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L'avenir du Groupe Sud Ouest se joue-t-il maintenant ?

Stratégie
mercredi 08 juillet 2026
L'avenir du Groupe Sud Ouest se joue-t-il maintenant ?

Olivier Cotinat a été interviewé au Pallice Palace dans le cadre de l'évènement mensuel de Placéco Charente-Maritime : « Tous à Bord ». Crédit photo : Romuald Augé Sud ouest

IA, réseaux sociaux, montée des créateurs de contenu... Olivier Cotinat, président directeur général du Groupe Sud Ouest, s'est prêté au jeu de l'interview pour dévoiler les grandes orientations de la nouvelle stratégie de l'entreprise.

Le Tous à bord de juillet a reçu le PDG du Groupe Sud Ouest, ce mardi au Pallice palace à La Rochelle. Olivier Cotinat, explique pourquoi le média accélère sa transformation autour de l'événementiel, l'innovation et l'international. Il rappelle l'importance de l'indépendance de la rédaction, évoque les opportunités et les limites de l'intelligence artificielle pour le journalisme et insiste sur la nécessité de gagner durablement la confiance des lecteurs dans un environnement médiatique incertain.

Pourquoi dévoiler la stratégie du Groupe Sud Ouest maintenant ? 
On est à un moment de bascule qui nous oblige à réinventer et à réassumer certains piliers historiques où l'on doit se diversifier. On doit incarner une transformation parce qu'il y a une mutation des usages qui est importante. Notre nouvelle stratégie - l'international, l'innovation et l'évènementiel - doit nous aider à financer les dix prochaines années du Groupe. Et, avec le niveau d'incertitude que nous connaissons aujourd'hui, c'est important de se projeter vers le futur. 

Les médias du Groupe Sud Ouest sont indépendants. Comment peut-on protéger cette indépendance et notre liberté face aux pressions économiques ? 
Le groupe compte 400 journalistes qui nous le rappellent chaque jour. La liberté du journal est historique, celle de ne jamais intervenir sur la ligne éditoriale. Bien sûr, ça ne veut pas dire que parfois on ne fait pas des erreurs, mais en tout cas c'est une ligne de conduite. Le paysage médiatique est bouleversé, vous le vivez au quotidien. Mais pour nous, c'est un engagement de ne jamais transiger. 

« Certaines fonctions vont devoir se réinventer »

Comment peut-on être indépendant quand on développe des activités de communication ou des activités évènementielles ? 
Les journalistes ne parlent pas plus facilement d'un évènement porté par le Groupe Sud Ouest que porté par quelqu'un d'autre. Il existe, parfois, des annonceurs qui ne sont pas satisfaits d'un article, notamment des élus. Je pense que notre traitement de l'information est impartial, mais au quotidien la meilleure preuve c'est ce que vous lisez tous les jours. Il existe beaucoup de fantasmes sur l'influence qu'on peut avoir sur la rédaction, mais il n'y en a aucune. Je pense que l'indépendance journalistique de toute la rédaction est clé, il faut la chérir car c'est l'un des piliers de la démocratie et de la liberté. 

Pensez-vous que l'IA pourrait remplacer certaines fonctions ou au contraire renforcer le travail journalistique ? 
L'IA est un sujet transformatif. Certaines fonctions vont devoir se réinventer, notamment des tâches automatiques de reporting. L'IA ne pourra pas remplacer l'information de terrain. Il existe énormément d'opportunités, mais je comprends que cela puisse faire peur. La valeur ajoutée d'un journaliste est de raconter des histoires, d'obtenir des informations, de les vérifier et de s'assurer qu'elles soient objectives.

