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Assises de l’eau : le Département et l’État en quête d’un modèle durable en Pyrénées-Atlantiques

Écosystème
mercredi 05 novembre 2025
Assises de l’eau : le Département et l’État en quête d’un modèle durable en Pyrénées-Atlantiques

Les Pyrénées-Atlantiques comptent 18.000 kilomètres de cours d'eau. ©CDT64-V.Puiseux

Face à la raréfaction de la ressource et à l’ampleur des investissements nécessaires, les 1es Assises de l’eau en Pyrénées-Atlantiques viseront à fédérer autour d’une gouvernance unifiée et d’un contrat de progrès à l’échelle départementale.

Deux épisodes majeurs de sécheresse en seulement trois ans, des restrictions touchant jusqu’à 85% du territoire en 2025, et une baisse attendue de 30% à 40% du débit des cours d’eau du bassin Adour-Garonne à l’horizon 2050 : c’est dans ce contexte tendu que les Assises départementales de l’eau se tiendront ce vendredi à Pau. Pour le préfet Jean-Marie Girier, coorganisateur avec le président du Département Jean-Jacques Lasserre, « l’eau est sans doute le sujet prioritaire pour notre territoire dans les prochaines décennies. Elle est la matrice de notre développement agricole, industriel, énergétique ».

Alors que la consommation d’eau dans le département s’élève aujourd’hui à environ 110 millions de mètres cubes par an, soit seulement 1% des volumes de précipitations, le sujet n’est plus tant celui de l’abondance que de l’usage. « Il tombe entre 1.700 et 2.000 mm d’eau par an dans le département, et nous disposons de 18.000 km de cours d’eau, rappelle Jean-Jacques Lasserre. Mais le climat change, la nature de la demande aussi. »

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Pour les organisateurs, il s’agit d’éviter que le débat ne se résume qu’à une opposition stérile entre secteurs. « La guerre de l’eau commence quand les acteurs ne se sont pas parlé avant », prévient le préfet. L’ambition des Assises est donc de créer un espace de dialogue pour fédérer collectivités, industriels, agriculteurs, gestionnaires de réseaux, pêcheurs ou encore pisciculteurs, autour d’un socle commun d’actions à long terme.

Le chantier de la gouvernance

Au cœur de ce chantier : la gouvernance. À ce jour, pas moins de 138 autorités organisatrices de l’eau et de l’assainissement se partagent les compétences dans le département. « Quand on a des murs d’investissement, il faut une gouvernance à la même échelle », insiste Jean-Marie Girier. La construction ou la rénovation d’une station d’épuration s’élève à 10 à 15 millions d’euros, un effort hors de portée des petites communes sans mutualisation.

Les Assises déboucheront sur la signature d’un contrat de progrès, associant notamment l’Agence de l’eau Adour-Garonne et la Banque des Territoires. Ce dispositif permettra d’orienter les financements publics vers les collectivités les plus structurées, notamment celles qui auront regroupé leurs syndicats et bâti une stratégie à l’échelle intercommunale. Ces dernières années, l’Agence de l’eau a déjà engagé près de 140 millions d’euros sur le territoire pour accompagner les investissements dans les infrastructures hydrauliques.

Le Département se positionne comme le « chef d’orchestre » de cette transformation. « Quand il y a 138 interlocuteurs, seul le Conseil départemental peut jouer ce rôle rassembleur », estime Jean-Marie Girier. Plusieurs territoires, dont le bassin de Lacq, ont déjà engagé une démarche de structuration via les SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux), véritables parlements de l’eau à l’échelle des sous-bassins versants. Plusieurs schémas de ce genre sont en cours d’élaboration. À noter que près de 20% du territoire n’est pas encore couvert par l’un d’entre eux.

Trois priorités de ces Assises

Les travaux des Assises s’articuleront autour de trois priorités. La première consiste en la préservation de la ressource, via une réduction de la consommation et une meilleure réutilisation de l’eau, notamment en milieu industriel et agricole. Ensuite, la seconde entend améliorer la qualité des masses d’eau, avec pour ambition de poursuivre les efforts déjà engagés. Enfin il s’agira aussi de simplifier la gouvernance pour gagner en efficacité et rationaliser les moyens d’action.

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À cela s’ajoute une réflexion sur la création de nouvelles ressources. « Ce n’est pas un gros mot », assume Jean-Jacques Lasserre. Et de citer en exemple la réserve d’Eslourenties, d’une capacité de 22 millions de mètres cubes, et son rôle stratégique dans le maintien des étiages et le fonctionnement de nombreuses stations d’épuration.

Si la sécheresse de 2022 avait déjà marqué les esprits, celle de 2025 a agi comme un catalyseur. « On a vu que ça se reproduisait très vite », note Jean-Marie Girier. Les deux responsables espèrent que ces Assises permettront d’« envoyer un message d’optimisme et d’action ». Le monde agricole est notamment mobilisé sur la question, avec l’adoption de pratiques plus économes en eau, comme l’introduction de variétés de maïs moins consommatrices ou le développement du sorgho.

Mais au-delà de l’agriculture, tous les secteurs sont appelés à revoir leurs usages, y compris les particuliers, alors que les pertes en eau sur les réseaux atteignent encore près de 30%. « Trouver des compromis, c’est plus exigeant que d’imposer », concède le préfet, « mais c’est le seul moyen d’éviter les conflits à venir », et Jean-Jacques Lasserre de conclure : « Le moment est venu. »

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