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Nautisme : ADV Propulse prépare l’industrialisation de son alternative aux hélices

Demain
mardi 29 mars 2022

ADV Propulse vient de réunir 3 millions d’euros pour préparer la commercialisation d’un rotor biomimétique qui promet un rendement supérieur de 15% à celui des systèmes de propulsion par hélices. La société poursuit en parallèle, en partenariat avec des acteurs aquitains, les programmes de R&D qui doivent lui permettre de passer de la navigation de plaisance à des bâtiments de plus fort tonnage.

Dans son atelier de 150 m² situé à l’entrée du campus des Arts et métiers, à Talence, l’équipe d’ADV Propulse assemble, teste et ajuste un par un ses propulseurs destinés à l’univers nautique. Récemment, deux d’entre eux sont partis en direction de Toulon, pour une phase de test à bord des zodiac du centre d’expertise des programmes navals. « Avec ce propulseur, le bateau est capable de tourner de façon quasi instantanée, ça intéresse la marine nationale qui pourrait en équiper ses speed boats », fait remarquer Hervé Guillou, l’ancien PDG de Naval Group.

Aujourd’hui président du Comité stratégique de la filière des industries de la mer, il vient de participer, via son fonds Kerguelen Invest, au tour de table de 3 millions d’euros bouclé en deux temps par ADV Propulse. L’opération, qui associe également Aquiti Gestion, via le fonds NACO, doit permettre à la startup d’avancer vers l’industrialisation de son propulseur dit biomimétique, dans la mesure où il s’inspire de l’ondulation de la queue des poissons.

Un gain de rendement de 15%

En termes plus savant, le propulseur d’ADV Propulse prend la forme d’un rotor trochoïdal : un tambour positionné sur un axe vertical tourne en entraînant un jeu de pales, elles aussi verticales. Le fonctionnement rappelle à première vue celui du propulseur cycloïdal Voith-Schneider, mais ADV Propulse y ajoute la capacité à asservir l’inclinaison des pales en fonction de la rotation du rotor, de façon à créer un mouvement de godille qui participe à la fois à la propulsion et à la direction du bateau. « De cette façon, les pales ne travaillent jamais à l’envers, ce qui permet d’envisager de hautes vitesses, avec une vitesse de rotation plus faible que celle d’une hélice conventionnelle », explique Arnaud Curutchet, le fondateur et président d’ADV Propulse.


ADV Propulse promet ainsi un gain de rendement de l’ordre de 15% par rapport à celui d’un système à hélice, auquel s’ajoutent les optimisations rendues possibles par la suppression du safran. Son propulseur peut également faire office de générateur d’énergie quand le bateau se déplace grâce au vent, ce qui élimine la nécessité d’emmener un équipement dédié. Des promesses qui ont déjà séduit le navigateur Yves Parlier et sa société, Beyond The Sea, dont le catamaran SeaLab, embarquera deux des propulseurs d’ADV, utilisés en mode moteur pour les manœuvres et en hydrogénération lors des phases de traction par voile ou aile de kite.

Du prototype à la mise sur le marché

ADV Propulse prévoit à ce stade de décliner son propulseur, protégé par cinq brevets, sur trois segments de marché. D’abord, la plaisance, avec des moteurs capables de délivrer de 10 à 50 kW, pour des voiliers de 10 à 20 mètres. La commercialisation, opérée sous la marque SmartSail, débute en 2022, avec l’objectif affiché de réaliser de 3 à 4 millions d’euros de chiffre d’affaires dès l’année suivante. « Les petites puissances sont déjà naviguées, maintenant il faut les vendre », résume Jean-Louis Baritiu, directeur général d'ADV Propulse. Les premières commandes donneront lieu à une production en petite série, prémices d’une phase d’industrialisation pendant laquelle la startup devrait pouvoir compter sur le soutien continu des Arts et Métiers. « On espère pouvoir contribuer à la création de l’usine idéale, avec le soutien des bonnes startups régionale », promet Xavier Haubart, directeur de l’Ensam. Elle s’appuiera également sur l’Agence de développement et d'innovation de Nouvelle-Aquitaine (ADI N-A) pour la recherche d’un bâtiment dédié, dans le courant du deuxième semestre, et se prépare à solliciter un prêt supplémentaire de 200.000 euros auprès de Bpifrance.

ADV Propulse poursuivra en parallèle le développement de ses autres familles de moteurs. D’abord, une gamme positionnée sur des puissances de 50 à 150 kW, avec une embase hors-bord, sur laquelle la startup collabore déjà avec Louis Dreyfus Armateurs, dans le but d’équiper des navettes rapides dédiées à l’intervention sur un champs éolien off-shore. ADV vise ensuite, à horizon 2024, une gamme de propulseurs capables de développer jusqu’à 1MW. Destinés à des bâtiments à fort tonnage, ils font aujourd’hui l’objet de discussions préalables avec Naval Group.

En attendant, ADV Propulse a fort à faire pour démocratiser la promesse de son propulseur biomimétique et entraîner dans son sillage les chantiers navals susceptibles de l’intégrer soit dans de nouveaux projets de construction, soit dans une optique de rétrofit, afin de moderniser la propulsion d’un bateau existant. « Le système peut soit s’installer hors embase, à la façon d’un hors-bord, soit venir se poser sur un puits en composite. Dans ce cas, il n’y a que les pales qui dépassent de la coque, ce qui signifie qu’on peut s’affranchir de la ligne d’arbre qui freine le bateau, sans dépasser le tirant d’eau d’une hélice traditionnelle », fait valoir Arnaud Curutchet. ADV Propulse, qui réunit aujourd’hui 12 personnes, ambitionne de doubler ses effectifs d’ici la fin de l’année.

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