Pour le fondateur d’Aquabio, transformée en Scop il y a 20 ans, « le plus simple était que les salariés soient dans la gouvernance »
Cette rubrique est réalisée avec le soutien de l'Union régionale des Scop d'Aquitaine. Le réseau accompagne la création, la reprise et la transformation d’entreprises sous forme de Scop (Société coopérative et participative) ou de SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif).
Aquabio étudie l’impact de l’activité humaine sur les points d’eau, les rivières, les lacs. Crédits : Aquabio
Il y a bientôt vingt ans, le fondateur et dirigeant d’Aquabio a fait le choix de transmettre le capital à ses salariés. Encore à la tête de la structure aujourd’hui, il revient sur cette décision, et ses conséquences pour le petit bureau d’études en écologie aquatique de l’époque.
Qu’est-ce qui pousse le fondateur d’une entreprise, SARL classique, à se tourner vers le statut de société coopérative et participative (Scop) au bout de dix ans d’existence ? Pour Aquabio, bureau d’études en écologie aquatique, la réponse tient en partie dans les valeurs du dirigeant, Bruno Fontan. « J’ai un certain engagement politique, je me sentais plutôt mal dans la peau d’un patron classique », avance-t-il. Lorsqu’il crée sa société en 1998, tout juste sorti de la faculté, il passe plusieurs années seul aux manettes. À l’époque, Aquabio est quasiment l’unique structure sur ce marché de niche, et l’activité est encore minime.
Mais en 2007, les enjeux ne sont plus les mêmes. « Je savais qu’on allait connaître une forte croissance, se remémore Bruno Fontan. On n’était que 4 lorsque j’ai évoqué l’idée de passer en Scop, 8 lorsqu’on l’a acté, puis 16, puis 32… Durant cinq ans, on a quasiment doublé les effectifs chaque année. » À ce moment, le chef d’entreprise décide de partager les rênes, sachant que les décisions stratégiques à venir impacteraient ses salariés. « Nous avions besoin de structurer l’activité. Le plus simple, c’était qu’ils soient dans la gouvernance », poursuit le dirigeant.
Une PME basée sur la confiance et la liberté
Presque 20 ans plus tard, Aquabio semble avoir réussi sa mue. Un peu moins de 100 salariés y travaillent, répartis dans cinq agences en France à Rennes, Clermont-Ferrand, Besançon, Chambéry et Anglet - sans compter le siège social girondin, implanté à Saint-Germain-du-Puch. Le tout pour un chiffre d’affaires qui avoisine les six millions d’euros, plaçant la coopérative comme l’un des leaders de son domaine. « On étudie l’impact de l’activité humaine sur les points d’eau, les rivières, les lacs, énumère Bruno Fontan. On travaille essentiellement pour la sphère publique à travers des réseaux de surveillance, des suivis de travaux divers et variés, des suivis d’impacts d’industrie… »
Une réussite liée au changement de fonctionnement et au modèle coopératif ? Pour le dirigeant de la PME, sans aucun doute, car l’entreprise mise avant tout sur la confiance et la liberté pour ses équipes. « Nous avons très peu d’horaires imposés, chacun s’organise et n’a pas à demander d’autorisation, souligne Bruno Fontan. Dans notre métier, beaucoup de structures sont au forfait jour, ce qui implique de dépasser souvent les horaires lorsqu’on est en déplacement, et de ne pas être payé en conséquence. Ce n’est pas notre cas, on note ses heures travaillées. » S’il ne cache pas que « comme partout, il y a parfois des brebis galeuses qui tentent de profiter de la situation », le dirigeant dit résister à la tentation du flicage, et donc de la punition collective.
Le défi des nouvelles générations
Malgré tout, une problématique reste quotidienne : la fidélisation des collaborateurs pour limiter le turn over, accru ces dernières années. « Nous sommes toujours dans un marché de niche avec des compétences très difficiles à acquérir, on passe plusieurs années à former les personnes que l’on recrute », pointe Bruno Fontan. De son aveu, « la jeune génération a la bougeotte ». Conséquence, s’il n’est pas difficile pour l’entreprise de recruter des talents, « les “vieux” de l’entreprise ont l’impression de passer leur temps à former des gens », se désole le chef d’entreprise. Une situation qui se retrouve selon lui dans bon nombre de SCOP, et qui pose la question de la base de ces modèles : « Une coopérative, c’est un collectif d’être humains. Si ce collectif varie en permanence, comment arrive-t-on à maintenir une organisation pérenne ? » Et d’ajouter, « je pense que c’était plus simple il y a trente ans pour les coopératives. Aujourd’hui, aucun jeune n’arrive en se disant qu’il sera encore là dans dix ans ».
Aquabio estime que ces difficultés ne pénalisent pas son activité. Si l’entreprise enregistre une légère décroissance ces cinq dernières années, « c'est plutôt car nous avons une position dominante du marché, et que l’on ne peut pas l’être davantage, commente le dirigeant. À un moment, il faut savoir rester dans les limites de l’acceptable ». Tributaire des marchés publics, la coopérative préfère diversifier ses sources de revenus pour s’assurer une pérennité. Très spécialisée dans les cours d’eau, Aquabio a élargi son périmètre aux plans d’eau, avec la mise en place d’un protocole dédié. Un doctorant travaille ainsi à la rédaction d’une thèse sur l’impact des panneaux photovoltaïques flottants sur les plans d’eau. De quoi rester à la pointe de l’innovation, pour remporter de nouveaux clients et asseoir sa notoriété.
Aquabio
Basée à Saint-Germain-du-Puch (33)
Une centaine de salariés
CA : un peu moins de 6M€