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Franck Allard (Medef) : « Je ne suis pas pour une économie sous perfusion perpétuelle »

Écosystème
mercredi 27 avril 2022

Franck Allard, président du Medef Gironde. Crédits : F. A.

Quelques jours après la victoire d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, plusieurs grands chantiers gouvernementaux se dessinent pour les mois à venir. De la réforme des retraites au projet de « dividende salarié », le président du Medef Gironde Franck Allard fait un point sur les priorités qu'il juge nécessaires pour les entreprises françaises.

Quelques jours après le second tour de l’élection présidentielle, comment accueillez-vous la réélection d’Emmanuel Macron ?
D’abord, on a évité le pire et c’est toujours bien. Et puis, on est dans la continuité. En tant que président du Medef Gironde, je n’ai pas à prendre de position politique, mais il faut reconnaître qu’Emmanuel Macron a fait jusqu’à maintenant un parcours à l’intention des entreprises, sans ou avec très peu de fautes. Ensuite, il y a quand même des sujets d’importance aujourd’hui comme l’économie, car on va traverser une crise difficile avec l’inflation qui revient, et la guerre aux portes de l’Europe. Il y a aussi un front de refus en France qui risque de perturber le pays, et par moment j’en comprends les raisons. L’évolution du coût de la vie qui a fortement augmenté par exemple – il y a toute une partie de la population qui est en souffrance, il faut gommer cela petit à petit mais ça ne se fera pas du jour au lendemain.

Quelles sont, pour vous, les priorités à mener en matière d’économie ?
C’est une relance perpétuelle de l’économie qui doit se faire, car on va un peu de crise en crise. Il y a un sujet qu’Emmanuel Macron a relancé et qui me semble indispensable, avec une vision un peu différente – c’est le problème des retraites. Quoi qu’on fasse, on devient rapidement clivant, mais plutôt que de mettre en avant l’âge de départ à la retraite, je pense qu'on aurait dû insister sur la durée des cotisations. Les gens qui ont commencé à travailler jeunes, souvent dans des métiers pénibles, ont peut-être un âge de départ à la retraite différent de ceux qui ont cotisé moins longtemps, et qui se surcroît ont été bien souvent dans des travaux moins pénibles. Je crois qu’Emmanuel Macron est en train de prendre conscience qu’on ne peut pas mettre tout le monde sur la même ligne d’arrivée, quand tout le monde n’a pas été sur la même ligne de départ.

Soutenir les entreprises affectées par la guerre

Autre chantier que veut lancer Emmanuel Macron dès cet été, c’est l’obligation, pour les entreprises enregistrant de bons résultats, de verser un « dividende salarié ». Qu’en pensez-vous ?
La participation, nous avons déjà tous fait ça dans nos entreprises. Si je prends l’exemple de ma société [NDLR, Filhet-Allard], c’est important car pour les bas salaires cela représente environ deux mois de salaire, et pour les hauts salaires, un mois. C’est une forme d’intéressement, finalement, même si on ne l’applique pas officiellement à cause de plusieurs contraintes. Il y a quelque chose qui ne me plaît pas, moi personnellement dans l’intéressement, c’est que pour les entreprises de plus de 250 salariés, le prélèvement de l’Etat est de 20 % alors qu’il ne travaille pas dans l’entreprise. Je ne vois pas pourquoi il toucherait 20% de ce qu’on verse à nos salariés. Ensuite, c’est vrai que nos entreprises aujourd’hui doivent travailler de manière transparente. C’est ce qu’on essaye de faire à travers des relais comme le CSE qui est parfaitement informé des résultats de l’entreprise.

Certains élus du monde économique appelle au maintien de certaines aides, tant que la guerre ukraino-russe n’est pas terminée et pénalise des entreprises françaises. Qu’en pensez-vous ?
Tout dépend des cas. Bien sûr qu’il faut soutenir les entreprises, car derrière ce sont des emplois. Mais il ne faut pas non plus tomber dans une économie étatique. Regardez ce qu’il s’est passé avec le Covid-19, on a soutenu artificiellement des entreprises qui étaient déjà en difficulté. Aujourd’hui alors qu’il n’y a plus d’aides, des sociétés sont en train de tomber car elles n’ont pas la capacité d’être autonomes, ont peu ou pas de fonds propres. Je pense qu’il vaut mieux une économie solide qu’une économie soutenue. Les mesures fiscales qui ont été prises par le gouvernement, la baisse de la taxation des résultats des entreprises etc… Tout ça était une excellente chose, car ça nous a permis de reconstituer nos fonds propres. Mais je suis plus pour une économie libérale que pour une économie sous perfusion perpétuelle de l’Etat. Vous savez, nous les entrepreneurs, nous sommes des gens indépendants. Nous dépendons déjà beaucoup de nos salariés et c’est normal, de nos actionnaires, du gouvernement… Donc plus on a les mains libres, et plus on a la capacité de faire fonctionner nos entreprises.

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