Piscines publiques : comment concilier bien-être estival et performance environnementale ?
Jérôme Guilbert est responsable études de prix chez BOBION & JOANIN Groupe Bily.
Piscine de Lormont (33) - @Bobion & Joanin - Groupe Bily - photo C. Garrabos
En été, les piscines publiques font partie des rares lieux où tout le monde peut trouver de la fraîcheur. Les piscines municipales sont, pour de nombreuses communes, bien plus qu’un équipement sportif : ce sont des espaces de lien social, de détente, de santé publique, et de répit. Dans un contexte de fortes chaleurs à répétition et de sobriété énergétique imposée, elles deviennent aussi des laboratoires d’innovation climatique. Peut-on concilier accès à la fraîcheur pour tous et sobriété énergétique ? Peut-on réconcilier plaisir aquatique et performance environnementale ?
La réponse est oui, à condition de repenser ces équipements avec ambition et méthode, comme en témoignent de récents centres aquatiques en Nouvelle-Aquitaine : Lormont -33 et Anglet -64.
Un défi technique
Filtrer et recycler des milliers de litres d’eau par jour, chauffer des bassins, ventiler de grands volumes, produire de l’eau chaude sanitaire, … Une piscine municipale est l’un des bâtiments publics les plus exigeants sur le plan énergétique. En période estivale, elle peut devenir un refuge vital. En hiver, elle doit rester accueillante, fonctionnelle, accessible. Et ce, avec un budget maîtrisé et un impact limité. C’est pourquoi les projets de construction ou de rénovation de piscines doivent aujourd’hui intégrer, dès leur conception, une approche globale de performance environnementale, sans sacrifier le confort des usagers.
Récupérer, recycler, réutiliser : les clés de l’équilibre.
Les technologies existent. Et elles ne sont pas utopistes. Quelques solutions concrètes, qui ont déjà fait leurs preuves sur des équipements en fonctionnement : La récupération d'énergie sur les eaux usées de douche et les débits de fuite des bassins, permet de chauffer l’eau ou les espaces de manière économe. La réutilisation des eaux grises, par exemple celles des douches, peut alimenter les circuits d’arrosage ou les toilettes. La régulation fine des ambiances intérieures via une GTC bien paramétrée permet d’ajuster température, ventilation et consommation en fonction de l’usage réel au cours de la journée. La filtration optimisée, combinée à des traitements sans produits chimiques agressifs (UV, filtres à billes de verre…), garantit une qualité d’eau irréprochable avec un minimum de gaspillage. Ces techniques sont applicables partout, à condition d’en faire des priorités du cahier des charges, et non des options.
Penser les installations en lien avec le territoire : énergie, eau, citoyens Une piscine bien pensée doit aussi s’inscrire dans son territoire : en se connectant à un réseau de chaleur urbain, en valorisant des ressources locales (énergie issue des déchets, géothermie, solaire), et en devenant un point de résilience climatique pour les habitants lors des pics de chaleur.
Aujourd’hui, les citoyens ne veulent plus choisir entre services publics essentiels et exemplarité environnementale. Ils attendent des collectivités des décisions responsables, à la hauteur des enjeux climatiques, mais ancrées dans le réel. Les équipements aquatiques municipaux restent des lieux de plaisir, d’apprentissage et de sport. Mais ils peuvent aussi devenir des symboles de la transition énergétique locale : parce qu’ils parlent à tout le monde, parce qu’ils touchent à l’intime (le corps, la santé, la détente), et parce qu’ils démontrent que la durabilité peut être concrète, utile, visible.