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Élections régionales : quels enjeux économiques en Nouvelle-Aquitaine ?

Écosystème
mardi 13 avril 2021

La façade de l'hôtel de région de Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux - Crédits photo Adobe Stock OceanProd

Après des semaines d’interrogation et une grande consultation auprès des maires de l’Hexagone, le Premier ministre Jean Castex défendait le 13 avril le maintien des élections régionales en juin prochain, en les décalant d’une semaine (soit les 20 et 27 juin). Quels sont les enjeux de ce scrutin en Nouvelle-Aquitaine ? Comment les acteurs économiques appréhendent-ils ces élections et qu’en attendent-ils ? Tour d’horizon.

« Il faut replacer ces élections dans le cadre de la loi Notre, précise en préambule Jean-François Clédel, président de la CCI Nouvelle-Aquitaine. Elle confère désormais la compétence économique aux Régions de manière exclusive. Les acteurs économiques c’est-à-dire les entreprises, et les acteurs qui accompagnent le développement économique, comme les CCI, doivent désormais tenir compte de cette réalité. » Selon lui, ce changement est un élément déterminant à prendre en compte, loin des positions électoralistes tenues par le passé. « Il ne s’agit plus de voter pour tel ou tel candidat parce que l’on est de gauche ou de droite. Il s’agit de se poser une question : "les listes qui se présentent ont-elles une appétence pour l’économie ?" Cela peut être, j’en conviens, cornélien pour des chefs d’entreprise. »

Du côté du Medef Gironde, son président Franck Allard est avant tout attentif à l’organisation de ces régionales. « Ces élections sont très importantes et je ne souhaite pas qu’elles soient bâclées, martèle-t-il. Certaines entreprises vont sortir de cette crise dans un état catastrophique et il va falloir les aider à préserver leurs emplois, leur activité. Je ne souhaite pas que l’on reste aux taux de participation que l’on a connu pour les mandats précédents, il faut voir comment les électeurs vont pouvoir se déplacer, comment la campagne va pouvoir nous permettre de faire un choix. »

L’industrie au cœur des élections

« Le premier enjeu de ces élections régionales et la relance de l’économie », réfléchit à son tour Marc Prikazsky. Le PDG de Ceva Santé Animale, également président du Club des ETI de Nouvelle-Aquitaine, fait partie des signataires de "l'appel du 22 mars" qui soutient la candidature l'Alain Rousset. « On constate que l’activité industrielle est mieux développée dans notre région qu’ailleurs. Notamment au travers des entreprises de taille intermédiaire, on s’aperçoit que l'on a une certaine résilience. Mais nous vivons dans un monde concurrentiel et c’est celui qui va le plus vite qui gagne. » Maillage du territoire, création de liens entre les entreprises : « Il faut de l’entraide pour repartir ensemble, et ressortir plus forts de cette crise. »

Jean-François Clédel, lui, attend beaucoup des prochaines têtes de listes. « Le président actuel de la Région, Alain Rousset, est très sensible à l’économie, à l’industrie. Aujourd’hui je pense qu’il incarne une politique de soutien à ce secteur. En tant que l’un des représentants du monde économique, j’attends des autres chefs de file candidats qu’ils se positionnent aussi clairement sur le sujet. »


En 2015 le taux de participation au second tour des élections régionales était de 58,41%. - Crédits photo Adobe Stock Olivier-Tuffé

Une élection à court puis long terme

« Ces élections interviennent en pleine crise économique, reprend le président du Medef Gironde. Nous devons conserver la compétitivité de notre territoire, qui passe par la bonne santé de nos entreprises. Il faut les aider, cela a déjà coûté de l’argent et ça en coûtera encore. Notre région est attractive et les élections régionales doivent aborder cet enjeu à plus long terme : comment continuer de la rendre attractive ? »

Pour Marc Prikazky, l’enjeu du scrutin de juin prochain se place également sur deux temps. Sur la crise actuelle, que l’on vit en 2021, avec comme épée de Damoclès la relance de l’économie. « La future liste élue à la présidence de la Région devra se faire passeur, entremetteur pour permettre cela. » Dans un second temps, les sujets sociétaux et environnementaux devront selon lui être prépondérants. « Pour moi l’idée que l’on va remplacer la mondialisation par du local, regagner notre souveraineté, est un faux débat. Nous avons besoin de plus de local, oui. Mais on ne va pas tout recréer dans notre région, cela poserait des problèmes de coûts et de délais ! Je pense que les politiques, le futur président de Région devront dire "voilà les combats que l’on a choisi de mener". Cela peut être sur les énergies, la santé, la biotech, l’alimentation ou encore la silver économie… »

Laisser les territoires créer

Le président de la CCI Nouvelle-Aquitaine, lui, voit directement sur le long terme. Selon les prévisions de la Banque de France, le pays devrait sortir de la crise actuelle d’ici 2022 ou 2023, et Jean-François Clédel veut raisonner sur toute l’échéance de la mandature. « Dans cette crise nous avons vu que la notion de souveraineté est devenue prééminente. Nous avons découvert que nous étions vulnérables sur plusieurs de nos productions. Je pense que c’est le fruit d’une politique hypercentralisée française, qui ne laisse pas la place à l’initiative territoriale, et qui limite la créativité de notre pays. Il faut que l’on permette l’expression de la créativité territoriale, dans tous les domaines ! Que ce soit scientifique, technique, industriel. » Selon lui l’innovation doit être favorisée, tout comme l’industrialisation.

« Il faut redonner des marges de manœuvre à nos régions, renchérit-il. Il faut que les candidats aux élections régionales s’engagent dans cette volonté d’avancer, de promouvoir une certaine autonomie des régions. Je ne cherche pas l’indépendance, mais qu’elles aient davantage de capacité pour décider de politiques adaptées à leur échelle. »

La ruralité, autre enjeu du scrutin ?

Alors que les villes grossissent d’année en année, des disparités apparaissent entre les grandes métropoles et les territoires plus ruraux. Pour le président de la CPME Gironde, Philippe Loiseau, les transports sont un enjeu majeur pour le développement de la région. « Nous devons pouvoir aller partout facilement ! Que les entreprises aient envie de s’installer à la campagne, c’est l’enjeu le plus important pour moi. Mais nous devrons faire attention à ne pas reproduire à la campagne ce que l’on a fait dans les villes : il faut étaler les emplois, les richesses et les logements. »

« Le modèle économique en Nouvelle-Aquitaine est assez équilibré, reprend Marc Prikazky. Mais on doit effectivement développer toute la région, y compris les territoires ruraux. C’est à mon sens un vrai sujet de discussion : quel modèle de Région voulons-nous, entre le rural et l’urbain ? C’est tout un modèle à inventer. »


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