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CHU (3/4). Seule ville à avoir deux IHU, Bordeaux veut devenir « un acteur extrêmement fort de la recherche »

Écosystème
mercredi 28 janvier 2026

Premier employeur de Nouvelle-Aquitaine, le CHU de Bordeaux est un acteur incontournable de la filière santé. Entre un besoin d’investissements massifs dans ses propres infrastructures, que ce soit ses bâtiments ou son établissement de données de santé, et son devoir de soutien à l’innovation locale, quelle est la stratégie du centre hospitalo-universitaire ? Cette semaine, Placéco vous propose de plonger au cœur de la machine.

CHU (3/4). Seule ville à avoir deux IHU, Bordeaux veut devenir « un acteur extrêmement fort de la recherche »

Le VBHI devrait s'installer dans un bâtiment rénové de l'Université de Bordeaux, jouxtant le CHU. Photo d'illustration : Adobe Stock

L’Institut hospitalo-universitaire (IHU) VBHI, dédié à la santé du cerveau, monte en puissance petit à petit. L’un des enjeux de son directeur général par intérim, Igor Sibon : nouer des liens avec le tissu économique.

Bordeaux est aujourd’hui la seule ville française, hors Paris, à abriter deux instituts hospitalo-universitaires (IHU). Le premier, créé en 2011, étudie les maladies du rythme cardiaque et a d’ores et déjà vu émerger des startups spin-off, de ses laboratoires. Le second baptisé VBHI (vascular brain health institute), est tourné vers les maladies vasculaires cérébrales. Rencontre avec son directeur par intérim Igor Sibon pour comprendre ses enjeux et ses liens avec le monde économique.

Où en est aujourd’hui le projet d’un bâtiment, pour accueillir les activités de l’IHU VBHI ?
Lorsque l’IHU a été annoncé en 2023, il était question d’une sortie de terre à cinq ans… Nous avons identifié une localisation, mais disons que la première pierre n’est pas encore posée. La décision a été prise de ne pas créer un bâtiment en propre, et d’occuper un bâtiment rénové de l’Université de Bordeaux, jouxtant le CHU pour une proximité entre clinique et recherche. Il accueillerait le VBHI et peut-être d’autres structures de recherche hospitalo-universitaires, nous sommes encore en phase de réflexion.

Un projet de recherche pour aller en milieu rural

Parmi les axes de recherche dont il était question en 2023, il y avait la lutte contre les maladies neurologiques les plus courantes - AVC et démence notamment. Avez-vous déjà avancé sur certains sujets ?
Nous en avons qui ont déjà bien démarré, oui. Par exemple, nous avons pour objectif de développer des algorithmes d’identification des anomalies cérébrales sur des IRM, avec des aimants beaucoup plus faibles que ceux utilisés dans notre routine clinique. On les appelle des IRM à bas champ et ils permettraient de sortir des hôpitaux, d’aller en milieu rural. On a eu l’opportunité d’avoir à la fois un projet de recherche et un financement du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine pour acquérir cette imagerie. Pour vous donner un ordre d’idée, on parle d’une puissance de 0,55 tesla que l’on pourra combiner à une autre imagerie encore plus à bas champ de 0,064 tesla - sachant que l’imagerie en ville est de 1,5 ou trois tesla. Cela nous permet d’envisager une portabilité et d’aller à proximité de la population, pour faire passer des imageries médicales à des gens vivant loin des établissements hospitaliers. Et ainsi, améliorer l’identification de ces anomalies cérébrales dans la population. Mais cela nécessite de développer les algorithmes dont je vous parle car évidemment, avec ce type d’IRM les images sont de moins bonne qualité. Nous devons développer des outils d’intelligence artificielle, permettant de valider les images.

