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Communication en temps de crise : quelle stratégie budgétaire adopter ?

Opinion
jeudi 23 juillet 2026

Dirigeante du cabinet Oscine depuis 2017, engagée pour une croissance durable des entreprises du territoire. Administratrice indépendante et conférencière sur des sujets de RSE.

Communication en temps de crise : quelle stratégie budgétaire adopter ?

Crédit photo : Pavan Trikutam - Unsplash

Lorsqu’il faut rationaliser les budgets, le réflexe immédiat des dirigeants est souvent le même : sacrifier la communication. Si ce choix ressemble à un réflexe de survie, c’est en réalité un piège stratégique. En pensant réaliser une économie immédiate, l’entreprise se crée une dette invisible.

Alexia Ducrot est la fondatrice et Dirigeante du cabinet Oscine, avec son équipe, elle accompagne les entreprises et dirigeants du territoire à relever les nombreux défis actuels, par le conseil en Communication et en Gouvernance. Aujourd'hui elle évoque le sujet des budgets communication en temps de crise.

Lorsqu’il faut rationaliser les budgets, le réflexe immédiat des dirigeants est souvent le même : sacrifier la communication. Si ce choix ressemble à un réflexe de survie, c’est en réalité un piège stratégique. En pensant réaliser une économie immédiate, l’entreprise se crée une dette invisible.

Le contexte instable que nous connaissons n'a rien d'abstrait. Selon le baromètre Bpifrance Le Lab publié en 2026, 62 % des TPE-PME constatent déjà des conséquences négatives sur leur trésorerie ou leurs résultats. Malgré cette pression, 46 % des dirigeants ont investi dans la communication ou prévoient de le faire cette année. Autrement dit, face à la crise, ceux qui s'en sortent ne sont pas ceux qui ont tout stoppé, mais ceux qui ont su choisir où concentrer leurs efforts.

Dès lors, une question cruciale se pose : pourquoi continuer à communiquer quand le marché ralentit est-il le meilleur moyen de sécuriser son entreprise et de préparer l’avenir ?

Le piège du silence : se taire c’est offrir le terrain à vos concurrents

En communication, le silence est souvent le signe que quelque chose ne va pas au sein de l’entreprise. S’il n'est pas volontaire, ce manque d’information est néanmoins perçu par le public et peut causer de lourds dommages. D'abord, il invisibilise l'entreprise sur son marché et laisse le champ libre à des concurrents qui, eux, rassurent par leur présence quotidienne.

On le voit tous les jours dans le tissu économique du Pays Basque, où tourisme, industrie, services aux entreprises et artisanat se côtoient étroitement. Sur ce territoire, les structures qui continuent à parler de leurs projets, à publier, à prendre la parole dans les réseaux, même modestement, restent présentes dans l'esprit de leurs clients et de leurs partenaires. À l'inverse, celles qui se taisent finissent souvent par disparaître du paysage, et pas seulement pour quelques mois.

Se taire et abandonner le terrain est donc la première erreur stratégique. Pourtant, communiquer sur ses hauts et ses bas, tout comme réaffirmer ses valeurs et valoriser ses équipes, est le meilleur moyen de se démarquer lorsque la crise aligne tous les prix vers le bas. Car la communication ne sert pas uniquement à être vue : elle sert à être choisie. Faire le choix de maintenir le dialogue en période plus difficile, c’est aussi occuper l’espace au détriment de l’un de vos concurrents historiques.

La communication comme outil de réassurance et de confiance

La stabilité est une qualité essentielle que recherchent toutes les parties prenantes. Une entreprise qui communique de manière régulière, sans masquer ses difficultés, envoie un message inconscient fort à son écosystème. Par exemple, si les banques, fournisseurs et clients se disent : "Si Internet, leurs réseaux ou leurs commerciaux fonctionnent encore normalement et qu'ils parlent, c'est que la boîte est gérée, ils s'adaptent." Le silence, à l'inverse, fait penser que le bateau prend l’eau et que la situation est critique.

Clients, fournisseurs, partenaires locaux : tout le monde traverse les mêmes tempêtes. Être présent, à l’écoute, et montrer que l’on fait de son mieux créer des liens profonds. Cette transparence peut transformer une simple relation commerciale en un partenariat solide et durable. C’est précisément dans les moments difficiles que la fidélité se teste et que les liens se resserrent.

Le coût caché du redémarrage

Couper le budget de communication offre un gain financier immédiat, mais ce gain n'est qu'une illusion.

Le prix à payer pour redémarrer est en réalité bien plus élevé que les économies de court terme. Une étude à grande échelle de l'Institut Ehrenberg-Bass a analysé l'impact concret des marques qui cessent de communiquer : en moyenne, leurs ventes chutent de 16 % dès la première année d'arrêt, et l'effondrement atteint 25 % après deux ans. Sur Internet, les algorithmes vous oublient instantanément ; sur le marché, vos clients font de même au profit de concurrents restés actifs.

Si le fait de stopper sa visibilité du jour au lendemain brise brutalement la dynamique commerciale, il peut aussi produire un effet délétère en interne : une entreprise qui devient invisible peut générer de la démotivation au sein de son équipe, dont les membres ont besoin de ressentir de la fierté et de voir leur structure rayonner pour rester pleinement engagées.

Rebooster une marque après un écran noir oblige à dépenser des sommes importantes pour simplement revenir au point de départ. À l'inverse, maintenir une présence, même à un rythme plus léger, préserve la confiance des collaborateurs et sécurise votre position. C’est l'assurance d'être le premier choix des clients et des candidats au moment où l’activité repartira de plus belle.

Le capital marque, un actif immatériel de votre entreprise

Au-delà de son effet immédiat sur la visibilité, la communication construit quelque chose que les bilans comptables ont du mal à chiffrer, mais que le marché, lui, sait très bien reconnaître : le capital immatériel de l'entreprise. Notoriété, image de marque, qualité de la relation avec les clients et les partenaires, réputation dans son écosystème et marque employeur : tout cela compte, et l'Observatoire de l'Immatériel le rappelle depuis 2007, ces actifs pèsent aujourd'hui plus que les seuls actifs matériels dans la valeur d'une entreprise.

Couper sa communication ne fait pas qu'économiser un budget : cela revient à désinvestir, en silence, de ce capital-là. Et ce capital se retrouve bien réel le jour d'une levée de fonds, d'une cession ou d'une transmission, où il pèse directement sur la valorisation. Maintenir une présence régulière, même modeste dans les moments difficiles, c'est donc un investissement qui se construit dans le temps, et qui finit, très concrètement, par se voir dans ce que vaut l'entreprise.

Faut-il vraiment couper les budgets de communication en période de crise ?

Au vu de ces quatre leviers (la prise de parole, la confiance, le coût du redémarrage et le capital immatériel), la réponse est non. Mais ce n'est pas tant une question de "oui ou non" que de dosage et de méthode : en période d'incertitude, mieux vaut ajuster son budget et le prioriser que le sabrer. Cela peut vouloir dire prioriser les canaux qui nourrissent la confiance, ralentir le rythme plutôt que couper le son, ou profiter du moment pour rappeler ce qui distingue vraiment l'entreprise. Et des nouveaux formats d’accompagnement existent, comme la Direction Communication externalisée, en support de vos ressources internes, c’est un format léger et abordable qui permet de donner de la cohérence et de l’impact à votre stratégie et vos actions de communication.

Une chose est sûre : ce n'est pas la communication qu'il faut faire taire en période de crise, c'est le silence.

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