Anaïs Georgelin : « Arrêtons de croire qu'un bon professionnel est bon manager »
Anaïs Georgelin dresse un constat clair sur l'évolution du rapport au travail et, par conséquent, à la vie hors travail. Crédit : Ed. Eyrolles.
L'entrepreneure, auteure et conférencière était au CJD de Bordeaux. Elle y a expliqué sa vision pour mieux manager les jeunes générations et, au-delà, comprendre comment modifier le management pour l'adapter aux nouvelles attentes des collaborateurs (et pas toujours les plus jeunes).
Anaïs Georgelin est auteure de « 38 idées concrètes pour engager vos équipes. Le rapport au travail évolue. Et vous? », aux Editions Eyrolles. Elle était l'invité, mi-janvier, du Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Bordeaux.
Quels points saillants de l'évolution du rapport au travail pointez-vous ?
Mon champ d'action ne se situe pas vraiment dans l'évolution du travail mais dans l'évolution du rapport à celui-ci. Pour comprendre comment on peut agir, il faut d'abord comprendre pourquoi et en quoi notre rapport au travail n'est plus le même, est-ce que cette notion a évolué de la même manière et avec la même intensité pour tout le monde. La réponse est non, bien sûr ! Autrefois, réussir sa vie signifiait faire carrière. Aujourd'hui, celui qui réussit sa vie c'est celui qui sait être utile et qui sait profiter du temps libre, de la vie. Les gens, parce qu'il n'y a pas que les jeunes qui pensent de cette manière, veulent avoir un impact positif sur le monde. Ils se disent qu'au vu de tout ce qui se passe dans le monde, autour d'eux et pour la planète, ils ne peuvent pas rester sans rien faire. Concernant cette notion de « profiter de la vie », elle émane aussi du contexte. J'entends très souvent des gens que j'accompagne me dire : « Quand je vois tout ce qui se passe en terme environnemental ou géopolitique, je ne vais pas passer ma vie à la gagner. » Avec ces deux ingrédients, on comprend bien que la fonction de manager ne fasse plus rêver. Un poste à responsabilités ne représente plus le graal, donc il y a un déficit de candidatures chez les managers, ce qui pénalise les entreprises. Beaucoup préfèrent se mettre à leur compte, on constate une forte augmentation des freelance.
Devant ces constats, quelle attitude adopter pour adapter l'entreprise ?
il faut se demander comment on en est arrivé là, remonter le temps. Comme le soulignent les travaux d'Antoine Fauchez, dans les années 70, il fallait 15 ans pour doubler son niveau de vie. Aujourd'hui, 80 ans sont nécessaires. La promesse d'avoir une vie meilleure grâce au travail est donc inatteignable. Autrefois, on entendait : « Si tu travailles, tu auras, comme moi, et tu évolueras. » Or, c'est faux, ce n'est pas « comme toi » puisque la situation a changé. C'est la raison pour laquelle le ratio sentiment de réussite / ennuis a changé. Donc le management doit s'adapter à ces changements.
Comment fait-on au quotidien pour changer sa façon de faire ?
Tout d'abord, je pense qu'il faut changer de regard, arrêter de faire des raccourcis du genre « c'était mieux avant » car, tant que l'on nourrit ces biais cognitifs négatifs, cela se traduira dans l'entreprise. Alors que pour retenir les talents, mieux vaut encourager avec les nouvelles manières de penser et de voir le monde, encourager la confiance plutôt que le contrôle, ne pas forcément dissocier présentiel de performance…
Ensuite, il est urgent de ne plus voir le management comme un statut. Trop souvent encore, on nomme manager ceux qui sont bons dans leur métier. Or, un bon commercial n'est pas forcément un bon manager! Conduire un groupe de personnes vers un objectif requiert des compétences propres. Un rapport de l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) pointe le fait que la France est mauvaise, par rapport à ses voisins Européens, en qualité managériale. Nous avons une culture d'entreprise trop verticale et une croyance trop forte laissant croire que le meilleur dans son métier peut devenir manager.
Le troisième point que je soulève, c'est la nécessité de nommer des managers qui aiment le management et qui ont la capacité à comprendre les leviers d'engagement de leurs collaborateurs. Arrêtons de croire que le manager fait son job comme avant et qu'il manage… s'il a le temps. S'il faut prendre 1 heure pour écouter le problème d'un collaborateur, cela évitera probablement trois jours d'arrêt maladie plus tard puis une démission encore après.