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Archi’Mede, le partage comme moteur de performance économique et sociale

Les SCOP d'Aquitaine
jeudi 16 avril 2026
Archi’Mede, le partage comme moteur de performance économique et sociale

Archi'Mede gère 45 kilomètres d’archives physiques. Crédit : Archi'Mede

Structure lot-et-garonnaise d’insertion, Archi’Mede n’est pas née Scop, elle l’est devenue. Son dirigeant Rodolphe Pontens explique les raisons de cette bascule et pourquoi l’entreprise ne serait pas là où elle en est sans ce statut particulier.

À sa création en 2009, Archi’Mede se donne pour mission de développer l’insertion professionnelle en Lot-et-Garonne au travers de prestations d’archivage physique et numérique. Si le statut associatif est alors obligatoire pour lancer une telle structure, il rencontre ses propres limites, face à une clientèle professionnelle, composée d’entreprises et de collectivités. « En 2013, nous nous sommes aperçus que nos clients estimaient que le statut associatif n'était pas assez porteur pour gérer des archives très sensibles. Ils souhaitaient que nous ayons une autre image », explique Rodolphe Pontens, gérant de la Scop. La transformation en coopérative répond alors à trois objectifs : gagner en sérieux auprès des partenaires privés, valoriser l’implication des administrateurs bénévoles en les salariant et permettre aux collaborateurs d’être propriétaires de leur outil de travail.

Aujourd’hui, Archi’Mede affiche une solide santé financière avec un budget global oscillant entre 1,3 et 1,5 million d’euros. Son chiffre d’affaires propre s’établit à environ 800.000 euros, complété par 500.000 euros de subventions liées à l’aide au poste pour l’insertion. La structure emploie 35 salariés, dont 25 personnes en parcours d’insertion. L’activité historique reste prépondérante avec la gestion de 45 kilomètres d’archives physiques et la numérisation d’un million de documents par an. Ce savoir-faire lui permet de collaborer avec des acteurs majeurs : « Nous avons de gros clients dans le secteur bancaire ou l'aéronautique qui ont l'habitude de négocier avec des grands groupes. Malgré notre taille, le courant passe bien car nous sommes perçus comme une structure socialement responsable », souligne le dirigeant.

L’innovation sociale par la diversification

Pour stabiliser son modèle et répondre aux besoins du territoire, Archi’Mede a diversifié ses activités. Elle assure la collecte de déchets hospitaliers (DASRI) sur tout le département et participe à un centre de tri pour les encombrants jaunes avec le groupe Paprec. Le prochain grand défi est prévu pour début septembre prochain avec le lancement d’une plateforme de réemploi des matériaux du bâtiment, en partenariat avec le syndicat mixte Valorizon. Ce projet débutera avec un showroom de 200m², suivi d’un espace de 1.000m². « Nous sommes sur de l'innovation sociale qui répond à des besoins non pourvus sur le département. L'idée est de monter rapidement à une dizaine de salariés sur cette plateforme », se projette Rodolphe Pontens.

Actionnariat et partage de la valeur

Le statut de Scop repose sur le principe « une personne, une voix ». Archi’Mede compte actuellement 15 associés, soit l’intégralité de ses salariés permanents. Pour devenir actionnaire, un collaborateur dispose d’une période de deux ans pour entrer au capital, soit de manière directe, soit par prélèvements progressifs sur salaire. En revanche, les 25 salariés en insertion, présents pour des parcours temporaires de deux ans maximum, ne peuvent prétendre au sociétariat.

Toutefois, l'entreprise se distingue par une politique de partage des résultats unique. Après avoir sanctuarisé 40 à 60% des dividendes en réserves impartageables pour garantir la pérennité de l'outil, le reste est redistribué. « En général, nous affectons 30% aux salariés et 20% aux actionnaires. Nous privilégions souvent les salariés, y compris ceux en parcours d'insertion, car nous souhaitons valoriser leur travail sur des contrats qui restent précaires », précise Rodolphe Pontens. À sa connaissance, un modèle rare sur le territoire régional.

Un rempart contre les crises

Ce modèle influe directement sur l'engagement, estime-t-il. Le dirigeant constate un absentéisme quasi nul chez les permanents et une implication forte de tous dans la « bonne marche » de l'entreprise. L'amélioration de la QVCT (qualité de vie et des conditions de travail) a également été renforcée par l'investissement dans un nouveau bâtiment en juin 2025, doté d'espaces de pause adaptés et de locaux confortables. Face aux crises successives, le statut Scop a agi comme un bouclier, Rodolphe Pontens en est convaincu : « Si nous n’étions pas une Scop, je ne sais pas si nous serions encore là. Ce modèle nous donne la volonté de batailler ensemble pour résister aux aléas. C’est cliché mais unis, nous sommes plus forts et nous allons plus loin. »

Le sens au cœur de la stratégie

Pour le gérant, la responsabilité territoriale d'Archi’Mede s’exprime par sa capacité à s’emparer des élans économiques locaux, comme sur la zone de Damazan, pour en faire des opportunités sociales. Face à un modèle d'entreprise classique, ses arguments sont pragmatiques : une meilleure résistance aux intempéries économiques, une force collective accrue et une éthique de la réussite. « Les profits sont toujours plus appréciables quand ils sont partagés. Le modèle Scop donne du sens au quotidien, on sait pourquoi on se lève le matin », affirme-t-il. Si un seul mot devait résumer l'esprit d'Archi'Mede, Rodolphe Pontens choisit sans hésiter. Partage. De l’engagement, de la gouvernance, des résultats et, in fine, de la valorisation de son travail.

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