Municipales 2026 : à Bordeaux, « le slogan c’est plutôt : no walking, no business » pour Pierre Hurmic
Dans le cadre des élections municipales, Placéco interroge les principaux candidats au mandat de maire de Bordeaux.
Longtemps dans l'opposition et élu en 2020, Pierre Hurmic vise un second mandat de maire de Bordeaux. Crédit : Alban Gilbert
À Bordeaux, le maire Les Écologistes Pierre Hurmic est candidat à sa propre succession. Sur le plan économique, il veut conforter l’attractivité d’un territoire qu’il juge déjà aux avant-postes, tout en accélérant les transitions écologiques et sociales.
Quelles sont les principales mesures de votre programme sur le plan économique ?
Nous partons d’un constat et d’une situation qu’il va falloir conforter et encore améliorer. Nous avons la chance d’avoir une ville et une métropole considérées comme les territoires les plus attractifs de France par la plupart des classements, y compris le plus récent du cabinet Arthur Loyd qui fait autorité en la matière. Bordeaux y est classée troisième ville la plus attractive de France pour sa qualité de vie et son dynamisme économique. Ma responsabilité est de continuer à accompagner cette attractivité tout en faisant de Bordeaux un territoire solidaire, exemplaire et décarboné. Notre tissu économique est composé à 90% de TPE et de PME. L’objectif est de redonner du souffle à ces entreprises locales et de privilégier nos marchés pour une économie de proximité en transition. Pour cela, nous allons doubler la capacité d’acquisition de locaux économiques via la foncière métropolitaine afin de maintenir une offre accessible aux artisans, commerçants et entreprises de l’économie sociale et solidaire.
Nous entendons également poursuivre la facilitation de l’accès des petites entreprises aux marchés publics. Le bilan du premier mandat est très significatif : l'accès aux marchés publics a progressé de 69% pour les TPE-PME au niveau de Bordeaux Métropole et de 50% pour les entreprises locales au niveau de la ville de Bordeaux. Nous resterons extrêmement vigilants dans ce cadre juridique strict en utilisant le bilan carbone comme critère de facilitation, car une entreprise locale présente un bilan bien supérieur à celui d'une entreprise éloignée. Par ailleurs, nous conditionnerons l’attribution des aides publiques au respect de critères environnementaux et sociaux. Enfin, je continuerai de porter la filière viticole, pilier historique et vitrine de notre savoir-faire, à l'international via la diplomatie des villes, mais aussi localement en impliquant davantage le territoire dans sa promotion avec des opérations comme « Bordeaux passe au verre » menée avec le CIVB, la CCI, l’UMIH et le syndicat des hôteliers-restaurateurs.
Comment, en tant que maire, comptez-vous cultiver et renforcer le lien avec les représentants du tissu économique local ?
Durant ce premier mandat, nous avons bien travaillé avec les organisations professionnelles, certains disent même comme jamais auparavant. Je veux structurer encore plus ces espaces de dialogue pour agir en coconstruction. Je prévois notamment la création d’une conférence sociale territoriale réunissant entreprises, acteurs publics et partenaires sociaux afin de définir des objectifs partagés en matière d’emploi, de transition écologique et de responsabilité sociétale des entreprises. Aider le tissu économique, c’est aussi maintenir Bordeaux comme une ville accueillante pour les chefs d'entreprise et pour les salariés. L'Observatoire des métropoles a souligné que Bordeaux était, pour la première fois, classée en tête des baromètres d'attractivité à la fois par les dirigeants et par leurs collaborateurs. Ce qui est mis en avant, c’est le cadre de vie, la sécurité, la vitalité économique et la connectivité.
Nous devons poursuivre cette voie en étant plus accueillants pour les familles. Cela passe par une politique de logement social et d’accès à la propriété via le Bail Réel Solidaire, par l'encadrement des loyers que nous devons poursuivre, mais aussi par notre objectif de « ville à hauteur d'enfant ». Offrir une alimentation bio à la cantine, des « cours buissonnières » agréables ou une ville plus respirable - la pollution de l'air a baissé de 35% en cinq ans à Bordeaux - sont autant d'atouts qui incitent les talents à venir travailler chez nous. Dans un contexte de défaillance et d’effacement de l’État par rapport au monde économique, le rôle des territoires devient essentiel. Les villes doivent être toujours plus mobilisées pour l’accompagnement du tissu économique local.
Dans ce contexte de transitions, quels nouveaux leviers actionnerez-vous pour maintenir le commerce, le tourisme et l’artisanat dans la course ?
Pour renforcer l’économie de proximité, la création de l’Office du commerce avec la CCI est une initiative majeure qui se développera lors du second mandat. Ce guichet unique évitera aux commerçants d'être promenés d'une institution à l'autre et prendra en charge l'animation commerciale de la ville. Par ailleurs, nous attendons l'autorisation de l'État pour expérimenter l'encadrement des loyers commerciaux. Il ne faut pas que l'amélioration de l'espace public par la collectivité se traduise systématiquement par une fuite en avant des loyers imposés par les propriétaires. Sur le plan de l'aménagement, je maintiens mon cap : la piétonisation est un pari sur l'avenir bénéfique au commerce. L’étude récente de la CCI montre que la vacance commerciale à Bordeaux a baissé significativement, passant de 9,4% à 7,4% en 2025, alors que la moyenne nationale est d’environ 12%. Le slogan « no parking, no business » est totalement éculé et rétrograde ; aujourd'hui, la réalité est « no walking, no business ». Les études nationales sont claires : le retour de la voiture en centre-ville ne sauvera pas les commerces, car les clients viennent surtout à pied, à vélo ou en transports collectifs.
Nous sommes prêts à aider les commerçants à s'adapter à ce contexte bénéfique sur le moyen et long terme. Concernant l'artisanat, nous visons l'obtention du label « Ville et Métiers d'Art » pour reconnaître les efforts accomplis et nous nous rapprocherons de la Philomathique pour promouvoir ces métiers. Enfin, pour le tourisme, nous restons aux avant-postes en étant classés 6e au baromètre mondial et première ville française des destinations responsables dans le GDS-Index. Sur la question des paquebots, d’ici 2030, l’alimentation électrique sera obligatoire. Une étude de faisabilité est en cours pour l'électrification des quais. Si les contraintes patrimoniales de l'Unesco sur la rive gauche bloquent le projet, nous travaillons déjà sur un plan B incluant un accostage sur la rive droite. L'enjeu est de poursuivre cet accueil tout en maîtrisant les impacts environnementaux et urbains.