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« Les commerçants ont besoin de solutions simples et rapides », estime David Ducourneau

Stratégie
mercredi 04 novembre 2020

Freinés en plein élan à l’approche des fêtes de fin d’année, les commerçants confinés cherchent des solutions pour éviter l’arrêt complet de leurs activités. Au sein de la Ronde des Quartiers, qui fédère 1400 commerçants et artisans bordelais, on appelle à la mise en place de solutions rapides et déployées à grande échelle. Les explications de David Ducourneau, secrétaire de l’association et par ailleurs PDG de l’enseigne spécialisée Sports Aventure.

Quel est l’état d’esprit des commerçants face à ce nouveau confinement ?

David Ducourneau : L’annonce a été très subite, y compris pour le gouvernement, et personne n’était vraiment prêt à aller aussi vite au reconfinement total. Il en découle une grande détresse pour les commerçants, quelle que soit leur taille. Le sentiment est d’autant plus fort que la fermeture intervient sur une période d’activité particulièrement cruciale.

Face à l’urgence, voyez-vous émerger des solutions viables et généralisables pour la poursuite d’activité ?

Pour l’instant, on ne voit pas grand-chose de concret se mettre en place, la principale problématique étant la mutualisation des initiatives de soutien aux commerçants. La ville de Bordeaux essaie de mettre des choses en place, la métropole y travaille aussi, tout comme la région, mais les initiatives se font de façon diffuse, il n’y a pas vraiment de solution adaptable facilement qui émerge. On essaie donc d’imaginer des solutions susceptibles d’être portées au niveau national, notamment par l’intermédiaire de la CAMF (Association des Commerçants et Artisans de France), qui représente plus de 10 000 commerçants.

Une idée toute simple, déjà en discussion au plus haut niveau de l’Etat, serait d’autoriser les commerces non essentiels à ouvrir uniquement sur rendez-vous, avec un partenaire technologique pour assurer la prise de rendez-vous en ligne, mais sa mise en place aurait un impact sur le protocole sanitaire donc on ne sait pas si ça sera applicable. En attendant, il faut travailler à des solutions plus simples autorisant à la fois la prise de contact et le paiement, pour que des commerçants qui ne sont pas numérisés puissent facturer par mail ou par mobile et expédier leurs produits ou proposer le retrait en click and collect.

Faut-il partir vers les fameuses marketplaces dont on entend tant parler en ce moment ?

Nous sommes sollicités à ce sujet : est-ce que je dois me lancer sur une place de marché ? La réponse n’est pas évidente, il faut vraiment réfléchir au coût d’accès à ces outils. Pas uniquement le coût affiché, qui en ce moment est souvent gratuit, mais surtout le coût en temps et en traitement, sans oublier la potentielle dépendance qui va se créer, à plus forte raison pour des commerçants qui souvent ne disposent même pas d’une gestion numérique de leurs stocks.

Le métier du commerçant, c’est avant tout de commercer. Pour ça, il a besoin de pouvoir garder le contact avec son client, présenter ses produits, se faire payer et livrer d’une façon ou d’une autre. C’est pour ça que nous essayons de pousser des solutions simples, qui soient le plus clair possible pour les commerçants et applicables au niveau national. Et nous espérons que les choses se décantent rapidement. Plus tard la solution sera mise en place, et plus les risques d’encombrement lors du déconfinement seront importants, dont mieux vaut lisser au maximum dans le temps les contacts, en étant peut-être plus drastique sur les règles sanitaires, même si elles étaient déjà appliquées. Nous ne prenons pas la fermeture de nos commerces comme une punition mais comme un effet collatéral que nous essayons de traiter, tout en sachant que les clusters ne se forment pas dans les petits commerces.

Les aides allouées aux commerçants sont-elles suffisantes pour envisager une reprise sereine à l’issue du confinement ?

Il y a eu beaucoup d’annonces, notamment l’aide de 10 000 euros par mois qui nous semble répondre aux besoins des petits commerçants, puisqu’il s’agit tout de même d’une somme conséquente. En revanche, elle est très loin de suffire pour des entreprises qui emploient des salariés et font face à des charges conséquentes, surtout dans des secteurs qui font presque la moitié de leur chiffre d’affaires annuel sur la fin de l’année. Le PGE devrait donc être appuyé, surtout qu’il a été distribué sur des volumes qui ne correspondaient pas forcément à 25% du chiffre d’affaires, ce qui signifie qu’il reste des poches à activer. Ça reste une solution d’endettement qui soulève d’autres contraintes, mais chaque problème en son temps, la priorité est de sauver la trésorerie.

Ensuite, derrière ce volet frontal qui consiste à savoir comment on poursuit notre métier, il faut réfléchir à l’ensemble de la chaîne de valeur. Tous les fournisseurs n’ont pas été atteints par la première crise, puisqu’ils avaient déjà vendus leurs stocks au moment de mettre en pause l’activité. Cette fois, soit les commerçants étaient en train de s’achalander, soit ils ont déjà des dettes énormes, et il n’est pas dit que leurs fournisseurs puissent les accompagner. La crise risque donc d’avoir des répercussions de bout en bout, jusqu’à l’industriel qui produit ou importe. C’est en tout cas un point d’alerte qu’on a fait remonter à Bercy.

A titre plus personnel, comment Sport Aventures gère ce nouveau confinement ?

Nous avons bien sûr fermé nos boutiques puisque nous ne sommes pas considérés comme un commerce essentiel. L’e-commerce, qui représente environ la moitié de nos activités, tourne à plein, mais nous aurons demain un sujet sur le contenu de nos activités, puisqu’il n’est pas dit que les gens aient en tête de partir au ski et renouveler leur équipement. Nous avons donc la moitié de l’activité à l’arrêt, des charges qui continuent, et le risque d’un impact fonctionnel lié à la nature de notre commerce. Dans ce contexte, est-ce que je dois continuer à prendre du stock et faire mon activité de commerçant, au risque de ne pas pouvoir payer mes fournisseurs, ou au contraire ne pas prendre de stock en sachant que je serai alors sûr de ne pas faire de commerce ? Le pilotage est complexe et l’inquiétude est forte. C’est pour cette raison qu’il faut mobiliser toutes les forces publiques et privées pour trouver des solutions d’envergure nationale.

La ronde des quartiers
Tél : 05 56 81 12 97

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