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Dans le Libournais, l’eau placée au cœur de l’aménagement territorial

Eau Grand Sud Ouest
jeudi 26 mars 2026
Dans le Libournais, l’eau placée au cœur de l’aménagement territorial

Dans notre région, l’eau potable provient des nappes profondes dont les réserves s’amenuisent. Crédit : Engin Akyurt

En Gironde, les réserves des nappes phréatiques s’amenuisent. Pour préserver la ressource en eau, le territoire du Libournais construit un modèle où la croissance économique et la densification urbaine se pensent à l’aune de la ressource disponible.

Selon le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, d'ici 2025, 88% du territoire de France métropolitaine connaîtront fréquemment des situations de tension hydrique en été. Parmi les régions les plus menacées, le Sud-Ouest est particulièrement scruté. Sécheresses estivales, surexploitation des nappes et forte activité agricole forment un cocktail parfait pour une situation de stress hydrique chronique. En Gironde, tout le département est concerné. « C’est un peu contre-intuitif », admet Philippe Buisson, maire de Libourne et président de la Communauté d’agglomération du Libournais (Cali). « Ici, notre territoire est très irrigué et l’eau est partout dans le paysage. Pourtant l’accès à l’eau potable est menacé. »

Face à cette situation, l’État a lancé un grand « Plan Eau », afin d’anticiper une baisse attendue de 30 à 40% de la ressource disponible d’ici 2050. Dans ce cadre, des efforts sont demandés aux collectivités locales et, dans le Libournais, on a pris le taureau par les cornes. « Nous avons pris conscience que l’eau potable pouvait devenir un facteur limitant, un élément qui nous permet, ou pas, de développer le territoire. »

Des dizaines de millions à investir

Ainsi, à l’échelle de l’agglomération, les 45 communes de la Cali ont approuvé en février dernier le Plan Local d’Urbanisme intercommunal - Habitat et Déplacement (PLUi-HD). Dans ce document, anticipant la croissance démographique locale, la question de l’accès à l’eau se place au cœur des débats. « L'accueil de nouvelles populations est conditionné par notre capacité à préserver la ressource en eau », résume Philippe Buisson. Déjà, des projets de construction ont été impactés par cette orientation. « Nous avons dû réduire de manière drastique le nombre de logements en prévision. » Du côté d’Izon, « un projet immobilier est bloqué à cause du manque d’eau ».

Outre la maîtrise de son développement, l’intercommunalité de 95.000 habitants se doit également d’optimiser ses réseaux. « Nous faisons des efforts pour réduire les pompages dans les nappes éocènes », souligne le maire. Pour cela, la lutte contre les fuites est lancée. Partout dans le Libournais, des agents traquent les déperditions et des travaux significatifs sont engagés. « Ce sont des dizaines de millions d’euros consacrés à la rénovation des réseaux de circulation d’eau. » Des opérations coûteuses mais dont la facture finale pourrait s’avérer bien plus sévère s’ils ne sont pas entrepris. « C’est un enjeu politique, sociétal et environnemental », estime Philippe Buisson.

Repenser les usages de l'eau

C’est avec l’ensemble de ces efforts que de nouveaux permis de construire pourront être accordés. « Nous devons démontrer notre capacité à préserver la ressource en eau », reprend l’élu. Une démarche globale mise au cœur de l’action et désormais présente sur la place publique. Si le sujet est technique, l’élu se félicite d’avoir vu naître un débat autour de la question de l’eau. Une discussion entamée et loin d’être terminée puisque de nouvelles pistes d'économie sont envisagées. « Nous travaillons sur la récupération et la réutilisation des eaux grises pour certains usages comme l’irrigation ou le nettoyage des voiries par exemple. » Dans ce sens, la nouvelle station d’épuration de Condat devrait être inaugurée d’ici la fin de l’année. Les eaux ainsi récupérées pourraient également être utilisées pour d’autres besoins d’eau non potable comme dans les stations de lavage, le BTP ou encore les camions de sapeurs-pompiers.

Si les politiques ne peuvent pas créer de l’eau, leur action permet d’orienter le développement urbain en intégrant la ressource comme variable de décision majeure. « On ne peut pas faire venir de nouvelles populations si le territoire a soif », justifie Philippe Buisson.

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