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Régionales : G. Darrieussecq prône un développement économique « cousu main »

Écosystème
mercredi 16 juin 2021

Geneviève Darrieussecq - photo Maxime Gautier

Ancienne conseillère régionale et maire de Mont-de-Marsan, aujourd’hui ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, Geneviève Darrieussecq porte la liste LREM / Modem aux élections régionales. Pour Placéco, elle revient sur sa vision de la gouvernance régionale et ses principales propositions en matière de développement économique.

Votre premier engagement de campagne concerne la proximité entre la Région et les territoires, pourquoi et comment feriez-vous évoluer sa gouvernance ?
Plusieurs éléments concourent à cette réflexion. Le premier, c’est que j’ai été maire et présidente d’agglomération, sous l’ancienne Aquitaine comme avec la Nouvelle-Aquitaine, et j’ai vu qu’avec la grande région nous avions encore perdu en proximité, en relais avec les services et en soutien de conseil. Deuxième élément, j’ai beaucoup interrogé les élus locaux et les entrepreneurs. La majorité décrit une gouvernance très éloignée des territoires, des difficultés à s’approprier les politiques du conseil régional, et pour ce qui est des TPE et PME, une absence de capacité à remplir les dossiers de la région, qui les amène à renoncer à demander des aides. Tout ça est bien entendu contre-productif.

Je crois que la région doit être un soutien indéfectible de tous ces acteurs. Je souhaite qu’il y ait une maison des régions dans chaque département, avec des cadres et de l’ingénierie, pour permettre à tous d’avoir une réponse immédiate. Il faut faciliter les dispositifs de la région, mais aussi en faciliter l’accès. D’autre part, je souhaite qu’il y ait dans chaque département un véritable conseil de développement avec les élus locaux, des maires aux représentants du département, afin de pouvoir construire ensemble les politiques d’aménagement du territoire. Nous avons vraiment besoin de ce maillage serré, de ce cousu main. La région édicte des grands cadres réglementaires, mais c’est sur le terrain que ça se met en œuvre ! je souhaite donc que nous venions en complémentarité les uns des autres, en fonction de nos compétences, et que nous construisions ensemble ces solutions à mettre en œuvre localement.

Il existe pourtant la Conférence territoriale d’action publique ?
Oui, qui est dans la loi. Mais j’y ai participé. Vous rentrez dans l’hémicycle à Bordeaux, on vous passe des présentations, il y a quelques prises de parole et vous rentrez chez vous, ça n’est pas de la co-construction fine. Je veux une vraie articulation entre les territoires, je pense que c’est une vraie réponse à beaucoup de problèmes de fracture sociale et territoriale.

Ces futures maisons des régions auraient-elles un véritable pouvoir de décision ?
Je souhaite qu’il y ait un pouvoir de décision en local, au moins pour des dossiers qui ne demandent pas d’arbitrage complexe. Et dans la lignée de la loi 4D portée par Jacqueline Gouraud (pour décentralisation, déconcentration, différenciation et décomplexification, ndr), il sera aussi possible de déléguer certaines compétences ou d’expérimenter de nouveaux modes d’intervention, impliquant par exemple les départements, qui ont été privés de la compétence économique.

Au-delà de la gouvernance, vous prônez un meilleur équilibrage des forces économiques à l’échelle de la région, touchée par le fameux phénomène de métropolisation, comment procéderiez-vous ?
La métropolisation est une tendance lourde, qui ne concerne pas que la Nouvelle-Aquitaine. Nous avons besoin de métropoles puissantes et attractives comme Bordeaux, mais nous commençons à en éprouver les limites, avec la multiplication de trajets domicile travail de plus en plus long, un éloignement des salariés de plus en plus importants, une dégradation de la qualité de vie et un impact environnemental qui mérite que l’on modère les choses. Nous avons la chance, en Nouvelle-Aquitaine, d’avoir des villes moyennes de grande qualité. Il y a bien sûr les anciennes capitales de région, mais regardez Brives, Périgueux, Agen, Dax, Mont-de-Marsan, Pau, Saintes. Il faut donc faire en sorte qu’elles soient le mieux reliées entre elles, avec une mobilité intra régionale de qualité pour favoriser les échanges, leur développement économique et l’implantation d’activités à valeur ajoutée. Il faut donc que la région participe à l’aménagement routier, ce qu’a toujours refusé Alain Rousset, mais aussi bien entendu renforcer les voies ferrées entre ces villes, en commençant par les grands engagements déjà signés dans le cadre du plan de relance et de la convention signée avec le ministère des transports sur la desserte fine. L’enjeu est là, créer ce maillage, à l’échelle d’une région dont les dimensions rendent la tâche difficile, mais encore plus impérative, en sélectionnant le mode de transport le plus pertinent et le plus utile aux populations comme à l’économie. Il faut en parallèle favoriser le développement de l’offre de formation dans ces villes, soutenir le développement des TPE et PME, et soutenir le développement des réseaux de santé. Il ne faut pas oublier qu’une ville de 5.000 habitants dans les Landes est déjà une ville moyenne, et donc un pôle de développement pour son territoire.

