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Incendies des Landes et en Gironde : les entreprises s'engagent dans la lutte contre le feu

Écosystème
jeudi 30 juillet 2026
Incendies des Landes et en Gironde : les entreprises s'engagent dans la lutte contre le feu

Dans les Landes, les agriculteurs ont apporté une aide précieuse à la lutte contre les incendies. Crédit : Sud Ouest.

Face à la fureur des flammes, plusieurs dirigeants et agriculteurs se mobilisent aux côtés des sapeurs-pompiers. Cet engagement logistique et matériel sur le terrain soulève des enjeux d'organisation, de coûts et d'indemnisation pour les entreprises engagées.

Face à la progression des feux de forêt qui ravagent l'ouest de la Gironde et une partie des Landes, le tissu économique local déploie des moyens matériels et humains importants. Entre la fourniture directe d'eau, le prêt d'engins lourds d'épandage et la mise en place d'une intendance pour les secouristes, les chefs d'entreprise et agriculteurs apportent un soutien direct aux services de secours. En première ligne, ces acteurs économiques pallient la pression subie par les pompiers tout en réorganisant dans l'urgence leur propre activité professionnelle. 

La mobilisation immédiate des acteurs de la terre

Dans les Landes, sur le secteur situé entre Biscarrosse et Sanguinet, la solidarité s'est organisée au plus près des foyers d'incendie. Patrick Larrère, à la tête d'une exploitation d'élevage et des Fermes Larrère à Liposthey, s'est immédiatement engagé sur le terrain avec ses équipes. « On a quatre tracteurs et des cuves pour ravitailler les pompiers en eau entre Biscarosse et Sanguinet », détaille le dirigeant. L'entreprise a transformé son activité quotidienne pour créer un point d'appui logistique à destination des secours. « On gérait un point de ravitaillement pour remplir les camions et offrir café fruits pour la pause des pompiers avant qu'ils repartent au feu. Nous étions des agriculteurs mais aussi des civils avec moto-pompes », explique-t-il. La prise de conscience a été instantanée lors des travaux de récolte : « Il n'y a pas beaucoup d'agriculteurs dans la zone où nous nous trouvions au moment où le feu a pris. Nous étions en train de récolter des carottes sur l'exploitation de la famille Gallouet. On était donc sur place rapidement. D'un coup, on a vu le feu qui fonçait sur les terres ». Présents sans interruption du 23 au mercredi soir 29 juillet, les salariés ont travaillé par roulements. « Nos salariés ont été motivés pour y aller. On est très fiers de nos équipes, on a une vingtaine de salariés, on faisait des quarts », souligne Patrick Larrère, avant de conclure, ému : « On irait sur mars avec eux ».

Des moyens techniques lourds et la question de l'indemnisation

L'effort de soutien repose également sur la puissance des matériels agricoles spécialisés. Eric Junca, dirigeant d'une entreprise de travaux agricoles spécialisée dans l'épandage, a été mobilisé dès le 24 juillet à 5h30 par la DDTM, après une intervention similaire lors des incendies de Landiras en 2022. « En 2022 comme ici, on était parti avec des tracteur et des tonnes. On a neuf tonnes de 22.000 litres chacune dont deux équipées de canons d'épandage qui peuvent servir pour éteindre les feux depuis les routes ou les pistes, le canon pousse 7.000 litres/minutes à 60 mètres », explique l'entrepreneur, venu sur le front avec quatre de ses cinq salariés. Cet engagement continu d'une semaine génère des perturbations organisationnelles et financières. « On a dû décaler nos chantiers à la semaine prochaine et celle d'après, chantiers pas perdus. Certains salariés ont repoussé leur congés. Ça fait une semaine qu'on est dessus. Il y aura des conséquences économiques modérées mais tout de même: il va falloir payer les salariés, on a un peu de casse sur le matériel (filtres abîmés, compresseurs)... J'espère qu'on va être indemnisés par la préfecture », précise-t-il. Le dirigeant met en lumière l'ambiguïté de l'intervention : « Le 24 juillet à 5h30, quand la DDTM m'a appelé pour me demander si on pouvait être disponible, on m'a parlé de réquisition et de bénévolat mais ces deux mots ne vont pas ensemble. C'est normal d'aider mais on ne doit pas perdre d'argent alors qu'on fait le boulot des pompiers qui sont déjà à fond sur d'autres fronts ». Il rappelle d'ailleurs la diversité des métiers impliqués : « On est plusieurs corps de métier à aider : transporteurs, entrepreneurs travaux forestier, travaux agricoles et même les chasseurs pour le côté 'intendance mais ce n'est pas leur métier, ils sont là bénévolement. A Biscarosse, il faut servir 1.200 repas par jour ».

De la réorganisation des fermes vers un équipement pérenne

Sur leurs propres parcelles, les agriculteurs s'adaptent pour fournir de l'eau aux pompiers et sécuriser les axes routiers. Nicolas Gallouet, agriculteur dont les terres se trouvaient encerclées, témoigne de la proximité du sinistre : « L'incendie a été maîtrisé à 1km des parcelles qui se trouvaient entre les deux feux ». Pour préserver le temps précieux des secours, la ferme a ouvert ses propres ressources en eau : « On a utilisé nos forages agricoles pour donner notre eau afin de ravitailler les camions de feux forestiers des pompiers. Nos cuves allaient à eux leur permettant ainsi d'avoir le moins possible de chemin à parcourir afin de gagner un peu de temps. Nous avons deux cuves à eau, une tonne à lisier et une cuve agricole sur laquelle on a placé un motopompe ». L'organisation du travail de l'exploitation a dû être modifiée. « Pour continuer le travail, l'un de nous (nous sommes trois cousins sur l'exploitation) est resté à la ferme, on est deux pour arroser les bords de chemins et les routes de manière à laisser les pompiers aller dans le feu ». Face aux dépenses engendrées, l'entraide institutionnelle et privée s'est activée  mais engendre des coûts pour les entreprises « Ce renfort nous a fait consommer du gasoil mais la chambre d'Agriculture nous fait le plein. Ils nous ont proposé de compter les heures mais en vrai, ça nous coûte pas bien cher. Le groupe du motopompe par l'entreprise Flexiloc grâce à un contrat de location gratuit. Les pompiers nous ont donné des lances et des tuyaux. Au final c'est surtout des heures mais ça on ne le compte pas ».

L'agriculteur dresse un bilan de la réponse logistique : « Le premier soir c'était la pagaille mais l'organisation s'est vite structurée et c'est cela qui a été efficace. Ce qui est efficace c'est de dresser la liste du matériel, savoir, avant la catastrophe, qui peut faire quoi, qui peut aller où. Maintenant on a tous envie de s'équiper pour la lutte anti-feux. Une cuve de 1.000 litres avec une bonne pompe et une lance peut éviter un départ de feu. Il faudrait que nous puissions avoir des aides ».

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