Reprendre et transmettre une entreprise : financement, passage de relais et vision entrepreneuriale
Ces tables rondes ont permis d’explorer les différentes dimensions d’une transmission réussie : le financement, la relation entre cédant et repreneur, et la reprise comme véritable acte entrepreneurial. Crédit photo : PallicePalaceClub_BastienHebras
Mercredi 11 mars, Pallice Palace et In Extenso ont consacré un évènement à la reprise d’entreprise. Autour de trois tables rondes, experts et accompagnateurs ont partagé leurs expériences et leurs conseils.
Qu’il s’agisse de financement, de relation entre cédant et repreneur ou de stratégie de développement, la reprise d’entreprise est un projet global et exigeant. Pour en parler, Placéco Charente-Maritime a reçu douze chefs d'entreprises et experts du sujets autour de trois tables rondes : « Financer sa reprise » ; « Cédants, repreneurs, un passage de relais réussi » ; « Reprendre une entreprise, un acte entrepreneurial à part entière ».
Financer sa reprise : construire un montage solide
La première table ronde a permis de décrypter les mécanismes qui permettent à un repreneur de financer l’acquisition d’une entreprise. Comme l’a expliqué Isabelle Janitor, dirigeante du cabinet Cap Conseil & Finance, « la reprise repose généralement sur un montage financier combinant fonds propres et dette ». Le repreneur crée souvent une holding, y injecte son apport personnel, parfois complété par de la « love money » provenant de proches, puis mobilise des financements externes. Cet apport permet de déclencher un effet de levier, rendant possible l’obtention de prêts bancaires plus importants. Dans ce processus, Bpifrance joue un rôle central. Alexandre Colin, délégué territorial, a détaillé trois types d’interventions. Celle de sécuriser les prêts bancaires grâce à des garanties, compléter le financement avec des prêts dédiés à la transmission, ou encore d'intervenir directement en capital pour renforcer la structure financière. Les témoignages d’entrepreneurs ont illustré ces mécanismes. Gilles Renouf, qui a repris Retour de Plage il y a six ans, explique avoir combiné dette bancaire et fonds d’investissement pour mener à bien son projet. De son côté, Lucien Toux, repreneur à 58 ans de FCE, entreprise du bâtiment, souligne l’importance de rencontrer de nombreux partenaires financiers et de construire un business plan solide. Tous les intervenants se sont accordés sur un point : la reprise se prépare longtemps à l’avance et nécessite un accompagnement adapté.
Cédants et repreneurs : réussir le passage de relais
La seconde table ronde s’est concentrée sur un aspect souvent déterminant dans une transmission : la relation humaine entre cédant et repreneur. Ronan Quintin, repreneur de l’entreprise Cintr’Atlantic PVC, raconte que la rencontre avec le cédant s’est faite grâce au CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires). Très vite, la transparence et la confiance se sont installées, permettant de construire une relation constructive jusqu’à la vente. Pour Eric Palfroy, ancien dirigeant de l’entreprise et aujourd’hui délégué au CRA, « la confiance est la clé d’une transmission réussie ». Selon lui, « le processus fonctionne lorsque cédant et repreneur travaillent ensemble pour résoudre les obstacles, presque comme des associés avant même la finalisation de la vente ». La transmission nécessite également une préparation anticipée. Eric Palfroy rappelle qu’un dirigeant devrait idéalement commencer à préparer la cession trois ans avant la vente, afin de rendre l’entreprise plus autonome et plus attractive. Dominique Batard, fondateur de La Cervoiserie, a quant à lui évoqué son parcours entrepreneurial et la vente de son réseau de franchise au groupe C10. Après la période du Covid, il a choisi de transmettre pour assurer la pérennité de la marque tout en continuant à accompagner son développement. Enfin, Arnaud de Cambourg, vice président du Réseau Entreprendre, a insisté sur la solitude que peut ressentir un nouveau dirigeant. Les réseaux d’accompagnement permettent alors d’apporter mentorat, soutien et échanges entre pairs pendant les premières années.
Reprise d'entreprise : un acte entrepreneurial
La troisième table ronde a mis en lumière une idée forte. Reprendre une entreprise est un véritable projet entrepreneurial avec ses défis humains, stratégiques et opérationnels. Muriel Guillet, fondatrice du cabinet Arevia, a rappelé que le facteur humain est souvent sous-estimé dans les opérations de transmission. Pourtant, la réussite dépend autant des relations humaines que des aspects financiers. Le repreneur doit notamment travailler sur son positionnement, ses valeurs et sa capacité à embarquer les équipes. Elle conseille d’ailleurs « aux nouveaux dirigeants d’affirmer leur identité dès leur arrivée, tout en respectant l’héritage de l’entreprise ». Les intervenants ont également souligné l’importance de la stratégie après la reprise. Augustin Bondonneau, dirigeant de Uukha by X Composite, a expliqué comment il a choisi de s’appuyer sur des valeurs fortes, notamment le Made in France et la valorisation du savoir-faire local pour développer l’entreprise à l’international. Valdéric Scheid, repreneur et cédant de la Voilerie Klein a partagé une approche similaire. D'après lui, il est important de valoriser l’artisanat et la transparence sur les méthodes de production pour renforcer la perception de valeur auprès des clients. Enfin, Clément Pauly, directeur grand ouest d'Inextenso Finance, a rappelé que les opérations de transmission sont aujourd’hui de plus en plus complexes et professionnalisées. « Un bon accompagnement est donc essentiel pour piloter ces processus souvent longs et exigeants. »