Déménagement et diversification : comment SupB réinvente son modèle industriel
Cette rubrique est réalisée avec le soutien de l'Union régionale des Scop d'Aquitaine. Le réseau accompagne la création, la reprise et la transformation d’entreprises sous forme de Scop (Société coopérative et participative) ou de SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif).
SupB est une SCOP depuis sa fondation en 2005. Photo SupB.
SupB, entreprise béarnaise spécialisée dans l’usinage de précision et l’électroérosion, finalise le regroupement de ses sites à Morlaàs dans une logique de consolidation industrielle et d’innovation. Derrière ce mouvement : une stratégie de croissance, une diversification vers de nouveaux marchés et un modèle coopératif porté par ses salariés.
SupB fait ses cartons ! L’entreprise, spécialisée dans l’usinage de précision et l’électroérosion, est en train de boucler le déménagement d’une partie de son activité de Serres-Castet vers Morlaàs, dans la zone de Berlanne, afin de regrouper ses deux entités sur un seul et même site. Une décision prise il y a deux ans. Historiquement implantée à Serres-Castet, l’entreprise avait racheté en 2013 la société EDM Technologie, spécialisée notamment dans l’électroérosion. Depuis, les deux activités coexistaient sur des sites distincts.
« Toutes nos décisions sont prises en conseil d’administration avec les associés », explique Yassine Bouhram, gérant de la société. « Nous voulions regrouper nos deux activités, qui ne sont pas similaires, sur le même site. Mais nous ne trouvions pas de bâtiment capable de nous accueillir ». Quand un hangar se libère à quelques centaines de mètres du site EDM à Morlaàs, « nous avons présenté l’opportunité au conseil d’administration, qui a donné son feu vert pour engager les démarches de location du nouveau site. » Conseil d’administration composé d’employés, car SupB est une SCOP. Et si de nombreuses entreprises, en particulier dans l’industrie, ont adopté ce statut après des difficultés menant à une reprise par leurs salariés, SupB est une société coopérative depuis sa création, en 2005, par quatre associés.
SCOP dès l'origine
« Ils ont choisi ce modèle pour correspondre à leurs valeurs : le partage, la transmission, l’intergénérationnel », retrace Yassine Bouhram. Aujourd’hui, l’entreprise compte 7 sociétaires et tout salarié peut candidater au sociétariat après deux ans de présence, sous réserve de validation par le conseil d’administration. Un seuil maximal de détention de parts a été fixé. « Chaque nouvel associé verse 2% de son salaire brut mensuel jusqu’à atteindre ce plafond. Mais une fois sociétaire, chacun dispose du même poids dans les décisions, qu’il détienne le minimum ou le maximum de parts. »
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SupB emploie actuellement 15 salariés à temps plein et 6 apprentis. Tous ne souhaitent pas devenir associés. « Certains préfèrent rester salariés sans entrer au capital, précise le gérant. Dans une société à actionnaire unique, une seule personne porte le risque. Nous, nous avons aussi l’appui de la fédération des Scop. Nous ne mettons pas en hypothèque nos biens personnels et nous sommes accompagnés dans nos décisions. »
En interne, l’organisation se veut peu hiérarchisée. « Nous sommes plutôt sur un fonctionnement horizontal. Tout le monde travaille au même niveau. Bien sûr, les gérants prennent les décisions du quotidien et représentent légalement l’entreprise, mais les grandes orientations – investissements, recrutements, stratégie, déménagement – sont discutées et votées en conseil d’administration. »
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« On présente des avantages que d’autres n’ont pas toujours, reprend Yassine Bouhram. Une certaine flexibilité horaire, pas de pointeuse, on n’a jamais refusé un congé depuis la création de l’entreprise… c’est l’ADN qui a été créé par nos fondateurs ». Résultat : un turnover quasiment nul. « Nos salariés ne partent pas, résume le gérant. Moi, SupB est ma première entreprise, j’étais ici en tant qu’apprenti et je suis toujours là ! Il y a ici un climat qui permet de s’épanouir dans son travail, un équilibre rémunération-bien-être, beaucoup de formation… et puis un sentiment de liberté, parce qu’on travaille dans sa propre entreprise ! »
Investir et diversifier
Sur le plan industriel, l’entreprise s'est engagée, comme tout le secteur aéronautique, sur la voie du « ramp-up ». En trois ans, elle a investi dans trois nouvelles machines d’électroérosion et un tour deux axes. Un nouveau plan d’investissement prévoit l’acquisition, dans les trois ans à venir, d’un tour-fraiseur et d’une enfonceuse supplémentaires. SupB réalise 65% de son chiffre d’affaires dans l’aéronautique, notamment pour le groupe Safran, 25% dans le secteur pétrolier et 5% dans d’autres activités. Une dépendance qui constitue un réel enjeu. « Il y a toujours des cycles dans l’aéronautique. Nous cherchons à nous positionner sur des secteurs de niche et à nous développer hors aéronautique », indique Yassine Bouhram. L’entreprise travaille en particulier sur un projet de vélo utilitaire, sur lequel deux brevets ont déjà été déposés. « On explore cette piste au moins jusqu’au prototype », explique Yassine Bouhram. Celui-ci est espéré « d’ici la fin de l’année. Ensuite, on ira chercher des investissements pour industrialiser ».