Reprise de Novasco : Europlasma rate le coche
Aucun des quatre sites de Novasco n'entre dans le giron Europlasma. Crédit photo : Novasco
Le Tribunal de commerce de Strasbourg a tranché : la reprise du sidérurgiste Novasco, ex-Ascometal, se fera sans Europlasma. Le dossier de l’entreprise landaise, pourtant coutumière des sauvetages industriels, n’a pas convaincu en raison de ses faiblesses.
Basée à Morcenx-la-Nouvelle, la société Europlasma était positionnée sur la reprise du groupe Novasco, placé en redressement depuis le 11 août dernier. Face à elle, des propositions émanant des sociétés ACI Groupe (Rhône-Alpes), Babator 2 Limited (filiale de l'actionnaire actuel Greybull), et Métal Blanc (Ardennes). Le verdict est tombé lundi 17 novembre à Strasbourg où le tribunal de commerce a préféré retenir l’offre d’un consortium d’investisseurs mené par Julien Baillon, patron de la PME ardennaise Métal Blanc. Résultat : sur les quatre sites Novasco, seule l’usine de Dunkerque, à Leffrinckoucke, sera reprise, et 145 salariés sur 696 conserveront leur emploi.
Pour le tribunal, le projet d’Europlasma, qui ambitionnait de redémarrer trois sites sur quatre (Saint-Étienne, Custines et Hagondange en Moselle) présentait « des faiblesses ». Selon l’avocat du comité central d’entreprise, Laurent Paté, il n’offrait pas « les garanties suffisantes de pérennité », notamment sur la partie mosellane où seuls 75 emplois auraient été sauvés sur plus de 400. Une douche froide pour l’industriel landais qui espérait adjoindre à son portefeuille un acteur historique de la métallurgie française.
Europlasma, un chevalier blanc sous haute surveillance
Sauvé de la faillite en 2019, Europlasma s’est depuis imposé comme un repreneur en série de sites industriels exsangues. Sous la houlette de son PDG Jérôme Garnache-Creuillot, le groupe multiplie les opérations de relance à bas coût, surfant sur le regain d’intérêt pour la souveraineté industrielle et l’économie de guerre. Forges de Tarbes en 2021 pour l’artillerie lourde, Valdunes en 2024 dans le ferroviaire, ou encore la Fonderie de Bretagne en 2025 pour la sous-traitance automobile : la liste des reprises s’allonge à mesure que le groupe diversifie ses relais de croissance dans la défense et les matériaux stratégiques.
Mais ce modèle, bâti sur la reprise de friches industrielles avec des leviers financiers atypiques, montre ses limites. Privé de soutien bancaire traditionnel depuis sa quasi-faillite, Europlasma finance ses rachats à coups de montages obligataires fortement dilutifs, mis en place avec le fonds Alpha Blue Ocean, un partenaire controversé. Si ces mécanismes garantissent une réactivité inédite dans les procédures de redressement, ils inquiètent les marchés. Aujourd’hui, le titre Europlasma s’échange à moins d’un euro, conséquence de multiples augmentations de capital. Le chiffre d’affaires est certes en hausse (32,9M€ sur le seul premier semestre de 2025 alors qu’il était de 42,5M€ sur l’ensemble de année 2024) mais la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous.
En échouant à sauver Novasco, Europlasma rate une opportunité symbolique. La société landaise est surtout invitée à se concentrer sur ses nombreuses et récentes acquisitions. Si le groupe néo-aquitain reste un acteur incontournable, il est plus que jamais sous haute surveillance. Son rôle de « chevalier blanc » de la réindustrialisation apparaissant de plus en plus fragilisé par son propre endettement.
Europlasma
Fondé en 1992
Siège : Morcenx-la-Nouvelle
9 filiales en France + 1 en Chine