« Je vois des ingénieurs qui ressentent une démobilisation parce qu'ils utilisent trop l'IA »
Tiphaine Bichot annonce que de nouvelles études seront lancées en sur l'impact humain de l'IA. Crédit : Digitéco/TV7
Tiphaine Bichot, co-dirigeante d'Athome Solution et mécène de la Chaire IA de confiance, analyse les mutations du travail liées à l'intelligence artificielle. Une nouvelle levée de fonds permettra de développer les études sur l'impact humain de l'IA dans les organisations.
Tiphaine Bichot, codirigeante d'Athome Solution et mécène de la Chaire IA de confiance, analyse les mutations du travail liées à l'intelligence artificielle.
Comment supervise-t-on aujourd'hui le développement de l'IA ? Pouvez-vous nous expliquer les grandes lignes de la Chaire IA de confiance ?
La Chaire IA de confiance est née il y a six ans à l'initiative de Laurent Simon, pour le volet technique, et d'Olivier Dupouet de Kedge Business School. L'idée de départ était de répondre aux problématiques d'explicabilité et de preuve pour sortir de l'effet "boîte noire" qui inquiète les utilisateurs. Nous avons élargi cette vision pour inclure une dimension systémique basée sur quatre axes, les 4P : le respect des personnes, la sécurité pour la protection, l'empreinte environnementale pour la planète et l'éthique pour la prospérité économique. C'est un sujet pluridisciplinaire qui lie la technologie aux enjeux sociaux et environnementaux.
Une nouvelle levée de fonds est prévue en 2026. Quelles nouvelles problématiques allez-vous explorer ?
Nous avons déjà relevé le défi de la formation avec la création d'un diplôme universitaire entre l'Université de Bordeaux et ENSEIRB-Matmeca pour former des experts. Désormais, avec la levée de fonds de 2026, nous voulons nous ouvrir aux sciences de gestion et aux sciences humaines et sociales. L'un des grands enjeux est l'impact de l'IA sur le travail. Nous devons aussi étudier l'impact sur le management.
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Qu'est-ce que le Diplôme Universitaire pour former les "architectes" de l'IA ?
Pour répondre aux besoins concrets des entreprises du territoire, la Chaire a mis en place un Diplôme Universitaire (DU) en partenariat avec l'Université de Bordeaux et l'ENSEIRB-Matmeca. Cette formation de six mois s'adresse principalement à des ingénieurs en génie logiciel déjà en poste. L'objectif n'est pas de former de simples utilisateurs, mais de véritables experts architectes capables d'intégrer des briques d'intelligence artificielle dans leurs systèmes d'information. Le programme met l'accent sur l'ingénierie, la souveraineté et le choix des modèles, afin d'industrialiser des solutions de manière maîtrisée et transparente. La première promotion de ce cursus spécialisé reçoit ses diplômes début mars 2026. Cela représente une véritable force pour le territoire à travers la possibilité pour les entreprises de s'adapter et de déployer des forces formées en interne.
Justement, quel est l'impact concret de l'IA sur l'humain au sein des équipes ?
C'est un point de vigilance majeur. Certains ingénieurs me font part d'une forme de démobilisation. En déléguant trop à l'IA, ils ont le sentiment de ne plus réfléchir par eux-mêmes, de ne plus apprendre en continu. Or, dans la tech, si on n'apprend plus, on s'ennuie ou on décroche. Il y a aussi un enjeu managérial et RH inédit. Prenez l'exemple de la prospection : un jeune collaborateur utilisant l'IA peut aujourd'hui concurrencer très vite un senior ayant 30 ans de réseau, et réclamer le même salaire. Cela remet totalement en question nos modèles d'évolution et de responsabilité
Comment les entreprises du territoire peuvent-elles profiter des travaux de la Chaire ?
L'essaimage est au cœur de nos objectifs et la chaire a d'ailleurs été récompensée pour son action auprès du territoire. Laurent Simon vulgarise régulièrement les travaux de recherche auprès de réseaux comme le Medef. Nous avons également organisé une convention citoyenne avec Bordeaux Métropole et plus de cent étudiants pour réfléchir à l'intégration de l'IA dans la formation. Pour les entreprises, la chaire est le maillon qui lie la recherche et l'entrepreneuriat. Cette collaboration avec les acteurs locaux est ce qui permet de développer un véritable marché de l'IA de confiance.
La chaire bénéficie du soutien d’Athome Solution, du CATIE, Fieldbox, FLOA, Guy Hoquet et de Talan.