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Municipales : cette affiche qui a écœuré la droite (2/6)

Écosystème
lundi 14 septembre 2020

Discorde. La présence du Marcheur Thomas Cazenave aux côtés de Nicolas Florian sur l’affiche officielle du second tour a exaspéré une partie des militants et l’électorat de droite - photo Jean-Jacques Allevi)

L’image où les deux candidats apparaissaient ensemble a exaspéré une partie de l’électorat de Nicolas Florian.

Cet article est le deuxième volet d'une enquête exclusive sur le second tour des municipales à Bordeaux, marqué par la victoire surprise du camp Hurmic.

Sitôt l’alliance électorale nouée entre Nicolas Florian et Thomas Cazenave, les deux équipes de campagne se mettent au travail dans leur local commun de la rue Saint-Joseph à Bordeaux. Dans ces séances où les alliés se scrutent en permanence tout se négocie pied à pied. Le choix du titre du sous-paragraphe d’un tract peut être débattu des dizaines de minutes...

Dans ce contexte, l’affiche destinée à être placardée en ville et devant chaque bureau de vote est elle-même l’objet d’une discussion bien plus animée que prévue car le camp macroniste se montre là encore intraitable. « Ils voulaient que leur candidat occupe le tiers de l’affiche et ils voulaient créer un nouveau logo », raconte Patrick Espagnol, le directeur de campagne de Nicolas Florian.

Cette demande, Tanguy Bernard, le directeur de campagne de Thomas Cazenave, la confirme et la détaille pour Placéco : « Nous tenions à ce qu’une règle arithmétique soit rigoureusement appliquée. Nous pesions un tiers des résultats électoraux et donc nous avons évidemment demandé à occuper un tiers de l’affiche ».

Âpres négociations

L’équipe de Nicolas Florian qui n’avait pas anticipé une telle exigence est déboussolée. Selon Patrick Espagnol, « les négociations ont été âpres ». Une version qu’Edwige Fondevila, chargé de la com’ des Marcheurs conteste : « Cela n’a pas été houleux du tout et nous avons construit cette affiche ensemble ». « Faux ! », proteste l’ex-adjoint (LR) Pierre de Gaëtan Njikam qui enfonce le clou : « Cette affiche nous a été imposée par LREM et nous n’avons pas eu notre mot à dire ». Tanguy Bernard, lui, reconnaît que si « la présence de Thomas Cazenave a été discutée, elle n’a finalement pas posé de problème ». Alors qui dit vrai ? On n’en saura pas plus.

Quoi qu’il en soit, le maire sortant est contraint de partager son affiche avec son nouvel allié. Du jamais vu ou presque dans la longue histoire des affiches électorales municipales. Reste alors aux équipes à organiser une séance photo dans les jardins de l’hôtel-de-ville et à composer l’affiche dont l’unique vocation est de relayer la fable du mariage heureux martelée à l’envi par les deux candidats. C’est l’agence bordelaise Bilto-Ortèga en charge de la campagne de Nicolas Florian depuis plusieurs mois qui est mandatée. Elle propose deux visuels. Le premier montre les deux hommes face à face. Projet refusé, car jugé trop guerrier par l’entourage des deux candidats. Le second qui positionne Nicolas Florian de face et Thomas Cazenave de profil est retenu.

Deux têtes de liste au lieu d'une

Sitôt sortie de l’imprimerie, l’affiche déclenche un tollé chez les militants LR, horrifiés de découvrir que leur poulain pose avec Thomas Cazenave. « Cette affiche a fait grincer bien des dents dans notre électorat qui considérait qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule tête de liste et pas deux », se souvient l’ex-adjointe (LR) Anne Brézillon. Cette dernière est loin d’être la seule à s’étonner. « Qu’est-ce que fait Cazenave sur l’affiche ? Qui est le maire sortant ? Florian ou lui ? », tempête une militante historique qui souhaite garder l’anonymat. Certains iront jusqu’à refuser de coller le placard de la discorde. Il faut dire que la photo choisie n’est pas à l’avantage d’un Nicolas Florian presque méconnaissable. « Il était fatigué, exténué par le travail accompli depuis la crise sanitaire », plaide Alexandra Siarri. D’autres militants LR remarquent aussi que Thomas Cazenave arbore un léger sourire et un regard malicieux qui leur laisse à penser que le macroniste savoure déjà le coup magistral qu’il vient de faire à son nouveau partenaire. Qu’en pense Nicolas Florian ? « Cette affiche était mauvaise mais dans le tourbillon du second tour ce n’était pas une priorité», estime-t-il après coup.

« On accepté de partager l’affiche par faiblesse. On a eu tort. On a cru séduire la partie de notre électorat égarée chez Cazenave. La morale de cette histoire d’affiche est que l’on ne gagne jamais à travestir ses valeurs », commente désormais Ludovic Martinez, ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé. Illustration supplémentaire - s’il en fallait une - des remous créés par l’alliance Florian-Cazenave. 

Cette série se poursuivra tout au long de la semaine. Prochain article :

Comment ils s’étaient déjà répartis les postes

Dans la même série

Florian - Cazenave, la fable du mariage heureux