Décarbonation 5/10. Biogaz : mettre l'événementiel au diapason
Les déchets verts sont collectés sur l’agglomération bordelaise, déconditionnés à Eysines puis transformés en biogaz sur le site de Saint-Laurent-Médoc. Crédit : Moulinot
Au quotidien, comme sur les lieux de fête, l’entreprise Moulinot collecte les déchets verts, ingrédient de base du biogaz. Des freins restent cependant à lever pour optimiser cette mission lors de manifestations festives.
Dans sa stratégie de transition énergétique, La Nouvelle-Aquitaine mise sur le gaz vert. Pour le produire, le maillage s’organise avec des méthaniseurs un peu partout sur le territoire. Et pour alimenter ces sites producteurs d’énergie, les déchets verts affluent. Première région d’agriculture et d’élevage de France, la région possède des ressources colossales, jusque-là inexploitées. Mais en ville aussi, la matière est conséquente. « Sur la métropole de Bordeaux, on estime ce gisement à 90.000 tonnes par an », note Pierre Fleuri, directeur régional de l'entreprise de collecte de déchets verts Moulinot.
Depuis 2023, l’entreprise en traite 20.000 tonnes et compte monter en puissance avec 25.000 tonnes en 2027 et 30.000 tonnes l’année suivante. Eté comme hiver, elle collecte pour transformer, y compris dans des lieux éphémères lors de d'événements spécifiques, particulièrement courants durant la saison estivale. « On nous contacte beaucoup pour des festivals ou de l’événementiel », se réjouit le responsable néo-aquitain.
Le tri, condition préalable
En mai dernier, lors du Salon de l’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, Moulinot a mis en place un dispositif temporaire pour que la boucle vertueuse puisse aussi être alimentée. Au cœur de la manifestation, des bacs spécifiques, à fond sphérique et bien identifiés, sont disposés. « Chaque jour, un camion spécial vient effectuer la collecte et le laver en même temps », souligne le dirigeant. Malgré un dispositif bien rôdé, le résultat n’est pas toujours optimum.
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« Le principal bémol demeure le comportement des gens qui ont tendance à être moins assidus pour le tri lors d'événements festifs », déplore Pierre Fleuri. Le bilan de la récolte affiche seulement 25% de biodéchets, le reste étant des indésirables. Pour lever les freins et améliorer les résultats, les leviers sont d’ores et déjà identifiés. « Le positionnement des bacs est déterminant, tout comme la signalétique afin que le message soit inévitable pour le festivalier. Enfin, mettre des contenants retraitables constitue également une solution avec des plats en carton ou des couverts en bois ».
L’enjeu de la sensibilisation
Selon Pierre Fleuri, « l'événementiel ne représente pas une cible en termes de tonnages mais c’est important pour nous au niveau de la visibilité et de la sensibilisation ». Le volet pédagogique fait d’ailleurs partie intégrante de l’entreprise sociale et solidaire (ESS). Tout au long de l’année, une équipe d’éco-animateurs intervient pour sensibiliser les habitants des quartiers, mais aussi dans des écoles, des entreprises et ouvre régulièrement les portes de son usine. Installée à Eysines, l’usine de traitement et de déconditionnement reçoit, trie et transforme les déchets verts issus des points d'apports volontaires, de la restauration, de l'industrie agroalimentaire et de la grande distribution. La soupe obtenue part ensuite vers Saint-Laurent-Médoc où les méthaniseurs de Médoc Biogaz agissent pour ensuite injecter le gaz vert dans le réseau. Actuellement, les deux unités de méthanisation (une troisième est en cours de construction) produisent 63 Gigawatts heure par an, « ce qui équivaut à la consommation annuelle de 10.000 foyers en chauffage et en eau chaude », précise le responsable.
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En à peine trois ans, Moulinot est devenu un acteur majeur du secteur en Nouvelle-Aquitaine. Il faut dire que le biogaz, outre l’abondance de la matière première, possède d’autres arguments. « La filière organique coûte moins cher que l’incinération, tout le monde a à y gagner », estime le représentant de l’entreprise originaire de région parisienne. Fondée par un restaurateur soucieux de recycler ses déchets alimentaires, la société emploie aujourd’hui 250 personnes (dont 60 en Gironde) et exploite quatre sites en France avec un cinquième à venir dans l’agglomération lyonnaise. « L'idée est de mailler le territoire et nous avons également des projets à l’étranger où nous sommes sollicités ».
Sommaire
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