via son fonds Patient Autonome, BNP Paribas Développement, Aquiti Gestion et Irdi Soridec. Héméra, actionnaire historique, reste au conseil d'administration. « Je suis très fière de dire qu’il s’agit d’une levée de fonds 100% française, se réjouit la PDG de Lucine, Marine Cotty-Eslous. C’est important pour moi car cela montre qu’en France nous sommes capables de soutenir des projets innovants. »

Créée en 2017 et pionnière dans les thérapies numériques (Dtx) de soin, Lucine développe une application mobile capable de mesurer et soulager la douleur chronique chez les malades.

25% de la population mondiale concernée

« Tout est parti de mon histoire personnelle, reprend Marine Cotty-Eslous. Je suis atteinte d’endométriose et du syndrome d’Ehlers-Danlos. J’ai toujours eu mal et l’arsenal à disposition des médecins n’est pas très efficace. » Selon l’OMS 25% de la population mondiale serait atteinte de douleur chronique, et 12 millions de Français seraient concernés. « Les opioïdes sont l’un des premiers traitements prescrits dans ces situations. Or leur abus est responsable de plus de 500.000 décès dans le monde ! »

La PDG de Lucine décide alors de se tourner vers des études scientifiques pour comprendre et soulager sa douleur. « J’ai eu connaissance des thérapies dites cognitivo-comportementales, comme la méditation entre autres. J’étais un peu frileuse au départ, car en France ce genre de pratique n’avait, à l’époque, pas très bonne presse. Force a été de constater que mes douleurs ont diminué de 30 à 40%, et sur plusieurs heures. »

Mesurer la douleur avant de la soulager

Au fil des ans, l’idée de développer une application mobile capable de mesurer et surtout de soulager la douleur a germé dans la tête de Marine Cotty-Eslous. En 2016, elle développe une première brique de sa solution. « Chaque patient juge son niveau de douleur différemment. Je me suis demandé si l’intelligence artificielle ne pouvait pas aider à comprendre cette douleur. Notamment grâce à la reconnaissance faciale, vocale et posturale. » Pour réaliser cela l’équipe de Lucine développe un système de deep-learning se basant sur plusieurs facteurs. A terme, l’objectif de l’application, encore en R&D, est de mesurer la douleur des patients simplement avec la caméra du téléphone.

Second objectif, soulager les patients. La jeune pousse bordelaise développe deux solutions : l’une, opérationnelle, pour les femmes atteintes d’endométriose. La seconde, projet majeur de Lucine, pour soulager toutes les douleurs chroniques. « Pour cela nous avons deux procédures thérapeutiques, reprend Marine Cotty-Eslous. La réalité virtuelle tout d’abord, qui est un levier très puissant. Elle permet de modifier la perception et de réduire de 30% la douleur. Mais cela ne suffit pas et lorsque l’on enlève le casque, on a de nouveau mal. Second levier, les thérapies cognitivo-comportementales : les sons, les images, la lumière la méditation, parmi tant d’autres. » Il s’agit de réveiller le cerveau pour qu’il y ait des réactions chimiques, notamment en produisant de la dopamine et de la sérotonine, qui sont les hormones du plaisir. 

Une levée de fonds pour poursuivre les études

La levée de fonds est l’une des plus importantes de l’année en Seed (première levée de fonds pour une startup n’ayant pas encore atteint un niveau de maturité suffisant), de son secteur d'activité. Elle va permettre à Lucine, qui compte 40 salariés, de recruter une dizaine de personnes dans les trois prochaines années. Mais surtout, elle va permettre de poursuivre ses recherches. « Nous devons répondre à deux questions : pourquoi, et comment est-ce efficace ? »

Pour l’instant, l’application n’est pas commercialisée. Les études scientifiques et cliniques se poursuivent, et les premiers résultats devraient être dévoilés d’ici 18 mois. Marine Cotty-Eslous ne cache pas que sa future application devra rapporter de l’argent, « qui sera réinvesti pour faire vivre le projet. » Cependant la PDG souhaite que chaque personne concernée puisse y avoir accès. « Nous testons plusieurs modèles économiques car il n’y en a aucun dans le domaine des DTx. Mais nous pouvons déjà dégager un chiffre d’affaires de 1,3 million d’euros en 2020, grâce à des partenariats noués avec des laboratoires médicaux qui pourront plus tard distribuer notre solution.

L’application, elle, devrait être disponible d’ici 2023 ou 2025.

Lucine
Bordeaux
40 salariés
CA 2020 : 1,3M€
www.lucine.fr

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