Comment faire pour garder la confiance des lecteurs dans un monde où demain tout, ou presque, sera généré par l'IA ? 
Cela va dépendre de notre capacité individuelle et collective. Le journaliste doit, en permanence, se réinventer. Pour mériter la confiance c'est comme dans la vie personnelle, amoureuse ou professionnelle, on la construit dans la durée. Ce dont il faut être conscient, c'est que l'on peut mettre des années à obtenir la confiance des lecteurs et la perdre en un clic. Mais le jour où ils n'auront plus confiance en ce qu'on écrit, c'est là qu'il faudra se poser des questions. Ce qui a changé avec l'IA, c'est qu'aujourd'hui n'importe quelle personne dans cette salle peut reprendre mon visage, ma voix et me faire dire n'importe quoi que même mes enfants ne pourraient pas déceler. Pendant des années, l'information c'était nos papiers et nos sites Internet. Maintenant, il y a tout un tas de boucles invisibles sur Telegram ou WhatsApp où des fake news circulent. C'est aussi là que l'information de proximité joue un rôle. 

Dans votre nouvelle stratégie, il y a trois grands axes : l'évènementiel, la data et l'international. Pourquoi un groupe régional doit-il penser au niveau mondial ? 
Quand j'ai pris mon poste il y a un peu plus d'un an, j'ai regardé quels sont les médias qui s'en sortent. Il y en a très peu, c'est quand même une industrie où globalement les challenges sont très compliqués. Le plus connu, c'est le New York Times qui compte près de 8.000 abonnés à Paris par exemple. Aujourd'hui, on pense qu'on a la chance d'avoir un territoire qui a beaucoup de potentiel de visibilité à l'international grâce au sport, aux entreprises ou au tourisme. Et puis, il y a une petite révolution, il y a quelques années traduire l'intégralité du contenu tous les jours c'était impossible, cela aurait été un gâchis économique. Aujourd'hui, avec l'IA, la qualité du contenu traduit est incroyable. 

L'évènementiel comme levier de rentabilité

Quel est le principal défi économique pour le Groupe, aujourd'hui ? 
C'est de s'adapter en permanence aux nouvelles contraintes. Depuis la pandémie, l'instabilité devient la norme. Notre défi est de diversifier nos revenus, nous réinventer. On a une sorte de monopole de territoire sur nos marques médias. C'est théorique bien sûr, parce qu'il y a beaucoup de contenus qui passent sur les réseaux sociaux. Donc on constate une nouvelle forme de concurrence. On doit se regarder dans la glace avec bienveillance et honnêteté. 

Le développement des évènements est très présent dans votre nouvelle stratégie. Pourquoi l'évènementiel devient-il la clé de la rentabilité ?
Je trouve qu'on a raté toute une partie de l'événementiel outdoor alors qu'il y a quand même une vague assez incroyable. Il existe énormément de potentiel sur le surf ou le running par exemple. Je pense qu'on avait une telle assise sur d'autres médias qu'on a oublié de regarder de ce côté-là. Je trouve que l'événementiel c'est encore une fois le métier d'un journal, de connecter des audiences à des histoires.

Le Groupe Sud Ouest a organisé le Crunch Creator, un tournoi de rugby avec 32 créateurs de contenus et huit anciens joueurs professionnels diffusé sur Twitch et Canal+ qui a généré 400.000 vues et mobilisé 40.000 personnes au stade. Vous cherchiez de la visibilité, de l'audience, des nouveaux revenus ?
 La diversification. On a clairement créé quelque chose d'assez unique. C'est un motif de fierté et c'est important d'avoir des évènements totem comme celui-ci. Je me suis toujours promis de devenir un vieux con le plus tard possible! J'essaie de me dire qu'il y a des nouveaux modes d'information, qu'il faut qu'on continue à s'informer, à comprendre. Si on ne comprend pas le monde dans lequel on évolue, on ne peut pas être un citoyen éclairé et un chef d'entreprise éclairé.

Avant d'être chef d'entreprise, vous êtes papa. Comment vous expliquez votre métier à vos enfants, et comment vous leur parlez des médias ?  
La vraie question qui m'anime au quotidien, c'est "Qu'est-ce que je dois leur apporter pour donner toutes les clés pour qu'ils comprennent le monde d'aujourd'hui ?" Et c'est compliqué parce que 50 à 70% des métiers n'existeront plus dans 10 ans. J'essaie de leur donner les clés, de leur apprendre à s'intéresser aux autres, de s'ouvrir, de lire. Et après d'espérer qu'ils aient un peu de clairvoyance pour leur futur. C'est plus difficile d'être parent que de diriger le Groupe Sud Ouest!

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