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Bordeaux inaugure la plus grande centrale solaire urbaine d’Europe

Stratégie
jeudi 12 mai 2022

Mise en service fin 2021, la centrale solaire de Labarde réhabilite le site de l'ancienne décharge métropolitaine, exploitée à la fin des années 70 - photo AL

Mise en service fin 2021, la centrale solaire de Labarde a été inaugurée en grande pompe jeudi à Bordeaux. Installée sur les 60 hectares du site de l’ancienne décharge métropolitaine, elle produit l’équivalent de la consommation électrique de près d’un tiers de la population bordelaise, hors chauffage. Si le projet fait consensus depuis ses débuts en 2015, ses porteurs appellent les pouvoirs publics à simplifier le développement de nouveaux parcs photovoltaïques.

Installée en bord de Garonne, non loin du pont d’Aquitaine et du stade Matmut Atlantique, la centrale solaire de Labarde est entrée en service fin 2021, au terme de la réalisation de la troisième tranche des travaux consistant à faire des 60 hectares de l’ancienne décharge de la Métropole la plus grande ferme de panneaux photovoltaïques installée en milieu urbain d’Europe. Son dôme engazonné, qui dissimule les 3 millions de mètres cubes de déchets enfouis pendant dix ans, avant d’être encapsulés dans une couche d’argile, accueille maintenant 135.000 panneaux solaires, capables de produire 75.500 MWh d’électricité sur une base annuelle, soit l’équivalent de la consommation de 70.000 habitants, hors chauffage.

Contrairement au méga projet Horizeo, la centrale de Labarde a rapidement fait consensus. Du fait de son ancienne destination, le site est aujourd’hui classé pour la protection de l’environnement (ICPE), et donc considéré comme impropre à toute activité ou construction. Sa reconversion en centrale solaire offrait donc un débouché bienvenu à la ville de Bordeaux, propriétaire du terrain, à plus forte raison dans un contexte de forte incitation au développement des énergies renouvelables. « Nous avons contacté Bordeaux Métropole en 2015, pour leur proposer de valoriser cet espace dégradé en contribuant aux objectifs de transition énergétique », rappelle Mathieu Laporte, responsable de la construction solaire chez JP Energie Environnement (JPee), le développeur du projet. Les études préalables suivent en 2016, et le permis de construire est finalement accordé en 2018. Les travaux se sont ensuite déroulés sur deux ans, avec quelques complexités liées à la nature du site. « Nous avions par exemple l’interdiction de terrasser ou de rouler sur le site avec des engins de chantier. Nous avons dû construire 30 km de pistes pour faire passer les camions, utiliser des fondations superficielles, sous forme de plots de béton, au lieu des traditionnels pieux battus et faire passer nos 300 km de câbles au sol, sans les enterrer », décrit Mathieu Laporte.

Une enveloppe de 60 millions d’euros

Le projet représente un investissement total de 60 millions d’euros, financé à hauteur de 80% par de la dette bancaire, souscrite auprès de trois antennes régionales de la Caisse d’Epargne. Les 20% restants sont apportés en fonds propres par JPee, majoritaire à 51%, et par la Banque des Territoires, principal partenaire de ce développeur spécialisé dans les énergies solaires et éoliennes. « Nous intégrons toute la chaîne de valeur, du développement de nouveau projet, avec sa phase de prospection, jusqu’à l’exploitation des centrales et leur maintenance sur 35 ans », précise Xavier Nass, directeur général de JPee. La société, basée à Caen, a récemment ouvert un bureau à Pessac, où seront basés les trois techniciens chargés de veiller au bon fonctionnement de la centrale de Labarde. Ils seront aidés par un cheptel de 150 moutons et de 5 chèvres, chargés de pâturer l’herbe qui pousse sous les panneaux.

L’électricité produite à Labarde, injectée dans le réseau public, fait quant à elle l’objet d’un contrat de rachat à 63 euros le MWh, déterminé dans le cadre d’un des appels d’offre de la CRE, la Commission de régulation de l’énergie, et fixé pour 20 ans. Si le modèle offre un gage de stabilité indispensable pour négocier des taux d’emprunt attractifs auprès des banques, il suscite aussi quelques commentaires en forme d’appel aux pouvoirs publics, dans un contexte où le prix marché du MWh s’établit à plus de 200 euros. « Les énergies renouvelables sont compétitives, faciles à intégrer au réseau et rapides à déployer. Aujourd’hui, ça n’est pas le contribuable qui subventionne le solaire, mais bien le solaire qui contribue à réduire le coût de l’électricité, et on n’arrivera pas à tenir les objectifs de la transition énergétique en se contentant des terrains dégradés ou des toitures », alerte Xavier Nass. Un avis partagé par Patrick Martinez, directeur régional de la Banque des territoires, qui a déjà investi dans une trentaine de projets d’ENR à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine, et figure au capital de dix SEM régionales consacrées aux énergies, ainsi qu’à celui du fonds régional Terra Energies. « Regardons tous les sites qui peuvent être utilisés pour développer de nouveaux projets, nous sommes preneurs de toutes les opportunités », appelle-t-il. Entre loyer pour le site de Labarde et retombées fiscales, la centrale de Labarde devrait générer 370.000 euros de recettes par an sur les 35 ans de durée de vie programmée de la centrale en direction des collectivités locales concernées.

Deux autres centrales en développement, à Pessac et Blanquefort
JPee s’apprête à mettre en service deux autres centrales solaires sur le territoire de Bordeaux Métropole, elles aussi situées sur d’anciens centres de stockage de déchets. À Blanquefort, la centrale d’Arboudeau, réunira quelque 30.000 panneaux solaires, pour une puissance installée de 14 MW et une production de 17.500 MWh par an. La seconde, installée à Pessac, sur environ 6 hectares dans la zone du Bourgailh, produira 6.250 MWh par an. La mise en service de ces deux centrales est prévue fin 2022.

JPee
Fondée en 2004
120 salariés sur 6 agences (Caen, Paris, Nantes, Bordeaux, Montpellier et Bourges)
1850 MW de projets en développement

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