Quelle est votre position sur les grands projets structurants tels que la ligne Pau-Canfranc ou, bien sûr, la LGV vers Toulouse et Dax ?
La région a déjà mis 120 millions d’euros pour un tronçon de la ligne Pau-Canfranc qui n’est quasiment pas utilisé, ça n’était clairement pas une priorité. Je préfère re-flécher l’argent vers des opérations de maillage des villes moyennes. Sur la LGV, je ne dévie pas de ligne, j’ai toujours été favorable à cette infrastructure, et je le suis toujours, parce que contrairement à ce que disent les écologistes, elle améliore le bilan carbone parce qu’elle contribuera aussi aux transports du quotidien grâce aux TER rapides. Quand vous aurez Agen à 30 minutes de Bordeaux, les choses seront différentes. Elle permettra également de développer le fret, ce qui est impossible sans développer de voie nouvelle. Elle facilitera enfin la réalisation du RER métropolitain à Bordeaux, en traitant le problème du bouchon ferroviaire au sud de Bordeaux. Le premier ministre a mis 4 milliards d’euros sur la table pour que ce projet se fasse, il faut saisir cette opportunité.

En matière de développement économique, la région travaillait jusqu’ici dans une logique de filière, êtes-vous favorable à ce modèle ?
Réunir les acteurs économiques d’un même domaine permet de faire émerger de l’activité, de la recherche et de l’innovation, je ne remets pas en cause cette logique. Nous avons dans la région des filières fortes, l’aéronautique, l’agriculture, le vin, le tourisme, le bois, le numérique qui accélère et d’autres, mais il nous manque en revanche un vrai marqueur régional. Rennes par exemple s’est emparée de la cybersécurité. C’est pour ça que je parle de robotique. C’est une filière qui regroupe de nombreuses activités, et je crois que nous avons tout un écosystème à créer, avec un lycée de la robotique, un enseignement spécialisé à créer à l’université, etc. Il faut donner un corps à tout cela, et pas forcément dans un endroit précis. Aérocampus est une belle réalisation, mais le sujet impose une proximité géographique, alors qu’avec la robotique, vous pouvez déployer des choses dans chaque département. Je veux vraiment qu’on créée cette filière robotique, et que la région devienne leader dans ce domaine qui participera à notre souveraineté, et répondra à nos besoins aussi bien dans l’industrie que dans les hôpitaux, l’agriculture ou dans l’accompagnent des personnages âgées et du handicap.

La région abrite pourtant déjà un cluster dédié à la robotique ?
Ça n’est pas suffisant, parce qu’il manque le volet formation. Il y a, compte tenu de l’écosystème existant et des pépites que nous avons déjà, la possibilité de construire une grande Robotic Valley avec une visibilité et une puissance à l’échelle européenne.

Parmi les différents outils de soutien aux entreprises dont dispose la région, vous proposez une mesure visant à faciliter l’accès au foncier, pourquoi ?
Alain Rousset a toujours refusé d’aller sur le terrain du foncier d’entreprises. Les communautés de communes ou d’agglomérations ont besoin d’aide pour accueillir les entreprises, qui leur demandent la construction de locaux et l’accès en location. On ne peut pas laisser des projets de développement quitter le territoire parce que la communauté de communes n’est pas en capacité de porter seule ce sujet. La région doit pouvoir aider, parce que c’est un enjeu majeur de l’attractivité d’un territoire pour une entreprise, avec des bénéfices pour l’ensemble de l’économie locale. Là aussi, c’est mon expérience de maire qui parle, c’est difficile de réaliser du foncier d’entreprise sans soutien de la région.

Plusieurs de vos adversaires évoquent la nécessité de conditionner les aides aux entreprises à des objectifs d’emploi ou de transition écologique, quelle est votre position sur ce sujet ?
Nous avons la responsabilité de l’argent public, et donc de son investissement à bon escient, avec des règles de bon sens. Deuxièmement, il faut mettre les bons curseurs, et pour moi le bon curseur, c’est l’emploi, à commencer par l’apprentissage et l’alternance, qui doivent devenir incontournables, en plus bien sûr de ne pas polluer l’environnement. Deuxièmement, il faut simplifier les règlements, parce que beaucoup de ces règlements sont des machines à exclusion. Je ne veux plus entendre d’entrepreneurs me dire qu’ils préfèrent se passer d’aides de la région parce que le dispositif est trop complexe. Il faut que nous soyons dans le soutien à l’investissement, quelle que soit la taille de l’entreprise, parce qu’une entreprise qui n’investit pas est une entreprise qui sera bientôt en difficulté.

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