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« Une entreprise a le droit d’être malade, mais il faut en parler rapidement »

Écosystème
mardi 23 août 2022

L'association Entraide et Entrepreneurs accompagne les chefs d'entreprise en difficulté financière. Photo d'illustration : Adobe Stock Bacho Foto

Depuis sept ans, l’association bordelaise Entraide et Entrepreneurs vient en aide aux chefs d’entreprise connaissant des difficultés financières. Depuis le début de l’année 2022, ses membres connaissent une forte hausse d’activité. Une conséquence directe du Covid-19, comme l’explique Claudine Pery, présidente de la structure.

Alors que le nombre de défaillances d’entreprises se multiplie ces derniers mois, comment cette fragilité se traduit-elle, au sein d’Entraide et Entrepreneurs ?
Au 30 juin dernier, nous avions déjà atteint le nombre d’accompagnements réalisé en 2021, c’est-à-dire 40. En août, nous en sommes à 60… Nous allons doubler notre activité cette année. D’habitude il y a quand même une accalmie en août, par exemple durant les vacances judiciaires ; là, je ne me suis pas arrêtée un seul jour. Nous constatons d’ailleurs que les travailleurs indépendants arrivent un peu plus en nombre que d’habitude. Ce sont souvent des gens qui ont quitté Pôle Emploi pour créer leur activité, et découvrent ce qu’est véritablement la fonction de chef d’entreprise. Certains peuvent l’endosser, d’autres non. Nous en parlons avec Pôle Emploi, car il faut faire attention à qui ils envoient monter leur propre activité. Cela étant, nous recevons aussi de belles TPE de 10 ou 15 salariés… Dans tous les domaines d’activité.

Au-delà des difficultés financières, quel est le problème de ces entreprises ?
Souvent, un chef d’entreprise travaille sur un produit et pense que cela va suffire à faire tourner son entreprise. Le prix peut être mal établi, les cibles commerciales mal choisies… Donc à un moment, les ventes dégringolent, ainsi que le chiffre d’affaires. Or, ces chefs d’entreprise ne s’interrogent pas sur les évolutions possibles. On doit leur prouver par des chiffres qu’il faut vendre d’une autre manière, avoir un contrôle de gestion… C’est quasiment un nouveau métier qu’il faut leur apprendre.

En quoi cette problématique découle-t-elle du Covid-19 ?
La pandémie a modifié les comportements d’achat, de communication… On se déplace moins, beaucoup de choses sont dématérialisées et le papier est presque devenu un gros mot. On reçoit des personnes plutôt désemparées quant au changement de mode de travail, aux évolutions des transactions… Au-delà des difficultés financières, c’est une réadaptation à la fonction de chef d’entreprise, qu’il faut enclencher. Et puis, également, l’une des causes de ces nombreuses difficultés est l’argent facile qui a coulé à flots. Les plus prudents l’ont mis de côté, mais il y a eu des cigales. Qui se retrouvent maintenant face à des demandes de remboursement, tout en devant rendre leur entreprise encore plus performante. C’est la double peine, il y a les charges actuelles et celles passées, sur lesquelles on a fermé les yeux durant deux ans.

Aller voir les personnes compétentes

Quels conseils donnez-vous aux chefs d’entreprise qui peuvent rencontrer ces difficultés ?
Surtout, il ne faut pas attendre. Ils ne sont pas seuls à avoir des problèmes, il faut dédramatiser ces choses-là. Ils peuvent aller au tribunal de commerce demander de l’aide, ils peuvent venir voir des associations comme la nôtre, ou se rapprocher de la CCI, de la CMA, des syndicats patronaux… L’important est de ne pas rester seul et d’en parler. Il faut faire comprendre aux gens qu’aujourd’hui, de nombreuses solutions existent, qu’il ne faut pas avoir peur d’aller à l’URSSAF, de leur demander des reports, de parler à son banquier. Le chef d’entreprise n’est pas tout-puissant, c’est une personne normale. Et comme toute personne normale, il arrive des accidents de vie. Ce n’est pas un échec ! On accepte d’être malade, eh bien une entreprise a le droit d’être malade. Il y a plein de médecins pour la soigner, il faut s’en servir.

Comment les accompagnez-vous, au sein d’Entraide et Entrepreneurs ?
Déjà, nous accompagnons les chefs d’entreprise qui n’ont pas les moyens de faire appel au secteur marchand du conseil. Ensuite, nous comptons trois collèges dans lesquels se répartissent nos membres, qui sont pour 90% d’entre eux toujours en activité. Il y a les parrains techniques, qui sont des professionnels de l’entreprise. Des patrons, des experts-comptables, des RH… Ensuite, il y a les juristes, les avocats, tous ces corps de métiers nécessaires à l’entreprise. Nous comptons une grande majorité des administrateurs et mandataires judiciaires de Bordeaux, quelques juges consulaires ou encore des notaires. Le dernier collège se compose de soutiens moraux, c’est-à-dire des psychothérapeutes, psychologues, psychanalystes ou coachs. Car lorsqu’un entrepreneur est en difficulté, il a beaucoup de mal à analyser ce qui lui arrive, et très souvent, n’entend pas les solutions qu’on lui donne. Donc dans un premier temps, nous devons mesurer sa capacité décisionnelle pour l’amener à prendre du recul sur les problèmes qui lui arrivent. Enfin, nos accompagnements sont longs, de 3 à 24 mois. Une fois le comité d’intégration passé, on attribue au chef d’entreprise demandeur une équipe complète composée de deux parrains techniques, un juriste et un soutien moral. C’est cette équipe qui va le suivre durant toute la durée de son accompagnement.

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