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Comment la CRESS veut accompagner la « redirection écologique » des entreprises

Écosystème
vendredi 16 septembre 2022

La CRESS Nouvelle-Aquitaine a coconstruit le guide avec plusieurs acteurs du secteur. Crédits : CRESS NA

En juin dernier, la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire de Nouvelle-Aquitaine a publié un « guide de redirection écologique des entreprises ». Une boîte à outils qui met en lumière 9 thématiques, pour aider les dirigeants à faire évoluer leur entreprise. Explications avec Mélanie Thuillier, codirectrice de la CRESS régionale.

Pourquoi avez-vous créé ce guide, et comment l’avez-vous élaboré ?
Il est issu d’un échange entre la CRESS Nouvelle-Aquitaine et la Ville de Bordeaux. Cette dernière souhaitait qu’on travaille ensemble sur un outil, qui serve aux dirigeants d’entreprises traditionnelles, comme issues de l’économie sociale et solidaire. Pour répondre à une question de manière concrète, « comment avancer sur les enjeux de transition écologique ? ». Nous nous sommes donc rapprochés de nos membres ; d’acteurs locaux, comme Guillaume Michel de la société Du vert dans les rouages ; et nous avons également fait appel à Alexandre Monin, qui dirige le master Sciences Strategy and design for the anthropocene.

Vous insistez sur le terme « redirection », et non pas transition. Pourquoi ?
Jusqu’au printemps dernier, on parlait effectivement de transition écologique, comme beaucoup de personnes. Mais en construisant ce guide, on s’est rendu compte qu’on n’est plus, aujourd’hui, dans une logique de transition. Mais de redirection de l’activité des entreprises, au regard des enjeux environnementaux. On n’est plus dans le « on change nos habitudes », mais dans une autre réalité. Il faut se dire, « on arrive à la limite de certaines choses, comment penser et rediriger nos activités économiques ? ». Car demain, certaines ressources ne seront plus présentes, et beaucoup d’activités en dépendent. Par exemple dans le secteur du transport, le pétrole est une ressource qui, un jour, sera épuisée. Donc continuer de développer des activités dépendantes de cette matière, nous fait nous questionner. Idem pour l’eau, on puise énormément dans cette ressource mais demain, qui des entreprises qui l’utilisent comme matière première ? Soit les entreprises existantes disparaîtront, soit elles devront penser la transformation de leur modèle économique.

Vous avez fait le choix de ne traiter « que » neuf thématiques. Quelles sont-elles, et pourquoi ?
En effet, on retrouve énergie et climat, faire ensemble, autonomie et solidarité, mobilité et transport, transversalité numérique, ressources et communs, agriculture et alimentation, bâtiment et industrie, et enfin stratégie et financement. Nous les avons choisies car elles nous paraissaient importantes, et primordiales à traiter... Mais cela n’exclut pas que nous en traitions d’autres à l’avenir. Surtout, ces thématiques concernent une large majorité d’entreprises, et ces fiches nous montrent comme l’économie sociale et solidaire apporte déjà une réponse à ces enjeux. Par exemple pour la fiche « énergie et climat », on montre que des fournisseurs coopératifs d’énergie se sont développés sur notre territoire, comme Enercoop Nouvelle-Aquitaine. Dans ce guide, nous avons aussi cartographié les différentes activités de l’entreprise, pour montrer que des acteurs locaux de l’ESS existent pour répondre à chaque besoin. Par exemple, sur le volet alimentation, comment je fournis ma cantine ?

Quels sont vos premiers retours, trois mois après la publication de ce guide ?
Du côté des acteurs de l’ESS, les retours sont positifs. D’autant qu’ils sont doublement concernés, car ils sont apporteurs de solutions tout en devant eux-mêmes avancer sur certains sujets. Ensuite, je suis très sollicitée par des structures d’accompagnement de projets, pour qui c’est un vrai enjeu d’inclure ces aspects de redirection dans leurs parcours d’accompagnement. Mais pour ce qui est des entreprises traditionnelles, j’ai moins de retours directs. On en a eu quelques-uns car on travaille avec la CMA, la CCI sur certains projets. Ils nous disent que c’est intéressant, mais de là à ce que ce soit diffusé auprès de ces dirigeants… On n’en est pas encore là. Je pense qu’il y a quelque chose à construire dans les mois à venir, pour aller chercher les entreprises conventionnelles. Cela va nous demander de renforcer notre stratégie de communication, car elles ne sont pas dans nos réseaux habituels. La Ville de Bordeaux nous appuie sur le sujet, la plateforme RSE qu’elle a mise en place pourrait être un levier pour atteindre ces entreprises classiques. Nous avons certes travaillé à l’échelle de la ville, mais notre outil est libre de droit ! Si demain, une autre collectivité s'en saisi, veut le personnaliser, on pourra l’accompagner dans ce transfert.

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