Les Landes, pionnier de la lutte contre les micropolluants dans l'eau
En service depuis les années 1980, la station d’épuration de Conte traite 1,4 million de m3 d’eau chaque année. Crédit : Thibault Toulemonde / Département des Landes.
Dans les Landes, un dispositif inédit s’attaque à un fléau invisible : les micropolluants. À Mont-de-Marsan, une expérimentation grandeur nature teste des technologies de pointe pour mieux mesurer, traiter et, à terme, réduire massivement ces substances néfastes issues de nos usages quotidiens.
Ils sont partout. Dans les sols, dans l’air et à l’intérieur des organismes vivants. Mais c’est principalement l’eau qui reste le vecteur principal des micropolluants. Générés par l’activité humaine, leurs effets sont encore méconnus même si on sait déjà qu’ils peuvent générer des impacts négatifs sur la santé humaine, notamment en termes de reproduction, de troubles hormonaux (perturbateurs endocriniens) ou encore de risques potentiels de cancer. Pour lutter contre ce mal invisible, encore faut-il avoir la connaissance. Pour cela, le Département des Landes mène une expérimentation d’envergure afin de mesurer la présence de ces substances et de tester diverses méthodologies d’éradication.
L’expérimentation se déroule depuis mars dernier sur la station d’épuration de Conte à Mont-de-Marsan. Un site qui n’a pas été choisi par hasard. « En sortie de station, on retrouve des micropolluants issus des médicaments ou encore des produits cosmétiques ou ménagers », explique Patricia Beaumont. En effet, utilisées dans nos domiciles et entreprises, les molécules de ses produits se retrouvent dans les eaux grises dirigées vers les stations d’épuration. Or, « les procédés actuels ne permettent pas de traiter tous ces produits qui se retrouvent rejetés dans les cours d’eau, en milieu naturel », poursuit la conseillère départementale.
« Cela n’a jamais été fait »
Face à ce constat, le Département des Landes travaille depuis 2021 pour étoffer sa connaissance et élaborer une réponse efficace. Pour cela, un consortium scientifique est mis en place regroupant des chercheurs de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, de l'Office International de l’Eau et du Centre technique de l’eau de Limoges. Dans ce cadre, des études éco-toxicologiques sont menées en sortie de cinq stations landaises. « Celle de Conte a été retenue pour l’expérimentation car elle est la plus représentative et qu’elle se situe à proximité de l’hôpital de Mont-de-Marsan », précise l’élue.
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Sur cette station, trois types de technologies sont testées : différentes formes de filtration, l'absorption sur charbons actifs, et l’oxydation avancée (par UV, ozonation ou peroxyde d’hydrogène). « Toutes ces technologies sur un même site, cela n’a jamais été fait », se réjouit Patricia Beaumont. « On peut ainsi les combiner, ce qui est vraiment innovant. Au total, nous avons prévu de réaliser des tests sur neuf configurations différentes », ajoute la directrice R&D d’un laboratoire dans la vie civile.
Traiter et préserver
Au final, l’objectif affiché est de réduire d’au moins 80% la présence des micropolluants dans les eaux rendues à la nature. Pour atteindre ce but, l’idée, lors de cette phase d’expérimentation, consiste à évaluer les coûts de tous ces traitements. « Nous recueillons plusieurs informations: le taux d’abattement des molécules, le coût énergétique, et le coût d’exploitation », détaille l’élue déléguée à la transition énergétique.
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Évaluée à 2,2 millions d’euros (1,8 million pour les pilotes de traitement et 437.000 euros pour les études et le contrat de recherche), l'expérimentation est subventionnée à 50% par l’Agence de l’eau Adour Garonne. À Mont-de-Marsan, elle revêt une importance particulière. En effet, d’ici 2029, un cycle de réutilisation des eaux traitées doit voir le jour au profit des agriculteurs locaux. « Avec le changement climatique, il y a moins d’eau dans les rivières, il faut donc diminuer les pompages agricoles », résume Patrice Marboutin. D’autant plus que les prélèvements les plus importants se font l’été, en période d'étiage, quand le niveau des cours d’eau est au plus bas. Pour ne plus avoir d’impact sur le milieu naturel, les 1,4 million de m3 traités par la station d’épuration de Conte seront « stockés dans dans cinq réservoirs de 300 à 500.000 m3 d’eau », précise le directeur du cycle de l’eau à Mont-de-Marsan Agglo. Ainsi, les exploitants savent d’avance la quantité d’eau dont ils disposent pour tenir l’année. « Cela va permettre de réfléchir à l’optimisation des systèmes d’irrigation », estime-t-il.
Même si les deux projets sont à l’origine dissociés, l’optimisation des traitements et de la réutilisation seront dans l’avenir intimement liés. Tous deux suivent un seul et même objectif: préserver le milieu naturel.