À La Rochelle, Conchystador veut changer d’échelle et structurer une filière industrielle de l’huître
Conchystador est une marque du groupe Grainocean. Crédit photo : Adobe
Le groupe familial Grainocean International prépare un investissement de 8 millions d’euros pour construire, à Chef-de-Baie, un site industriel destiné à transformer des huîtres issues de ses casiers marémoteurs Roll’Bag.
« La vente de matériel Roll’Bag, ce n’est pas la vocation première de Conchystador. C’est juste la première marche pour accéder au développement d’un projet d’industrie agroalimentaire qui est derrière et qui est notre idée première. » La phrase de Lila Pincot, présidente du groupe Grainocean International pose le cap. Derrière l’innovation technique, c’est un projet de filière qui se dessine.
Créé dans les années 1980, Grainocean International s’est imposé dans la reproduction et la sélection de naissain. « On se voit comme des semenciers de la mer. » La structure historique fait partie des quatre acteurs majeurs tricolore de l’écloserie. « Ce qui nous différencie, c’est la technologie et le savoir-faire qui résultent exclusivement des 40 ans d’expérience de mes parents. Une technologie unique au monde, faite sur mesure », explique Lila Pincot. Si l’entreprise est historiquement en amont, elle veut désormais descendre en aval.
« On va créer un marché »
Depuis trois ans, Conchystador (marque du groupe Grainocean) commercialise les casiers marémoteurs Roll’Bag avec la promesse de permettre aux ostréiculteurs de « révéler la qualité des huîtres » issues de la sélection génétique du groupe. Le système fonctionne avec le marnage. Quoi qu’il arrive, le marnage est immuable. Le roulage est autonome. « Ce n’est plus le producteur qui travaille, mais les casiers. » Mais le Roll’Bag n’est pas présenté comme un accessoire. Lila Pincot y voit « la prochaine marche dans le monde ostréicole », comparable au passage historique de l’élevage sur rochers aux tables surélevées.
L’investissement de 8 millions d’euros vise à franchir un seuil. À Chef-de-Baie, sur un terrain de deux hectares déjà acquis « avec l’aide du Crédit Mutuel », le groupe projette la construction et l’équipement d’un site industriel. Trois brevets protègent déjà le Roll’Bag. « Les brevets sur le process industriel qu’on va appliquer aux huîtres […] ne sont pas encore déposés. Pour le moment, on garde cela secret », admet la présidente. Mais l’ambition est explicite : « On va créer un marché. Une nouvelle façon de distribuer, une nouvelle expérience de dégustation. »
En misant sur la désaisonnalisation
Le modèle envisagé repose sur l’intégration de 200 à 400 producteurs partenaires, soumis à un cahier des charges précis sur la qualité. Les huîtres seraient achetées à leur optimum, transformées hors période de risque sanitaire, puis intégrées dans un circuit de distribution différent. « L’idée c’est d’être complètement en dehors des périodes de norovirus [période des fêtes, ndlr], de gastro… Tout ça dessaisonnalise complètement » poursuit Lila Pincot.
Dans une filière où l’essentiel du chiffre d’affaires se concentre sur quelques semaines, la désaisonnalisation constitue un levier stratégique. « On ne se dira plus, ‘il faut que j’attende les fêtes’… Non. On passe un cap. »
Une tentative de verticalisation
Pour le groupe, l’enjeu dépasse la simple innovation produit. Il s’agit d’intégrer génétique, élevage standardisé, transformation et distribution dans une chaîne cohérente. « Ce n’est pas une niche premium qu’on veut », mais bien d’installer un nouveau standard. Pour un secteur historiquement éclaté, où chaque exploitation vend majoritairement en bourriche et sous son propre nom, le projet marque une inflexion : faire émerger une logique industrielle dans un univers encore largement artisanal.
L’entreprise revendique déjà une dynamique forte. « On a doublé notre chiffre d’affaires en 2025. » Mais reconnaît un déficit de visibilité : « On n’a pas de site internet. Quand on n’existe pas sur internet, on n’existe pas tout court. » À voir si l’ambition aboutit.