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Cession et transmission d'entreprises 4/5. Artzainak : « Nous voulons être là dans 50 ans et dans 100 ans »

Écosystème
mercredi 01 juillet 2026
Cession et transmission d'entreprises 4/5. Artzainak : « Nous voulons être là dans 50 ans et dans 100 ans »

Michel Etchebest et Beñat Cazenave - Artzainak. Crédit photo : Groupe Artzainak

En 2025, le groupe industriel Artzainak dont le siège est situé à Mauléon a vécu une transmission particulière. Le fondateur et actionnaire majoritaire, Michel Etchebest, a fait don de ses actions à une fondation reconnue d’utilité publique. L’objectif principal : garantir la pérennité de l’entreprise sur le territoire.

EBL, la petite entreprise spécialisée dans les polymères et la plasturgie créée par Michel Etchebest en 1985 a bien grandi depuis. EBL est ainsi devenue l’une des sept entités d’un groupe industriel de renom en Soule, Artzainak. Aujourd’hui, le groupe au chiffre d’affaires de 40 millions d’euros intervient dans différents autres secteurs d’activité : aéronautique, bâtiment et travaux publics, agricole, énergie ou nautisme et regroupe 250 salariés dont 200 basés en Soule. Le groupe est ainsi un véritable pilier de l’économie locale. « Monsieur Etchebest avait à cœur de développer l’économie et l’industrie sur le territoire, explique Beñat Cazanave, l’actuel PDG du groupe. Il s’agit de la raison d’être de l’entreprise : créer de l’emploi localement au sein d’un groupe fort et indépendant, avec des salariés impliqués dans les décisions. » Ainsi, depuis 2002, le capital a été ouvert aux salariés, qui détiennent 24 % des actions.

Pérenniser l'entreprise et son rayonnement sur le territoire

Avec cet objectif en ligne de mire tout au long de la vie du groupe, la question de la transmission du groupe à la retraite de Monsieur Etchebest était périlleuse. « Michel Etchebest détenait 76 % des actions. À son départ à la retraite qui a eu lieu en mars 2025, la question de ce que l’on allait faire s’est posée. Les salariés n’avaient pas l’argent pour racheter ses parts et s’il avait vendu à un investisseur, nous n’aurions plus eu la maîtrise. Après réflexion, il a donc décidé de créer une fondation reconnue d’utilité publique pour sécuriser le groupe. » Le chef d’entreprise a ainsi fait don de ses parts à la fondation, devenue l’actionnaire majoritaire du groupe. L’objectif : rendre la société inaliénable et non délocalisable tout en accompagnant et soutenant les projets de développement économique locaux et ruraux, la fondation ayant un but philanthropique et étant incessible.

La fondation Artzainak est ainsi l’une des rares fondations d’utilité publique à être actionnaire d’une entreprise en France (avec Léa Nature en Charente-Maritime). Après avoir obtenu la reconnaissance d’utilité publique en décembre 2025 par décret du Premier ministre, la Fondation a tenu son premier conseil d’administration le 18 mai 2026. Ce conseil d’administration est composé de 10 membres (dont Michel Etchebest) ainsi que d’un représentant du gouvernement (Madame la sous-préfète d’Oloron-Sainte-Marie). Lors de cette première réunion, le conseil d’administration a défini les contours de son action philantropique : accompagner la transformation des activités de production en milieu rural vers des modèles plus durables et responsables.

Transmettre la responsabilité

Un représentant de la fondation sera également présent aux réunions du Conseil de surveillance d’Artzainak mais n’interviendra pas directement dans les décisions du groupe. « Une fondation ne va pas pouvoir céder ses actions, précise Beñat Cazanave, ce qui nous permet de maintenir le capital et de garantir notre pérennité. Nous gardons nos capacités d’investissement, sans être poussés par un investisseur qui recherche une croissance rapide. Les décisions stratégiques de l’entreprise continuent d’être prises dans le respect de son projet d’origine. »

