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Sonia Yungcker : « Ce n'est pas sur un lac qu'on apprend à être marin »

Inspiration
mardi 10 mars 2026
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Sonia Yungcker, présidente du Club des Entreprises de Bordeaux qui lance une cellule d'entraide pour les adhérents en difficulté. Crédit : CEB

Face à la solitude des dirigeants en période de crise, le Club des entreprises de Bordeaux veut briser l'omertà en lançant une cellule d'entraide inédite au sein d'un club d'affaires.

Le Club des Entreprises de Bordeaux vient de lancer une cellule d'entraide pour les adhérents en difficulté. Sonia Yungcker, la présidente, explique l'intérêt de cet outil.

Pourquoi cette initiative, qui touche à l'intime et au fragile, s'impose-t-elle aujourd'hui comme une nécessité pour votre réseau ?
C’est une idée que nous mûrissons depuis une dizaine d’années. Nous avons l'habitude de nous retrouver pour des événements joyeux, mais la réalité est que tout le monde ne va pas toujours bien. Vu le contexte actuel et les témoignages alarmants de certains de nos adhérents, de leurs fournisseurs ou de leurs clients, le projet s’est imposé de lui-même, c’était maintenant ou jamais. Si une structure peut porter les valeurs de solidarité et d'entraide, c'est précisément un club d'entreprises. Nous avons lancé la communication en janvier et, en à peine un mois, trois dirigeants sur nos 450 membres nous ont déjà sollicités. Cela prouve que le besoin est réel.

Comment avez-vous structuré cette cellule pour qu'elle soit perçue comme un tiers de confiance capable de traiter des sujets aussi sensibles que les risques psychosociaux ?
Nous avons tout fait pour dédramatiser la démarche. Pour que les dirigeants osent parler, nous nous appuyons sur une figure de référence du club, Virginie Gueroult, que les membres connaissent bien. C’est elle qui reçoit la demande, analyse la situation et oriente, si besoin, vers des membres du bureau formés aux risques psychosociaux avec La Mutualité française, ou vers des bénévoles experts en RH et en coaching. L’objectif premier est l’écoute, car le dirigeant est souvent très seul. Pour l'épauler concrètement, nous avons aussi recensé toutes les aides existantes auprès de la mairie, de la CCI ou du Tribunal de commerce dans un livret dédié. Quand on a le cerveau « embué » par les problèmes, on perd la clarté nécessaire pour trouver soi-même les bons outils. Ce livret est donc une aide précieuse.

« Le silence condamne à rester submergé par les problèmes »

Vous parlez de lever le tabou de l'échec. Quel est le message fondamental que vous souhaitez transmettre à ceux qui hésitent encore à s'ouvrir sur leurs difficultés ?
Il faut oser parler. Nous sommes conscients du poids de la honte, mais nous voulons faire tomber ce tabou. L’ampleur du phénomène actuel va, je l’espère, aider à démocratiser ces difficultés. Un bon chef d’entreprise, c’est justement celui qui a su traverser les tempêtes. Comme je le dis souvent : ce n’est pas sur un lac qu’on apprend à être marin. En parler permet de prendre du recul et de passer à l’action, là où le silence condamne à rester submergé par des problèmes qui paraissent alors insurmontables.

Quel ressenti avez-vous sur l'état psychologique et structurel des entreprises girondines dans ce climat d'incertitude ?
Nous entrons dans une période très compliquée avec un véritable effet domino. Même dans les secteurs porteurs, nous subissons des pénuries et des délais rallongés. Je vois des freelances ou de petites agences qui ne parviennent plus à se rémunérer. C’est une période de grande souffrance, notamment quand un patron doit se séparer de salariés sans avoir de service RH pour l'épauler. C'est un déchirement humain. Il y a une forme de peur, une machine infernale où l'on se bat pour sauver ce qui peut l'être. Pourtant, ce grand chamboulement peut aussi être une opportunité de mutation pour certains.

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