Quels sont vos rapports avec le monde économique ? Plusieurs startups sont par exemple issues de l’IHU Liryc, est-ce un objectif pour vous d’en voir émerger ?
Pour l’instant nous en sommes au début de notre histoire. Ce sont les laboratoires de recherche qui développent des brevets, et s’il y a une plus-value permettant de s’autonomiser ou de créer une startup à partir de nos recherches, on l’encourage. Nous sommes encore trop jeunes. Mais nous sommes à la recherche de collaborations avec des entreprises, notamment sur des outils numériques qui permettent de suivre de façon dématérialisée des symptômes neurologiques chez des patients… ou pour des outils d'entraînement cognitif qui permettraient de prévenir la survenue de maladies comme celle dite des petites artères. On peut aussi établir des partenariats avec des industriels de la pharmaceutique pour envisager d’analyser l’impact de certaines anomalies biologiques, qui les intéresse tout particulièrement car ils développent des médicaments qui seront susceptibles de moduler ces anomalies biologiques.

Des collaborations pour « tester des solutions »

Qu’est-ce que ce genre de partenariats apporte à l’IHU ?
Plusieurs éléments extrêmement importants. D’abord, travailler avec des industriels en amont de l’utilisation d’un médicament permet de valider le fait que des anomalies biologiques ciblées soient bien associées à un risque accru, d’AVC ou de démence par exemple. Ensuite, ce genre de collaboration nous impose d’ores et déjà de travailler sur l’entrepôt de données de santé du CHU [ndlr, à lire dans la suite de cette série]. Cela nous challenge sur notre capacité à réellement exploiter les données. Ca paraît simple de dire « on a recueilli des données de patients dans un gros serveur informatique, on n’a qu’à les recracher ». Mais non, il faut les rechercher, les classer, les lier avec d’autres données… Tout ça peut être beaucoup plus compliqué qu’on imagine et les collaborations nous obligent à tester nos solutions.

Dans le milieu de l’innovation en santé, on entend souvent la volonté de faire de Bordeaux un « petit Boston », ville américaine connue pour être un point névralgique de la filière. Utopie ou réalité, selon vous ?
Les moyens sont encore trop limités, mais Bordeaux est la seule ville hors Paris à avoir deux IHU, ce qui est tout de même une force. On a aussi des RHU [ndlr, recherches hospitalo-universitaires] notamment en cardiologie et en neurologie, tout aussi porteuses… Sans parler des axes qui se structurent de façon extrêmement importante autour de l’immunologie, l’allergologie et le cancer. Ce que j’observe, c’est qu’aujourd’hui on a des développements de recherche qui se sont fait un peu en silo, mais qui ont vocation à être de plus en plus collaboratifs entre eux. Avec l’IHU VBHI nous nous sommes volontairement rapprochés du Liryc pour mettre nos forces en commun. Elles sont non négligeables et peuvent nous permettre de devenir un acteur extrêmement fort de la recherche neurovasculaire, cardio-vasculaire, à l’échelle internationale.

À lire dès demain : CHU (4/4). « Les données de santé sont un enjeu très important pour les acteurs économiques »

Sommaire

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CHU de Bordeaux (1/4). Entre innovations et rénovations

Le CHU de Bordeaux, un des premiers employeurs de la région Nouvelle-Aquitaine, est l’un des centres hospitalo-universitaires les plus en pointe sur la recherche de France. En parallèle, il décroche la triste première place de structure la plus vétuste du pays.

CHU de Bordeaux (1/4). Entre innovations et rénovations
2

CHU de Bordeaux (2/4). Quelle stratégie pour asseoir sa place dans l’innovation française ?

Le CHU de Bordeaux, réputé dans le paysage de l’innovation en santé, structure un écosystème favorable à la recherche. L’an dernier, il a pris part à 2.700 projets. Son enjeu : conserver sa place et maintenir ses collaborations avec les industriels.

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4

CHU (4/4). « Les données de santé sont un enjeu très important pour les acteurs économiques »

Le CHU de Bordeaux a choisi de se doter d’un établissement de données de santé (EDS). Vianney Jouhet, responsable de l’EDS bordelais, détaille les enjeux et conditions d’utilisation de ces données par les entreprises.

CHU (4/4). « Les données de santé sont un enjeu très important pour les acteurs économiques »
5

Isis Aquitaine, l'œil du médecin à domicile

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