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Béarn, l'épopée du textile, 1/4 : L’industrie textile, une histoire qui date

Écosystème
lundi 08 décembre 2025

Découvrez la nouvelle série de Placéco, « Béarn, l'épopée du textile », qui raconte l'histoire de notre territoire à travers l’industrie textile et son évolution. Grandeur, décadence... et renaissance ?

Béarn, l'épopée du textile, 1/4 : L’industrie textile, une histoire qui date

L'industrie textile a employé jusqu'à 6.000 personnes en Béarn. Photo : Anne-Sophie Estruch

En 2025, la France importe plus de 90% des textiles consommés. Pourtant dans le Béarn, il était de coutume de fabriquer soi-même ses vêtements. Retour sur la chute d’une industrie locale.

Pour comprendre l’origine de l'industrie textile en Béarn, il faut remonter le temps jusqu’au XVe siècle. À cette époque, c'est l’essor des marchands. Des marchands qui possèdent des troupeaux de moutons et des moulins. Très vite, ils se mettent à créer leur marchandises, de la matière au produit fini, des couvertures, des vêtements, tous à base de laine. Le travail est artisanal. Les machines n’arrivent qu'au XIXe siècle. Si le bassin d’emploi Béarnais est aujourd’hui réputé pour l’aéronautique ou encore la chimie, qui emploient plus de 6.000 salariés à eux deux, il faut s’imaginer des tisserands par milliers dans le Béarn du XVIIIe siècle. En 1787, 2.000 métiers à tisser tournent dans les ateliers béarnais et 6.000 personnes travaillent dans le textile.

À cette époque, les tisserands s’installent sur le territoire, notamment dans la Plaine de Nay, très riche en lin. Le Béarn et le Pays basque ont des climats propices à la culture de cette plante dont la matière est transformée en textile. C’est grâce à cette matière que le « linge basque » voit le jour.

L’essor du linge, une histoire basco-béarnaise

Au départ, le linge basque était 100% constitué de lin. D’abord utilisé comme couverture de protection pour le bétail, le tissu est orné de sept rayures représentant les sept provinces basques. Petit à petit, il se retrouve dans les maisons, sur les tables. S’il a gardé le nom de « linge basque », il est bien à l’origine tissé en Basse-Navarre.

À Orthez, chez les Tissage Moutet, on s'intéresse au linge basque dès 1874. De même chez Berchon à Nay, créé en 1868 par Désiré Berchon qui invente le tissu de laine cardée, dit « tissu des Pyrénées ». Il crée aussi le premier métier à tisser pour bérets. L’entreprise passe en trente ans de 30 salariés à 300. Début XXe, c’est la naissance des tissages Larrousse à Coarraze ou encore des Tissage des Pyrénées : « Mon grand-père a eu trois enfants, ils ont tous travaillé dans des tissages différents, il y en avait partout ici », raconte Jean-Georges Andureu, héritier des Tissage des Pyrénées créé par son père.

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En 1953, des tisserands créent un syndicat des tisseurs de linge basque. Ils sont une quinzaine et sentent que se fédérer leur permettrait d’être plus fort face à l’ouverture des marchés internationaux. En plus du linge basque, le marché de l’espadrille est florissant dans la région, notamment au Pays basque. Des milliers de paires de chaussures sortent de Mauléon chaque année. Mais alors que se passe-t-il ensuite ? Alors que le Béarn semble tout avoir pour lui, les usines, le personnel, les commandes de tissus, pourquoi l’industrie s’est-elle effondrée ?

Perdants de la mondialisation

« Économiquement quand je suis rentré à l’école textile dans les années 60 à Roubaix, j’ai compris que c’était foutu », raconte André Larousse, ancien tisserand des Tissages Valérien à Bénéjacq, entreprise également fondée par son père. À 74 ans, André est en colère mais surtout triste lorsqu’il regarde en arrière : « Il y a eu des gagnants et des perdants dans la mondialisation, moi je suis un perdant ». Pendant des années, le chef d’entreprise tente de s’adapter au marché, mais le Portugal et l’Italie absorbent la majorité de la production. En 2010, il finit par travailler avec le Portugal pour produire ses éponges et ce pendant plusieurs années : « j’ai cassé les métiers à tisser en 2011, il y avait trois employés avec quarante ans de travail derrière eux ». L’histoire d’André n’est pas un cas isolé. Dans les années 1960, on compte encore plusieurs centaines de salariés dans le textile sur la Plaine de Nay : « Il y avait des filateurs, des teinturiers, des confectionneurs, c’était un vrai écosystème », regrette-t-il.

Philippe Lartigue se souvient de cette période. Lui qui a grandi dans l’usine de fabrication de toiles d’espadrille et de bérets de son père à Oloron Sainte-Marie. Dans les années 1980 il voit le marché s'effondrer : « Pour les espadrilles par exemple, certains fabricants faisaient faire leur semelle en toile de jute au Bangladesh. L’un d’eux à commencer à aussi fabriquer la corde puis c’est toute l’espadrille qui a été confectionnée au Bangladesh. » Le père de Philippe fait alors le choix de se diversifier et rachète un petit fabricant de linge basque à Bidos, les tissages Laclau. Une entreprise que Philippe Lartigue dirige aujourd’hui et qu’il ne cesse de développer malgré les grandes incertitudes sur l’avenir de l’industrie. En 2023, l’Insee publiait que 97% des textiles consommés en France sont importés.

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