Placéco, Le média qui fait rayonner l’écosystème girondin

Toopi Organics veut implanter 20 unités de transformation d’urine d’ici 5 ans

Engagement
mercredi 08 juin 2022

Toopi Organics ambitionne de compter 250 salariés d'ici cinq ans. Ici, l'équipe devant le nouveau site de transformation. Crédits : Toopi Organics

La société Toopi Organics, qui recycle l’urine humaine pour la transformer en produit agricole, a récemment inauguré son premier site de production en Gironde. L’occasion, pour son président, d’afficher ses ambitions : un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros d’ici cinq ans, et une présence dans près de 80 pays.

Trois ans après sa création, l’entreprise girondine Toopi Organics vient d’inaugurer, à Loupiac-de-la-Réole dans le sud-Gironde, sa première unité de production. Un site qui lui permettra de produire annuellement 250.000 litres de ses produits. Car la jeune pousse, qui avait décroché une aide de l’ADEME de 3,8 millions d’euros en mars 2021, est spécialisée dans le recyclage et dans la valorisation de l’urine humaine. Plus précisément, elle récupère cette dernière, la traite, avant de l’utiliser comme support de culture pour différentes bactéries d’intérêt agricole. Toopi Organics, qui a commencé à collecter les urines via des laboratoires d’analyses ou des festivals, vise principalement les établissements recevant du public tels que le Futuroscope, Darwin ou le lycée de Créon, et a sécurisé 3 millions de litres par an.

« Nos solutions permettent de remplacer une partie des produits azotés, phosphatés et potassiques, mais aussi de réduire le stress environnemental et notamment hydrique, rappelle Michael Roes, cofondateur et président de Toopi Organics. Ce dernier élément est important, car il y a de moins en moins d’eau disponible pour irriguer les cultures, dans les sols, et il existe des bactéries qui permettent d’avoir un meilleur développement racinaire. Souvent, les produits le permettant sont peu utilisés car leur coût est élevé, alors que nous arrivons à en produire un et à le vendre à moindre frais. »

Pas encore d'autorisation de mise sur le marché française

L’entreprise a récemment obtenu plusieurs autorisations de mise sur le marché, notamment en Belgique et en Grèce et devrait décrocher d’ici peu l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. Quant à la France ? « On espère aussi, bientôt. Notre produit homologué dans les autres pays a été déposé en France il y a deux ans… L’innocuité totale pour l’homme et l’environnement a été reconnue, l’efficacité agronomique également… Mais aujourd’hui, on nous refuse l’autorisation de mise sur le marché car on nous dit qu’on ne sait pas identifier la bactérie que l’on vend. Alors qu’on a poussé les identifications jusqu’au génome, au niveau biochimique avec des experts », déplore Michael Roes. Pour accélérer le processus hexagonal, les équipes de Toopi Organics visent désormais la réglementation européenne, et espèrent décrocher une autorisation de mise sur le marché d’ici 2023.

En attendant de nouvelles avancées réglementaires, les ambitions de la société girondine, elles, sont affichées : implanter 20 unités de transformation d’ici cinq ans – dont un-quart en 2024, pour atteindre un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros et compter 250 salariés. En clair : compter un site par métropole, en ciblant pour l’instant les régions du centre et de l’est. « Dans les demandes entrantes de coopératives que l’on a reçues, celles ayant abouti le plus vite sont situées dans ces territoires », précise Michael Roes. Pour accompagner cette croissance, Toopi Organics devrait rassembler près de 15 millions d’euros d’ici la fin de l’année, entre une nouvelle augmentation de capital et des effets de levier bancaires. « Surtout, nous montons chaque unité en ‘joint-venture’ avec des coopératives agricoles qui investissent au capital, complète notre interlocuteur. Entre le foncier, le bâtiment et l’équipement, chaque site représente un investissement de 2 millions. »

Se déployer dans 80 pays

Pour Toopi Organics, tous les voyants – ou presque – semblent donc au vert. « Structurellement, on sait qu’on va manquer d’engrais minéraux, il y a de moins en moins de phosphate dans les mines, de gaz, de pétrole », énumère Michael Roes. Entre 2019 et 2022, le prix des engrais a ainsi quadruplé. « En plus, reprend notre interlocuteur, la situation environnementale est catastrophique concernant les rejets de CO2 et tout ce que l’on connaît. Nous portons une solution crédible, efficace, et qui est rentable sans financement des externalités positives. »

La R&D reste le principal budget de l’entreprise, qui compte y investir 6 à 7 millions d’euros dans les cinq ans à venir, pour finaliser l’ensemble de ses produits. « Pour le moment on reste focalisé sur le développement en France, mais d’ici deux ans, nous referons probablement une levée de fonds pour aller à l’internationale, complète Michael Roes. Même si nous avons une très forte traction aujourd’hui, chaque pays a ses propres spécificités. » Toopi Organics devrait répliquer son modèle dans près de 80 pays, situés notamment en Afrique, en Amérique du Sud ou encore en Asie.

Toopi Organics
Basée à Loupiac-de-la-Réole
22 salariés
CA : n. c. 

Sur le même sujet