[Opinion] Egalité professionnelle : pourquoi la parentalité est un enjeu stratégique ?
Aurore Delahoche, co-fondatrice de Parent’izi. Parent’izi intègre la parentalité au cœur des politiques RH. Parent’izi a créé le premier jeu de sensibilisation qui ose parler de parentalité en entreprise, pour comprendre les enjeux et passer à l’action. La conviction de Parent’izi : prendre en compte la parentalité au travail, c’est créer des environnements plus humains, plus engagés et donc plus performants.
La parentalité apparaît moins comme un sujet annexe que comme un véritable levier stratégique. Crédit : Parent'izi
Intégrer pleinement la parentalité dans la stratégie RH et QVCT ne consiste pas à ajouter une initiative supplémentaire. Il s’agit d’agir sur des leviers concrets.
À l’occasion du 8 mars, les entreprises réaffirment leur engagement en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Si les indicateurs progressent et les politiques se structurent, certaines dynamiques continuent néanmoins de façonner les trajectoires de manière plus discrète. Parmi elles, la parentalité demeure un enjeu stratégique encore insuffisamment intégré aux décisions RH et managériales.
Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes remet l’égalité femmes-hommes au cœur des priorités. Les engagements sont pris, les plans d’action présentés, les indicateurs analysés.
Mais au-delà des intentions affichées, les inégalités se construisent rarement dans les discours. Elles s’inscrivent dans les trajectoires professionnelles, au fil de décisions ordinaires.
Dans les PME comme dans les ETI, un moment reste particulièrement structurant : la parentalité.
89 % des salarié.es concerné.es
En France, 89 % des salarié.es sont parents (source : IFOP, 2023). La parentalité n’est donc ni marginale ni ponctuelle : elle constitue une donnée structurelle de l’organisation du travail.
Elle reste pourtant souvent traitée comme un événement individuel : un congé à planifier, un remplacement à organiser, puis un retour envisagé comme un simple ajustement.
Un retour n’est jamais neutre.
Il redéfinit les priorités, les équilibres et les perceptions parfois durablement.
La maternité, accélérateur d’inégalité
C’est fréquemment au moment de la maternité que les trajectoires professionnelles ralentissent.
• Une promotion différée
• Un projet stratégique attribué à un autre
• Une mobilité qui ne se représente pas
Rien de spectaculaire. Rarement une décision explicitement discriminante. Mais l’accumulation de choix perçus comme pragmatiques finit par produire des écarts bien réels.
La “pénalité maternelle” désigne précisément ce phénomène : l’impact négatif que peut avoir la maternité sur l’évolution professionnelle des femmes. Elle ne résulte pas nécessairement d’une volonté manifeste, mais de biais implicites, d’anticipations sur la disponibilité ou de raisonnements de court terme.
Traiter tous les collaborateur.rices de manière strictement identique ne suffit pas. L’égalité formelle ne garantit pas l’équité réelle.
Le coût discret du désengagement
La parentalité est souvent abordée sous un angle humain. Elle constitue également un enjeu direct de performance.
Le coût du désengagement est estimé à 14 840 € par an et par salarié.e (Etude : IBET 2024 pour Mozart Conculting). Pourtant, ce phénomène ne se manifeste pas par des ruptures spectaculaires. Il s’installe progressivement, presque imperceptiblement.
Un retour mal accompagné, une charge de travail inchangée, un flou sur les priorités ou sur les perspectives d’évolution peuvent suffire à modifier le rapport au travail. L’implication se fait plus mesurée. Les prises d’initiative se raréfient. Les ambitions se redéfinissent à la baisse.
À l’échelle individuelle, ces ajustements semblent mineurs. À l’échelle d’une organisation, ils produisent des effets cumulatifs : une perte progressive de leadership féminin, des talents qui s’effacent des trajectoires stratégiques, des départs qui auraient pu être évités.
Dans une PME ou une ETI, où chaque compétence joue un rôle structurant, ces fragilisations silencieuses influencent directement la dynamique collective.
Le désengagement ne fait pas de bruit. Mais il a un coût humain, organisationnel et économique.
Managers et politique parentalité : le duo gagnant
Une politique parentalité structurée envoie un signal fort à l’ensemble de l’entreprise. Elle fixe un cadre, clarifie les droits et les processus, et crée un terrain de confiance pour tous les collaborateurs.
Mais une politique seule ne suffit pas. C’est le rôle des managers de la rendre vivante. Ils préparent les départs en congé, organisent la continuité des projets, ajustent les priorités et accompagnent le retour des collaborateurs. Leur action quotidienne transforme un cadre théorique en expérience concrète, fiable et équitable.
Pour cela, la formation est essentielle. Sans repères, ils improvisent, prennent des décisions au cas par cas et risquent d’accentuer les inégalités ou le désengagement.
Les managers formés prennent conscience des biais potentiels, comprennent les impacts de chaque décision et disposent des outils pour agir efficacement. Ils peuvent ainsi transformer ce qui pourrait être un moment fragile en un véritable levier d’engagement, de fidélisation et de performance.
L’alliance entre une politique claire et des managers compétents fait toute la différence : elle rend la parentalité stratégique, visible et durable dans l’entreprise.
Faire de la parentalité un choix stratégique
Dans un contexte de tension sur les talents et d’exigence accrue en matière de performance durable, la parentalité ne peut plus rester un angle mort des politiques RH.
La question n’est plus de savoir s’il faut s’en saisir. Elle est de déterminer si l’on souhaite laisser ces moments structurants au hasard… ou les piloter.
Intégrer pleinement la parentalité dans la stratégie RH et QVCT ne consiste pas à ajouter une initiative supplémentaire. Il s’agit d’agir sur des leviers concrets : limiter les risques psychosociaux, sécuriser les trajectoires, préserver les talents clés, renforcer l’engagement collectif.
Ces décisions ne relèvent pas du confort organisationnel. Elles conditionnent la stabilité et la performance de l’entreprise dans la durée.
L’égalité professionnelle ne se joue pas en une journée symbolique. Elle se construit dans les transitions, dans les arbitrages quotidiens, dans la manière dont l’entreprise accompagne ces moments sensibles.
À l’heure où les organisations cherchent à concilier performance et responsabilité, la parentalité apparaît moins comme un sujet annexe que comme un véritable levier stratégique. Certaines entreprises ne s’y trompent pas. Elles ont déjà intégré la parentalité dans leur réflexion sur l’organisation du travail, le management et l’engagement des équipes.
Pour elles, accompagner ces moments de vie ne relève pas d’une initiative isolée, mais d’une composante à part entière du futur du travail : des organisations plus attractives, plus engagées et plus durables.