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« Chaque goutte compte » : comment la Water Family embarque les entreprises dans la préservation de l'eau

Les enjeux de l'eau
lundi 14 septembre 2026
« Chaque goutte compte » : comment la Water Family embarque les entreprises dans la préservation de l'eau

L'association Water Family a conçu un jeu à déployer en entreprise pour comprendre les enjeux de l'eau sur chaque territoire. Crédit : Water Family

Sensibiliser sans culpabiliser, faire mieux avec moins : l'association Water Family – Du Flocon à la Vague propose des outils pour aider les entreprises à réduire leur consommation d'eau et leurs rejets chimiques.

Née de la sensibilisation des plus jeunes, la Water Family a compris que l'école ne suffirait pas. Pour peser sur les usages de l'eau, il fallait aussi parler aux entreprises. Depuis 2023, l'association déploie des outils cartographiés, territoire par territoire, pour aider organisations et industriels à identifier leurs marges de manœuvre. Le tout avec un principe qui infuse chaque intervention : ne pas faire la leçon, mais montrer que le moindre geste a du sens. Marion Thenet, co-responsable du pôle formation, détaille une méthode fondée sur la connaissance et l'intelligence collective.

D'où vient la Water Family et pourquoi s'adresser désormais aux entreprises ?
L'association a commencé par sensibiliser les enfants aux enjeux de l'eau et de l'écologie scientifique. Mais nous avons fait un constat : c'était insuffisant. Nous avons donc décidé d'adresser aussi le milieu de l'entreprise, par le jeu et par la connaissance. C'est notre fil conducteur : le savoir, c'est le pouvoir. En 2023, l'agence de l'eau Adour-Garonne nous a aidés à toucher les personnes en capacité d'agir, grâce au programme Eau-et-Territoire. Nous avons remporté un appel à projets pour créer un outil destiné aux entreprises et aux organisations. 

Concrètement, que contient cet outil ?
Nous avons les chiffres de l'eau sur chaque territoire : comment il fonctionne, d'où provient l'eau, combien prélèvent les industriels, combien prélèvent les agriculteurs. À partir de là, nous travaillons les solutions adaptées à chaque territoire. Chaque bassin versant a ses propres réalités, il n'y a pas de réponse unique.

« Chaque geste compte »

Une entreprise qui ne consomme pas d'eau dans son process, une banque par exemple, peut-elle vraiment agir ?
Pas en tant que telle, mais elle peut sensibiliser ses clients. Parce que demain, s'il y a un robinet à couper, ce seront les entreprises qui seront coupées en premier, c'est très clair. Certaines sont déjà en situation de vulnérabilité. Une blanchisserie, par exemple, doit revoir sa consommation d'eau. Le bon exemple, c'est Anett.

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Ce groupe de blanchisserie industrielle a divisé par plus de deux sa consommation d'eau, en passant de 20 litres à seulement 8 litres par kilo de linge traité. Pour mettre ce chiffre en perspective, l'entreprise consomme désormais moins d'eau qu'un lave-linge domestique classique, qui utilise en moyenne entre 12 et 13 litres par kilo. Et elle limite aussi les produits, car les micropolluants ne sont pas tous ôtés dans les stations d'épuration.

Ce volet chimique est central dans votre discours. Pourquoi ?
Parce que le problème est sans fin. Chaque année, environ 1.000 nouvelles molécules chimiques apparaissent, produites en Europe, et ce sont 100.000 substances chimiques qui sont commercialisées dans l'Union européenne pour divers usages industriels, agricoles ou de grande consommation. Notre but est de montrer comment diminuer l'utilisation de ces produits chimiques. Les gens pensent que, comme ces produits sont vendus, ils sont inoffensifs. Or c'est faux. Et encore, on ne connaît pas tous les effets cocktails, quand les cosmétiques s'allient à la nourriture et aux produits ménagers.

Vous insistez beaucoup sur la pédagogie plutôt que sur la contrainte… Or, n'est-il pas parfois nécessaire d'imposer des règles ?
Au sein de Water Family, nous tenons à la pédagogie. Quelles que soient les économies, ce sera bénéfique. Chaque goutte compte, chaque geste compte. Mais l'entreprise doit rester viable, et il faut arrêter de faire culpabiliser les gens. L'idée, c'est d'arriver à faire mieux avec moins, en quantité comme en polluants chimiques et en produits rejetés. On va souvent chez les industriels qui utilisent beaucoup d'eau, et c'est tout à fait normal : ce n'est pas un procès, c'est là que se trouvent les marges de progression les plus importantes.

Interventions en entreprise

Comment touchez-vous concrètement le monde de l'entreprise ?
Nous axons notre action sur la connaissance. L'association peut par exemple fournir un livret aux couleurs d'une entreprise, à distribuer en interne, qui explique le grand cycle de l'eau : celui qui fait que les produits polluants finissent par revenir sur nous. Il faut bien comprendre la différence entre l'eau directe et l'eau indirecte. L'eau indirecte représente 95% de notre consommation. L'eau indirecte, c'est toute l'eau qu'il a fallu utiliser pour produire, transformer et transporter nos biens de consommation. Plus on consomme des produits locaux et de saison, moins on consomme d'eau : moins de transport en camion, moins de barquettes en plastique… Cette vision globale est essentielle.

Comment se déroule une intervention sur site ?
Nous avons le programme « Trajectoire eau et territoire », un outil d'intelligence collective pour comprendre comment fonctionnent l'hydrosystème et le cycle de l'eau de son bassin versant. L'objectif est de faire émerger de nouvelles solutions pour économiser l'eau, réduire les pollutions à la source et protéger la biodiversité. Ce sont ceux qui travaillent au quotidien qui trouvent les meilleures idées.

Par exemple ?
Nous sommes intervenus chez Lindt, en Béarn, et une idée incroyable est sortie. Les cuves de chocolat étaient alors nettoyées à l'eau. Quelqu'un a proposé de d'abord gratter le maximum de chocolat, puis d'utiliser l'eau. C'est une idée toute simple, mais elle émane directement de ceux qui sont sur le terrain. Voilà tout l'intérêt de la démarche : nous n'apportons pas des solutions clés en main, nous créons les conditions pour qu'elles surgissent.

Vous travaillez aussi avec les jeunes. Dans quel but ?
La Water Family a été retenue parmi 40 associations pour intervenir dans les lycées, car les lycéens sont les futurs décideurs et les futurs travailleurs. Nous montons des comités de l'eau, où nous associons des entreprises. Une entreprise peut devenir marraine d'une classe pour travailler sur un projet particulier, à la fois comme mécène et comme partie prenante. Cela donne lieu à des rencontres avec les lycéens : l'entreprise bénéficie du regard des jeunes, et leur apporte en retour des renseignements sur son métier.

Ressources pour aller plus loin : Eau et territoires, enjeux locaux, le livre

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