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Artigues : l’ESAT Descartes se lance dans le réemploi

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lundi 19 décembre 2022


L’établissement de service d’aide par le travail (Esat) Descartes, historiquement positionné sur la sous-traitance industrielle, structure une nouvelle verticale autour de la réparabilité de petit électroménager. Un atelier qui permettra à ses travailleurs, en situation de handicap, de développer de nouvelles compétences.

À Artigues-près-Bordeaux, depuis 1974, l’établissement de service d’aide par le travail (ESAT) Descartes, accompagne des personnes en situation de handicap, par l’insertion professionnelle. L’établissement, géré par l’association Edéa, peut accueillir jusqu’à 170 travailleurs, et compte 35 salariés. « Les missions ont rapidement porté sur de la sous-traitance industrielle, ce que nous poursuivons aujourd’hui », présente Sandrine Méjean, directrice de l’établissement. Plusieurs verticales constituent l’activité de l’entreprise, dont une, historique : la sous-traitance pour le secteur des vins et spiritueux. Conditionnement, préparation de coffrets, pose d’étiquettes ou export, ce pôle représente 30% de l’activité de l’établissement. « Nous comptons parmi nos clients Marie Brizart, le groupe Pernod-Ricard ou Cacolac pour son vin en cannettes », déroule Soumia Ayachi, responsable de production à l'ESAT. Trois autres segments d’activité sont également travaillés : le conditionnement et la préparation de commandes « divers et variés » (40% de l’activité), la métallerie avec des clients comme ArcelorMittal, ou l’électronique. « Nous sommes dans les conditions d’une entreprise classique, nous tenons les délais et la qualité – voire nous faisons mieux, insiste Soumia Ayachi. Notre travail, c’est de répartir les productions pour que tous les travailleurs, quel que soit leurs problèmes de santé et leur niveau, accèdent aux différentes productions. »

Être ancrés dans la réalité du quotidien

Si l’ESAT ne communique pas sur son chiffre d’affaires, sa directrice insiste : « Parfois, on est perçu comme une concurrence déloyale par d’autres sous-traitants. On le serait, si on était sur des prix inférieurs à ceux du marché. Notre mission première n’est pas de générer du chiffre d’affaires, mais d’assurer un outil de travail aux personnes que l’on accompagne, mais nous ne dévalorisons pas leur travail, et nous ne vendons pas leurs prestations au rabais. »

Les travailleurs, lorsqu’ils intègrent l’ESAT, sont accompagnés dans un projet personnalisé. Ici, le maître-mot est l’autodétermination. « On travaille beaucoup sur les rêves, reprend Sandrine Méjean. Souvent, on pense à des choses irréalisables, mais certaines sont parfaitement atteignables. Comme apprendre à lire et à écrire, être animatrice dans une maison de retraite… Ou même voyager en Australie. Or, pour acheter un billet d’avion, que faut-il ? De l’argent. Et donc, avoir un salaire, un bulletin de paye. » Ensemble, travailleurs et accompagnants définissent des besoins et des objectifs, pour développer, par exemple, les habilités sociales ; tout en étant ancrés dans la réalité du quotidien. « On est à côté d’eux, mais on ne décide pas pour eux », martèle Sandrine Méjean.

Découvrir et apprendre de nouvelles compétences

Durant plusieurs mois, l’ESAT Descartes a expérimenté une diversification de son activité autour du réemploi de petit électroménager, d’hi-fi et de multimédias. Une activité qu’elle renforcera officiellement dès janvier, portée par Soumia Ayachi : « La réparabilité d’objets s’inscrit dans une démarche d’économie sociale et solidaire à laquelle nous voulons participer. Le temps d’expérimentation a permis aux travailleurs de s’y intéresser, de découvrir les différents ateliers – nettoyage, réparation, récupération des pièces -, et de choisir lesquels les intéresse », explique la responsable. Les objets sont collectés via des dons ou des partenariats avec des déchetteries, puis sont, dans la mesure du possible, remis en état de marche. Ensuite, des ventes « one shot » sont organisées pour remettre les produits dans le circuit.

« En 2023, nous ouvrirons une boutique nommée "La Fabrik", ici à l’ESAT, annonce la directrice. Ce sera un espace ouvert sur l’extérieur, dans lequel nous vendrons les productions des différents ESAT de l’association. » Ce lieu de vente permettra surtout aux travailleurs de Descartes de s’essayer à la relation client, au commerce et à l’accueil. « J’aimerais aussi qu’on arrive à développer une sorte de camion-boutique ambulant, pour proposer du petit électroménager à moindre coût, aux étudiants des campus bordelais, rêve Soumia Ayachi. Pour que les plus précaires d'entre eux puissent s’acheter un micro-onde, un grille-pain. »

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