Cession et transmission d'entreprises 3/5. Emac, une entreprise entre les mains de ses salariés
Fin 2025, Emac, entreprise industrielle basée en périphérie de Mauléon, a été transmise par ses dirigeants à cinq de ses salariés. Une opération qui n’est pas une première pour l’entreprise déjà transmise en interne près de 20 ans auparavant.
Pour la société Emac, spécialiste du caoutchouc, la transmission en interne est une habitude ancrée. L’entreprise créée en 1954 pour fabriquer des mélanges de caoutchouc transformé était au départ une entreprise familiale. Lancée par deux cousins, elle a d’abord été transmise aux descendants de ces derniers. Mais en 2006, lorsque la transmission familiale n’a plus été possible, il a fallu trouver une autre manière de faire. Cette année-là, Didier Chaufaille et Pierre Lalanne, qui travaillaient chez Emac depuis de nombreuses années, ont été les premiers salariés à reprendre l’entreprise. Puis, à leur tour, lors de leur départ à la retraite en 2025, ils ont souhaité faire de même. « Céder aux employés était leur choix numéro un. Leur idée était de poursuivre avec cette reprise en interne pour qu’Emac reste une structure indépendante, et perdure dans le temps localement », explique Cyril Sublime, l’un des cinq salariés repreneurs, aujourd’hui directeur général.
Préserver l'emploi et l'économie locale
« L’objectif était de préserver l’emploi en Soule, que l’on continue à développer l’entreprise localement, ajoute Cyril Sublime. Si Emac avait été reprise par un grand groupe, on risquait de devenir un centre de profit. Un groupe malveillant aurait pu vouloir récupérer notre savoir-faire, sans se soucier de ce qu’allait devenir le site. » L’entreprise, implantée en Soule dans les années 50 pour répondre aux besoins en caoutchouc de fabriques de chaussures et d’espadrilles, a connu une croissance fulgurante depuis, en développant le « mélangeage à façon », c’est-à-dire en concevant des formules de mélanges de caoutchouc sur demande, auprès de nombreux secteurs. Ainsi, 35 % de l’activité est liée au secteur automobile, 15 à 20 % aux pneumatiques, mais Emac compte également parmi ses clients des industries pharmaceutiques, cosmétiques (notamment pour la fabrication de joints en caoutchouc pour l’étanchéité de vaporisateurs), des entreprises du bâtiment (mastic pour le double vitrage par exemple) ou encore de la grande consommation (tel que le fabriquant de bottes en caoutchouc Aigle). Au Pays basque, Emac travaille avec Somocap qui fabrique entre autres des pièces en caoutchouc sur mesure. L’entreprise fabrique ainsi 6000 tonnes de mélanges caoutchouc par an, ce qui représente entre 23 et 24 millions de chiffre d’affaires annuel. Le nombre de salariés est stable depuis plusieurs années : environ 80 personnes sur le site de Viodos Abense-de-Bas, aux abords de Mauléon.
Emac, comme d’autres industriels tels que Artzainak (voir article 4/5) est l’un des plus grands pourvoyeurs d’emploi localement. Ainsi, avec 889 emplois répertoriés par l’Observatoire économique et territorial de Soule dans son rapport publié en 2025, l’industrie est le secteur qui recrute le plus dans cette province du Pays basque (on comptait 2283 salariés au total en Soule au sein de 400 entreprises en 2023, dont 889 dans l’industrie, 697 dans le secteur des services, 361 dans la construction et 336 dans le commerce).
Assurer la continuité
Cette fois, cinq salariés ont été inclus dans la reprise, cinq managers. Deux d’entre eux, Cyril Sublime et Steve Etcheverry Gauchet, assurent la direction générale de l’entreprise. Maxime Charmant est en soutien de la direction générale et les deux derniers repreneurs, Franck Berger et Hervé Recalt gardent des rôles plus opérationnels. « La reprise a été effective le 11 septembre 2025, rappelle le directeur général. Mais le projet a démarré trois ans auparavant. Ce sont des projets qui prennent du temps. Il faut des partenaires et des banques qui suivent. Nous avons aussi trouvé un investisseur extérieur, Aquiti, un fonds régional, pour une opération de LBO. Comme nous pouvions peu nous engager financièrement (les cinq managers à qui la reprise a été proposée), Didier Chaufaille et Pierre Lalanne ont réinvesti dans l’entreprise pour rassurer les banques. » Le montage a ainsi permis aux cinq repreneurs de conserver la majorité des droits de vote de la société. « Nous avons tout de même des réunions stratégiques avec le fonds, qui peut intervenir, par exemple si on devait prendre de grandes décisions comme produire autre chose que du caoutchouc, précise Cyril Sublime. Mais au quotidien, ce sont les salariés dirigeants qui gèrent l’entreprise. Le fonds est aussi là en support. Nous sommes de jeunes repreneurs, donc ils peuvent nous aider lorsque nous avons besoin de conseils stratégiques, en nous mettant en relation avec d’autres entreprises par exemple qui ont eu les mêmes besoins. »
Le départ des deux anciens dirigeants a engendré une perte de compétences, notamment sur les sujets financiers. Pour assurer la continuité, l’un des anciens dirigeants a continué à venir un jour par semaine jusqu’en mars pour assister la nouvelle directrice administrative et financière, présente pour le moment deux jours par semaine, en attendant qu’un modèle définitif soit acté. Les objectifs globaux depuis ce changement de direction restent toutefois les mêmes qu’auparavant : continuer à développer l’entreprise auprès de différents secteurs d’activité « ce qui permet d’atténuer les crises de certains secteurs ». « Nous projetons aussi d’investir d’ici deux à trois ans dans un nouveau bâtiment de stockage pour améliorer le stockage et les flux », partage Cyril Sublime.