Ce projet avait été clarifié lorsque les salariés sont entrés au capital en 2002. « Depuis 2002, nous visons la durée. Nous voulons être là dans 50 ans et dans 100 ans », souligne Beñat Cazanave. Puis, cette année, après le départ de Monsieur Etchebest et la cession de ses actions à la fondation, les salariés actionnaires ont décidé de redéfinir ensemble les valeurs du groupe pour définir par la suite une feuille de route pour 2026 à 2030 en phase avec ces valeurs. « Il s’agit de l’esprit d’initiative, de l’engagement, de la solidarité et de la responsabilité, détaille Beñat Cazanave. Nous avons la responsabilité de faire vivre l’entreprise et le territoire. »

La responsabilité qui pèse sur les actionnaires salariés prend une dimension encore plus prégnante dans le contexte de cette transmission atypique. « Les salariés voient cette transmission comme un cadeau fait par Monsieur Etchebest. Cela responsabilise. Nous devons faire en sorte que le groupe continue à marcher. Ce cadeau commun est à nous tous », pose le nouveau PDG. La suite : « plusieurs ambitions claires : comment rester indépendant, développer nos propres produits et maîtriser nos marchés, continuer à créer des produits différenciants, s’assurer que les salariés se sentent bien dans le groupe… On ne vise pas l’acquisition à tout prix ou de doubler le chiffre d’affaires. On doit rester rentable pour être fort et indépendant, mais toutes les décisions prises doivent être au service de nos emplois et de nos valeurs. »

Le mot de notre expert partenaire :
Si le modèle retenu par Artzainak demeure exceptionnel, il illustre une préoccupation largement partagée par les dirigeants : associer durablement les salariés au projet d’entreprise. L’ouverture du capital constitue à cet égard un outil particulièrement efficace pour fidéliser les collaborateurs clés, préparer la transmission et renforcer l’alignement des intérêts entre dirigeants et salariés. Plusieurs mécanismes peuvent être envisagés, notamment les attributions gratuites d’actions (AGA), qui permettent une montée progressive des salariés au capital dans un cadre juridique et fiscal adapté. La réussite de ces opérations suppose toutefois d’anticiper les questions de gouvernance, de droits de vote, de liquidité des titres ou encore de sortie des salariés associés. L’accompagnement juridique est essentiel pour structurer le plan d’AGA, sécuriser les décisions sociales et organiser les relations entre associés au moyen de pactes adaptés. Le Groupe IDOANE veille à la sécurisation juridique de ces projets afin de concilier stabilité du capital, attractivité pour les salariés et pérennité du projet entrepreneurial.
Nicole Legrand & Isabelle Ollivier - Avocats Associés - Cabinet IDOANE

Sommaire

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Cession et transmission d'entreprises 1/5. Les enjeux de la transmission d'entreprise en chiffres

Vient un temps où un chef d’entreprise doit ou souhaite cesser son activité. C’est le cas au moment de la retraite, mais cela peut également arriver tout au long de la vie de l’entreprise. La question de la transmission se pose alors. Elle peut être réalisée avec un repreneur externe, en famille ou revêtir des formes originales (transmission à des salariés comme l’a fait Emac, voire via un montage plus complexe, à l'instar d'Artzainak.

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Cession et transmission d'entreprises 3/5. Emac, une entreprise entre les mains de ses salariés

Fin 2025, Emac, entreprise industrielle basée en périphérie de Mauléon, a été transmise par ses dirigeants à cinq de ses salariés. Une opération qui n’est pas une première pour l’entreprise déjà transmise en interne près de 20 ans auparavant.

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Cession et transmission d'entreprises 2/5. Ugo de Pellegrini, CCI Bayonne-Pays basque : « Une reprise bien réussie est une reprise bien préparée »

Lorsqu’un entrepreneur souhaite transmettre son entreprise, différentes solutions peuvent être envisagées. La CCI peut accompagner les cessionnaires ainsi que les repreneurs pour maximiser les chances de réussite de leurs projets. Le point sur ce sujet avec Ugo de Pellegrini, conseiller en financement et transmission d’entreprise à la CCI Bayonne-Pays basque.

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Cession et transmission d'entreprises 5/5. Leire Loyatho, Elizaldia : « On reprenait un navire qui flotte et avance »

Le cas de la transmission familiale de la ferme Elizaldia est un exemple de succès d’une telle transmission. Les trois enfants du couple fondateur ont repris l’entreprise en 2023, après avoir pris le temps de bien préparer ce passage de relais.

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