Métaux critiques : le projet EMME reconnu d’intérêt national majeur, ça change quoi ?
L'unité industrielle inclurait un laboratoire en sciences des matériaux. Crédit : JDS Architects
Nouveau (gros) coup de pouce au projet EMME, accordé aux toutes dernières heures du gouvernement Bayrou. Plus que jamais, les aspects économiques et géostratégiques semblent prendre le pas sur les risques environnementaux.
Par décret du 5 septembre dernier, le projet Electro Mobility Materials Europe (EMME), à Parempuyre et Blanquefort près de Bordeaux, a été déclaré d’intérêt national public majeur. Signé par le Premier ministre François Bayrou, le texte a été publié au Journal officiel le 7 septembre, juste avant la chute de son gouvernement. Une décision cruciale pour ce projet, qui vise à convertir du nickel et du cobalt à destination des fabricants européens de cathodes, essentielles aux batteries utilisées pour la mobilité électrique.
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De nombreuses dérogations
Ce statut de projet d’intérêt national majeur (PINM) permet de déroger aux règles locales d’urbanisme, d’environnement et de protection des espèces. Cela permet d’adapter le plan local d’urbanisme intercommunal. La parcelle, actuellement en zone à urbaniser, peut être déclarée constructible sans vote local. Cependant, des remblais de plus de sept mètres devront être construits pour protéger la future usine d’éventuelles crues exceptionnelles. Le décret permet aussi d’accélérer le chantier du raccordement électrique du site (30MW) avec une ligne souterraine de sept kilomètres. De plus, il ouvre la voie à la potentielle destruction d’espèces protégées, le PINM étant l’un des trois critères nécessaires pour obtenir une dérogation à cette protection et réduisant ainsi le risque de contentieux tardif et rallongé. Cette procédure simplifie la tâche du porteur de projet, qui ambitionne une mise en service en 2028. Rappelons que déjà, l’an dernier, le projet EMME a été inclus dans la liste des projets d’envergure nationale ou européenne d’intérêt général majeur exclus du décompte régional de consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers.
Environnement vs retombées économiques et souveraineté
Une double dérogation que le gouvernement sortant justifie par les retombées économiques attendues : 530 millions d’euros d’investissements annoncés, dont une aide de 150 millions sous forme de crédit d’impact « Industrie verte » et une aide espérée de 30 millions d’euros du fonds européen pour l’innovation, mais aussi la promesse de 200 emplois directs et 300 indirects et en sous-traitance. Et enfin, pour le Grand port maritime de Bordeaux, propriétaire de la trentaine d'hectares de terrains concernés, un loyer annuel d’un million d’euros et la perspective d’un demi million de tonnes de trafic annuel supplémentaire, soit une hausse de 20 à 30%.
L’État met aussi en avant l’importance stratégique de l’usine pour l’industrie européenne. La production annuelle de 90.000 tonnes de sulfate de nickel et 14.500 tonnes de sulfate de cobalt permettrait de remplacer quelques 400.000 véhicules thermiques : EMME couvrirait plus d’un quart des besoins français en nickel et cobalt pour les batteries d’ici 2030, aidant l’UE à réduire sa dépendance aux métaux critiques de la Chine et de la Russie.
☞ Les dossiers d’urbanisme et d’autorisation environnementale sont en cours, avec une enquête publique prévue en fin d’année. D’ici là, les conseils municipaux de Parempuyre et de Blanquefort, mais aussi de Bordeaux, Ambarès, Saint-Louis-de-Monferrand et Bassens, ainsi que le conseil communautaire de Bordeaux Métropole, devront donner un avis - sans caractère juridique contraignant - sur le projet. C’est le préfet qui décidera in fine de délivrer ou non l’autorisation environnementale. Il est tenu de motiver sa décision.