Les nouveaux associés parlent aussi du plus long terme, et de la reprise future. « Nous ne savons pas encore trop comment, mais l’idée serait d’intégrer petit à petit de nouveaux arrivants ». Des salariés de l’entreprise aussi, qui comme eux, « connaissent bien l’entreprise et son fonctionnement », et ont à cœur de faire perdurer l’entreprise sur le territoire souletin.
Le mot de notre expert partenaire :
La transmission d’une entreprise à ses salariés constitue souvent une solution particulièrement vertueuse pour préserver l’activité, les emplois et la culture d’entreprise. Toutefois, la réussite de ce type d’opération repose sur une structuration juridique rigoureuse. Au-delà de l’acquisition elle-même, il est essentiel d’organiser les relations entre les salariés associés, de définir des règles de gouvernance claires et d’anticiper les modalités de prise de décision ou de sortie du capital. Ces mécanismes permettent de sécuriser le projet dans la durée et constituent un facteur de confiance majeur pour les banques, investisseurs et fonds d’accompagnement. Le rôle du Groupe IDOANE est précisément d’élaborer cette architecture juridique afin de concilier projet humain, stabilité de la gouvernance et exigences des partenaires financiers qui soutiennent la transmission.
Nicole Legrand & Isabelle Ollivier - Avocats Associés - Cabinet IDOANE
Sommaire
Cession et transmission d'entreprises 1/5. Les enjeux de la transmission d'entreprise en chiffres
Vient un temps où un chef d’entreprise doit ou souhaite cesser son activité. C’est le cas au moment de la retraite, mais cela peut également arriver tout au long de la vie de l’entreprise. La question de la transmission se pose alors. Elle peut être réalisée avec un repreneur externe, en famille ou revêtir des formes originales (transmission à des salariés comme l’a fait Emac, voire via un montage plus complexe, à l'instar d'Artzainak.
Cession et transmission d'entreprises 3/5. Emac, une entreprise entre les mains de ses salariés
Fin 2025, Emac, entreprise industrielle basée en périphérie de Mauléon, a été transmise par ses dirigeants à cinq de ses salariés. Une opération qui n’est pas une première pour l’entreprise déjà transmise en interne près de 20 ans auparavant.
Cession et transmission d'entreprises 2/5. Ugo de Pellegrini, CCI Bayonne-Pays basque : « Une reprise bien réussie est une reprise bien préparée »
Lorsqu’un entrepreneur souhaite transmettre son entreprise, différentes solutions peuvent être envisagées. La CCI peut accompagner les cessionnaires ainsi que les repreneurs pour maximiser les chances de réussite de leurs projets. Le point sur ce sujet avec Ugo de Pellegrini, conseiller en financement et transmission d’entreprise à la CCI Bayonne-Pays basque.
Cession et transmission d'entreprises 4/5. Artzainak : « Nous voulons être là dans 50 ans et dans 100 ans »
En 2025, le groupe industriel Artzainak dont le siège est situé à Mauléon a vécu une transmission particulière. Le fondateur et actionnaire majoritaire, Michel Etchebest, a fait don de ses actions à une fondation reconnue d’utilité publique. L’objectif principal : garantir la pérennité de l’entreprise sur le territoire.
Cession et transmission d'entreprises 5/5. Leire Loyatho, Elizaldia : « On reprenait un navire qui flotte et avance »
Le cas de la transmission familiale de la ferme Elizaldia est un exemple de succès d’une telle transmission. Les trois enfants du couple fondateur ont repris l’entreprise en 2023, après avoir pris le temps de bien préparer ce passage de relais.