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Entreprises à impact : trouver l’équilibre « entre l’engagement et le modèle économique »

Écosystème
mercredi 06 avril 2022

Céline Wienhold, coordinatrice de la pépinière ; et Juliane Gagnier, responsable communication. Crédits : MB

La pépinière Le Campement accompagne 22 jeunes pousses sur la thématique du développement durable et de l’innovation d’usage. Mais lorsqu’on dirige une entreprise à impact, les problématiques rencontrées ne sont pas forcément les mêmes que pour une entreprise « classique ». Céline Wienhold, coordinatrice de la pépinière, nous partage son analyse du sujet.

De manière générale, quel est le premier sujet auquel une entreprise à impact est confrontée ?
Tout d’abord, dire « on est une entreprise engagée, à impact », veut tout dire et rien dire. C’est devenu un tel mot fourre-tout qu’il faut souvent éclairer les sociétés qu’on accompagne. Comment passer d’une raison d’être à un modèle de développement, tout en restant aligné avec ses valeurs ? Notre rôle est de poser les différents éléments sur la table, de voir si l’entrepreneur va plutôt se retrouver dans un modèle d’économie sociale et solidaire [NDLR, ESS], de certification BCorp, ou d’entreprise à mission, ou aucune de ces spécificités… Pour choisir une voie entrepreneuriale qui correspond. Ensuite, il y a la question de l’équilibre entre l’engagement et le modèle économique. Une entreprise commerciale « classique » va focaliser son attention sur le fait de répondre à un besoin, pour générer de la valeur et de la rentabilité. Une entreprise engagée va chercher à équilibrer ses valeurs et cette rentabilité ; et parfois ce sont des modèles difficiles à trouver. Nous devons les inciter à faire des choix, à se repositionner. Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre.

On le constate lorsqu’il s’agit d’entreprises qui produisent en France, parfois la réalité des coûts est différente de la théorie…
Oui, pour certains projets, on constate des problématiques assez classiques de coût de revient plus élevé, effectivement. Et donc, il peut y avoir des difficultés à se positionner sur un marché. Fabriquer en France, faire des choix de conception pour éliminer certaines matières premières polluantes, peut avoir un surcoût. Il faut aller dans des réseaux de distribution spécifiques, ne pas dépasser certains prix de vente, et vu les quantités produites au début d’une activité, ce n’est pas toujours compatible. Concrètement, ça peut être l’une des difficultés rencontrées par nos entrepreneurs. Notre rôle, là-dedans, c’est de réfléchir avec eux à un passage à échelle, un positionnement qui permet de trouver des solutions.

Et toutes les entreprises que vous accompagnez ne réussissent pas forcément à trouver ces solutions…
Oui, ça arrive et c’est normal. En France, on stigmatise beaucoup l’échec entrepreneurial, c’est très culturel. Or, le choix d’entreprendre induit la possibilité de ne pas réussir car c’est risqué. Créer une entreprise de rien et trouver un modèle économique pérenne avec peu de moyens, c’est difficile, encore plus sûrement pour les entreprises à impact.

« On voit une évolution vers l'investissement à impact »

La recherche de financements est-elle plus compliquée, pour les sociétés que vous accompagnez ?
Je pense qu’il y a un mouvement vers le financement d’entreprises à impact, ou vers l’intégration de dimensions ESS par des financeurs publics ou privés. Mais cela reste assez marginal, concernant le privé. Ce qui est difficile, c’est de fédérer des investisseurs qui pourraient financer leurs projets, mais qui sont sur des logiques de retour sur investissements ne correspondant pas toujours avec ce qui est possible dans un projet engagé. Nos entrepreneurs sont souvent sur des temps de développement plus long que des startups, qui elles vont chercher beaucoup d’argent pour accélérer leur croissance. La croissance n’est, pour les entreprises engagées, pas une finalité en soi ; mais sert l’idée d’avoir un impact et de le démultiplier.

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Néanmoins, on voit une évolution vers l’investissement à impact qui se développe, qui évolue, et c’est notre rôle de le comprendre pour orienter au mieux nos entreprises. On travaille par exemple en partenariat avec la Nef, une banque qui finance les entreprises engagées. Je pense qu’il y a un vrai sujet. Toutes les entreprises devront intégrer des dimensions sociales et environnementales dans leur modèle, contraintes ou volontaires. Aujourd’hui, on est encore dans le volontaire, donc il y a beaucoup d’entrepreneurs qui s’engagent mais aussi beaucoup de greenwashing. La RSE devient un enjeu de société, et tout le monde se pose de plus en plus de questions – certains avec plus d’authenticité que d’autres.

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